01/06/2012

Trac

C'est fou comme avant chaque présentation, mon rythme cardiaque s’accélère, mes mains deviennent moites et pendant le 1/4 d'heure précédant je n'entends plus rien, trop concentrée sur ma respiration, mes pieds cimentés au sol. Des angoisses sans fondements m'agitent, des questions surgissent, aussi existentielles que "Et si j'avais subitement envie de faire pipi ? Hein ? La honte de devoir sortir!". Et de me répondre silencieusement "Mais non, n'importe quoi !" Et de continuer ce monologue dans ma tête "Oui, mais SI jamais, hein ?". Et puis, voilà que c'est mon tour. Un peu trop pressée d'en finir, je bondis, je suis sur l'estrade avant même que mon nom soit prononcé. Je bafouille, j'essaye de dire mon nom, j'ai oublié mon nom, putain, merde, comment je m'appelle ? Et puis je vois mon titre sur le power point. Miracle. Tout à coup ce n'est plus une (re)présentation, c'est une transmission. D'un sujet qui me passionne. Tout à coup un diable oratoire très doué se réveille quelque part et je disparais. Oui, je disparais. Les problèmes techniques ? Je les vois même pas. Le manque de temps ? Je passe direct à l'essentiel. J'oublie le power point, la présentation. Je transmets mon message, en regardant chacun, droit dans les yeux, en souriant, en blaguant même, insensée que je suis. Je fini comme dans un rêve. On m'applaudit. Me félicite. On me demande un mail, un téléphone, un nom qui devient plus important, après coup. On me propose de participer à d'autres colloques, et d'autres ateliers et d'autres trucs encore. Mon idée est reprise toutes les 5 min, devient à la mode, le temps d'une après-midi. Le petit diable oratoire répond, se marre intérieurement, pendant que moi, tapie tout au fond, je ne comprends rien. Moi et mon estomac noué on est bien loin de tout ça, les sons nous parviennent assourdis, en retard, on entends, oui, oui oui, mais quelle bonne idée!, mais oui à quoi, au fait ? Et puis c'est fini. C'est à dire que je suis de nouveau entière, présente. Moi. Alors je pense aux acteurs et à la scène.

23:29 Écrit par skoliad | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

29/01/2012

Parce que voter ce n'est pas réfléchir ensemble,

ne pas voter n'est pas non plus laisser carte blanche

 

Je voudrais éclaircir cette idée du vote inutile. Je ne suis pas politologue, encore moins historien, mais j'aimerai partager avec vous quelques éléments qui sont à ma connaissance et, toute subjective et incomplète qu'elle soit, l'interprétation que j'en ai. Je vous invite, le temps de cet article à considérer notre organisation sociale, nos civilisations ou plutôt notre civilisation.

Prenons comme référence l'apparition de notre principal modèle, la république de 1789. On pourrait remonter plus loin, mais bon on a tous plein de choses super importantes et trop cool à faire, je ne voudrais pas vous faire rater le tirage du loto. Donc cette révolution, c'est quoi ? On nous apprend qu'il s'agit de la prise du pouvoir par le peuple, c'est à dire la mise en place d'une démocratie; ce qu'on assimile assez souvent avec la naissance de la république; comme si ces mots démocratie et république étaient synonymes. Ce premier point est déjà assez contestable. En effet, on sait tous, au fond, que la république représentative mise en place il y 250 ans est loin d'être une démocratie au sens propre du terme. Car ce n'est pas vraiment le peuple qui gouverne, mais ses représentants. Ce qui est tout différent. De fait ces représentants ne sont pas du tout représentatif, au sens statistique du terme, puisqu'ils sont presque tous issus d'une même classe sociale, éduquée et aisée, leaders locaux ou de plus grande ampleur: la bourgeoisie. Pour reprendre un propos d'Etienne Chouard, on peut très bien comprendre le paysan illettré du 18ème: il passe tout à coup d'un état de quasi servitude, à la liberté de choisir ses maîtres et l'illusion de l'ascension sociale. C'est une belle avancée.

Avec la bourgeoisie au pouvoir, les valeurs centrales se retrouvent bouleversées et l'économie devient le levier d'un nouveau modèle, le capitalisme, naissant de la cuisse de la révolution industrielle tel une affriolante déesse du désir. Car quels progrès nous offraient cette révolution ! Quel bond en avant dans l'histoire de l'humain ! Le niveau de vie, l'espérance de vie et la facilité à vivre s'en sont retrouvés propulsés. Mais pas à la même vitesse pour tout le monde, évidemment. La classe aisée, dirigeante, devenue celle dite du patronat, a bien plus vite profité de ces changements. Les iniquités augmentant, les plus pauvres, les ouvriers, ont commencé à s'organiser en syndicats et mutuelles pour défendre leurs droits, leurs intérêts. Ce mouvement Germinalesque, espérance restée inachevée, a tout de même donné aux pays Européens une protection sociale relativement solide à défaut d'être complétement universelle ou protégée (comme le montre l'existence de régimes très inéquitables – fonctionnaires versus indépendants par exemple- ou les reculs réguliers de ces barrières face aux assauts du profit). J'aimerai encore une fois rappeler que banquiers, patronat, comme ouvriers, artisans ou agriculteurs font tous parti du peuple. J'évoque avec vous une organisation sociale à laquelle nous sommes tous liés et reliés, où nous contribuons tous, tout autant que nous la subissons.

Je ne rentrerai pas dans les détails de la première moitié du 20ème, pourtant passionnants. Je me contenterai de souligner qu'à cette époque déjà, le modèle capitaliste montre des failles majeures. Heureusement, si j'ose dire, les grands séismes de l'époque, comme la récession de 1929 pour ne citer qu'elle, trouvent remèdes dans les guerres. Guerres bien pratiques, décidément, puisqu'elles permettent par la même occasion de décimer toute une catégorie sociale dont on n'avait finalement moins besoin grâce à la modernisation: les paysans. Évidemment le corps social, bien malmené entre crise, guerre, crises et guerres, suivi de crises, de guerres, réagit. Les années 60 voient se lever une génération éduquée, réclamant plus de justice sociale, plus d'équité. On concède les congés-payés, la retraite, et même la place à une part importante et jusqu'ici négligée de la société: les femmes, et pourquoi pas les noirs-américains. Après tout l'argent n'a ni sexe ni couleur – sauf peut-être le vert qui va à tout le monde. Cet élan de révolte est surtout vite maitrisé grâce à l'arrivée d'un mirage extraordinaire, la société de consommation, qui nous en mettra plein les mirettes pendant encore 50 ans. Tous égaux... devant les vitrines débordantes. Tous heureux... grâce à nos automobiles, nos écrans télé et les pizzas surgelées. Bon évidemment, il y en a toujours des moins égaux que d'autres, et à voir notre consommation d'antidépresseurs c'est pas si amusant que ça. Mais bon, ça nous tient tellement bien cette histoire que l'on défend becs et ongles nos droits de consommateurs – notez que le citoyen a disparu- dans l'illusion précaire qu'un jour on pourrait nous aussi gagner au loto, devenir riche à notre tour, beau et célèbre. Posséder et être reconnu étant devenu une fin en soi.

Un mot sur le communisme. Ce modèle estampillé « 20ème siècle », en plus d'avoir pu servir de menace informe justifiant pas mal de débordements, a eu pour principal avantage de mettre en exergue, par un effet miroir, la puissance de ce que l'on nous présente comme l'unique alternative, l'opposé, le libéralisme. Notons au passage la curieuse racine du mot, libéralisme, qui rendrait plus libre, enfin c'est surtout l'économie qui n'a plus de règles. Le communisme a en plus eu le bon goût de quasiment disparaître à la fin des années 80, permettant à une forme extrême, le néo-libéralisme, d'exploser brutalement et littéralement. Tous ces marchés à conquérir ont lancé une incroyable course au phénomène dit inéluctable de la mondialisation. C'est-à-dire la conquête quasi planétaire de ce modèle de pensée, un paradigme devenu dominant, presque unique. Dans ce modèle d'organisation sociale, rappelons-le, le principe fondateur est que les lois du marché sont compétentes pour réguler la société. L'argent, l'économie, sont devenus régulateurs, centraux. Et non plus l'être humain, l'individu, le citoyen, pas même le consommateur. L'argent. C'est évident et pourtant fondamental. On a réduit l'homme, ses aspirations, sa vie, ses besoins a des chiffres, des calculs compliqués (mais pas complexes: la logique linéaire, cartésienne, du comptable tient toujours et ne considère que rarement la complexité, c'est à dire l'imprévisibilité du monde).

Pourtant les profondes failles du capitalisme et de son enfant terrible, le néo-libéralisme, sont loin d'avoir été résolues. Tout au plus c'est-on contenté de colmater des brèches par des politiques toujours plus marquées et agressives, vers une course en avant toujours plus rapide et brutale.

 

Si vous avez tenu jusque là, je vous en félicite. Je suis consciente que la forme n'est pas forcement très didactique mais j'espère que les questions que je soulève ici vous donneront envie de fouiller davantage les thèmes. Je vous rassure, il existe sur internet des tas de sites, de documents, et de vidéos beaucoup plus agréables que ma pauvre prose. Toujours est-il que vous êtes courageux, alors j'abuse encore un peu car je n'ai pas encore répondu à ma question de départ: que se passe-t'il aujourd'hui ?

 

La crise. C'est-à-dire la singularisation de crises, qui s'additionnent, se répètent, s'accélèrent, depuis maintenant presque 30 ans et clairement depuis 8 ans. Qu'est-ce que cette crise qui se nourrit de la crise ? Une dérégulation globale, un abandon politique, un appétit jamais assouvi des marchés ? Peut-être. Sûrement. Et pourtant je ne pense pas que cela soit la racine de nos difficultés. On est cependant assez nombreux à croire que les objectifs, faire des profits, étant toujours atteints, il n'y pas de raison que cela s'arrête. La moralité n'a rien à faire dans ce calcul là. On assiste, impuissants ou plutôt passivement, aux attaques des états par un système bancaire qui a été sauvé, à peine quelques mois plus tôt par ces mêmes états. Les états, c'est-à-dire les peuples. Car au final c'est le peuple qui paye. Comment le peuple dans son ensemble pourrait-il être en faillite en regard d'une frange marginale du peuple ? C'est une situation tellement stupide qu'il n'y a guère que le milieu de la finance pour le concevoir.

Il y a bien quelques indignés par ici, quelques mouvements de mécontentement par là, mais rien ne bouge vraiment. Les faits s'accumulent, des voix s'élèvent, aussi diverses que des économistes, des sociologues, des syndicats, des travailleurs de la santé ou de l'alimentation, des écologistes... tout converge mais rien ne change vraiment. Pourquoi laisse t'on ainsi reculer nos droits, nos « démocraties » ? Car il s'agit de cela. Une menace réelle, pire avérée, pèse et agit sur nos démocraties. On assiste déjà à des reculs majeurs de toute part. L'entrée en fonction d'un président Grec non légitime, car non élu par le peuple, ou encore d'un banquier à la tête du fond Mondial contre le VIH/SIDA, le paludisme et la tuberculose ne sont que quelques exemples flagrants. Quelque part, on ne sait pas trop bien où, on décide que les retraites de nos parents sont au-dessus de nos moyens et, sans aucune concertation sociale, on ampute allégrement ce droit acquis. On nous impose, ou plutôt nous nous imposons ces mesures d'austérité, sous le prétexte fallacieux de la crise, alors même que l'on sait depuis longtemps, et nous en avons la preuve en direct en Grèce, que cela ne change rien, et même aggrave la situation. Je repose donc ma question: pourquoi ne réagit-on pas face à ce couillonnage sans précèdent ?

Les hommes politiques, on l'aura compris, sont tout simplement incapables de penser autrement. Ils font, sauf rares exception, tous parti d'une seule classe sociale, la fameuse classe dirigeante inhérente à la république représentative. Par héritage ou par ascension sociale, qu'importe, ils ont tous assimilé un modèle de pensée duquel, sans remettre en question leur honnêteté, il leur est presqu'impossible de sortir. Pire, ils sont devenus complétement sourds à toutes les propositions qui ne cadrent pas avec le modèle dominant qui les gouvernent eux-même. Et nous, les dirigés, on a le même problème. Au fond on rêve toujours qu'un jour on aura un yacht amarré à Antibes. On a tellement peur d'avoir encore plus à perdre qu'on laisse partir des pans entiers de nos systèmes sociaux. Parce que, tu comprends, « nos parents ont vécu au-dessus de leurs moyens ». Je ne détaille pas le phénomène de la dette qui, en réalité, n'a strictement rien à voir avec les retraites ou la sécurité sociale déficitaires, mais il est remarquable de constater comme on a pu avaler une couleuvre pareille. Les médias ont évidemment tout à voir là-dedans mais en réalité on a tous à voir là-dedans. Car c'est de nous qu'il s'agit. De ce que nous décidons, de ce que nous acceptons. Ou pas.

Puisque tout s'accélère, et que rien ne semble en mesure d'arrêter cette logique infernale, que va t'il se passer ? D'ici quelques mois, quand les notes des états se seront toutes dégradées, que la « big-one » explosera sans que les états soient capables de revenir à la rescousse, nous arriverons, enfin, au point de rupture. Ce qu'il se passera alors est assez difficile à imaginer. Le plus probable historiquement, ce qui est aussi la plus sombre des prédictions, est un conflit majeur. Une guerre. Comme les guerres ne se font plus entre armées opposées – ce qui, en présence d'autant d'armes nucléaires, n'est pas si stupide que cela-, il est fort à parier qu'elle se fera contre des civils. On se trouvera bien un ennemi parmi nous, soyons confiant. Cela aura pour avantage de divertir les attaquants de leurs noirs quotidiens mais aussi, bien sûr, les attaqués. Quand je dis divertir je ne pense pas à amuser, mais plutôt à empêcher de penser. Histoire de prolonger encore un peu le bordel.

Une autre perspective existe pourtant. Elle nait d'un idéal, la démocratie, et semble prendre forme au travers de mouvements contestataires de plus en plus importants. Parmi ces concrétisations d'une nouvelle forme de pensée, le mouvement des Anonymous est très intéressant. D'ampleur international, il propose une vision apolitique – ce qui est faux en soi: c'est un mouvement très politique puisqu'il défend des idées; mais qui rejette l'étiquette politique, les dichotomies politiques qui nous gouvernent, en refaisant de la politique une préoccupation individuelle et quotidienne. Dans cette nébuleuse, un anonymous en vaut un autre et la liberté est la valeur centrale – à l'intérieur d'une communauté solidaire et créative. C'est déjà un bon début. Quelque chose d'autre est peut-être possible. Mais c'est difficile. Il faut réapprendre à penser la société. C'est un exercice tellement difficile qu'on pourrait le croire impossible. Et pourtant, il nous est offert de vivre un moment historique. Une fenêtre est ouverte sur la remise en question de notre modèle d'organisation sociale. Repenser la démocratie, évaluer ces failles, redéfinir le point central de notre vision – qui doit, à mon avis, redevenir l'homme. Quel défi! Pourtant, admettre les limites d'un système n'est pas si compliqué. Le communisme est tombé, pourquoi pas le capitalisme ? La monarchie est tombée, pourquoi pas la république ? Est-ce que la république est à ce point divine qu'on ne peut plus toucher à cette organisation ? Je ne le crois pas. Mais ce n'est pas à moi d'en décider.

Car c'est aussi cela que demande cette alternative: et si on réfléchissait tous ensemble, c'est-à-dire le peuple, à comment on envisage notre société ? Évidemment les grands perdants d'une telle remise à plat seraient aussi ceux qui ont le plus de pouvoirs actuellement, ils ne vont donc pas se laisser faire. Il va même falloir un sacré courage pour s'y opposer. Une chose est sûre cependant, le point de rupture s'approche à grands pas. Nous devons nous y préparer afin de le sublimer, d'en saisir toute l'opportunité – et non pas se contenter d'un « léger », bien que très violent, ajustage. Regardons ce que nous montrent les révolutions arabes. Les « révolutionnaires » ont chassé une dictature individuelle pour une autre forme d'asservissement dite républicaine, dont personne n'espère grand chose qu'un alignement de plus vers ce qui existe déjà et ne marche déjà pas ailleurs. Retenons l'Histoire pour ne pas la revivre. Franchissons ensemble ce pas grandiose vers une humanité devenue adulte. Au prix d'une difficile mais intense adolescence.

Nous préparer ce n'est pas accumuler les kilos de nouilles ou les lingots d'or. Mais plutôt penser au changement, commencer à élargir notre perspective, voir plus loin et plus grand, voir plus globalement les problèmes particuliers et individuels, relier les événements et rechercher les causes des causes. Échanger des informations, les communiquer, créer des tables rondes, des forums de discussion, ouverts à tous, quelque soit son origine, ses opinions politiques, son quotidien. Nous devons faire cela, et le faire assez vite. Car cette fenêtre sera finalement assez courte et on pourrait bien en reprendre pour 50 ans.

Se recentrer, enfin sur le but – le bien-être humain si l'on en croit les droits de l'Homme de, justement, 1789 - et non pas les moyens, par exemple la république représentative.

 

 

 

21/01/2012

Et puis un jour, ça sera celui de trop...

 

Altermondialiste, Anonymous, Indigné, Attac,  Greenpeace, Oxfam,  militants, syndicats, économistes, politologues, chercheurs, exclus, ouvriers, cadres, indépendants, étudiants, chômeurs, médecin, juge, policier, militaire, mère de famille, artiste, journaliste, retraité, stagiaire, Hommes, Femmes, 95%, Grecs, Espagnols, Français, Belges, Américains, Africains, Vénézuéliens, combattant de la liberté, partisan de l’équité,


même combat!

 

 

 

Montage à partir du "Dictateur" de Chaplin

 

 

 Le temps de cerveau humain disponible

 

 

 

(liste en construction)

 

 

 

408052_278410138886661_255452754515733_787362_1069363277_n.jpg

 

 

 

 

 

Article LeMonde: Pourquoi faut-il que les états emprumtent 600  fois plus cher que les banques ?





Frédéric Lordon - Jeudi d'Acrimed - 1/2 par acrimed



Frédéric Lordon - Jeudi d'Acrimed - 2/2 par acrimed


395089_283936321667376_255452754515733_800042_67517252_n.jpg


La dette publique et la loi "Rothschild": la cécité volontaire des médias


 

L'Arnaque du système financier avec 8 experts - Vidéo Mediapart.

 




Tous fichés à 15 ans : la loi votée dans l'indifférence générale

ou quand le citoyen est devenu un consommateur très très surveillé.


Pourquoi les méthodes ne changent pas ? Parce que les objectifs sont atteints.




L'éducation ou comment faire baisser le niveau par contrelapenseeunique



 

images?q=tbn:ANd9GcRH6HHBtCpS1hYdSx6kyWcrH3Atg2lC3n6O__AOyTGL4hLl8EIbNg


Les 10 moyens pour nous manipuler


380033_162641430506024_100002805056314_169869_516432578_n.jpg




(we are legion)

07/01/2012

Pourquoi je n'irai pas voter

pour un candidat à la présidentielle Française en 2012

 

Il y a un an environ, j’entendais pour la première fois cette phrase terrible et sans issue : « Tout pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument ».  Un vrai piège à cons, dans toute la splendeur de ma définition personnelle du piège à cons. Un piège incroyablement fort par son évidence et dont les conséquences sont presque vertigineuses. Car enfin, l’Histoire dont nous sommes les contemporains  s’inscrit justement dans une crise majeure des pouvoirs en place. Crise financière bien sûr mais surtout crise politique.

Dans un bref retour sur ces 30 dernières années, nombreux sont les exemples d’un mécanisme qui s’est imposé, d’autant silencieusement et sans contestation qu’il a rapidement touché les médias, dans tous les secteurs, de quasi toutes les sociétés. Le modèle capitalisme, que la psychotique guerre froide a opposé comme unique alternative au défunt communisme, c’est en effet diffusé dans toutes les sphères de la société, et donc de pouvoirs. La mécanique du chiffre, qui réduit l’humain à des équations basées sur le profit à court terme, est devenue maître. Dans le secteur de la santé, les années 80 ont été marquées par la première vague de crises liées aux conséquences des chocs pétroliers. Les pays du Nord, grâce à leurs systèmes sociaux plus robustes, ont, à l’époque, bien mieux résisté aux diverses injonctions économiques, entre autres aux fameux Plans d’Ajustement Structurels de la Banque Mondiale, que les jeunes états du Sud. L’effondrement de tous les systèmes sociaux au Sud, de celui de la santé, comme ceux de l’éducation ou de la justice, a inexorablement conduit à une accélération de la pauvreté, de la mortalité, des violences sociales, de la perte de la notion même d’état de droit dans les pays les plus fragiles. Cette situation n’étant évidemment pas économiquement favorable, la boucle est finalement tant et si bien bouclée que l’augmentation massive et continue de l’aide internationale n’y change presque rien. Les populations du Sud continuent à mourir et à souffrir. Quelle leçon pour nous ! Une leçon si évidente qu’elle est passée presque sous silence : les lois économiques telle que définies dans le modèle libéral sont absolument incompétentes vis-à-vis de la régulation sociale. Une leçon loin d’être nouvelle, le premier big one auquel on est eu affaire date d’un certain jeudi noir 1929. Mais l’homme a la mémoire bien courte car toutes les mesures de régulation économique de cette époque ont littéralement fondues sous la pression néolibérale de la fin du siècle. 1929, rappelons-nous en, avant qu’il ne soit trop tard. Reprenons rapidement les rênes avant que certaines idéologies ne nous refassent le coup si cruel de la guerre comme remède à la dépression économique.

Aujourd’hui, le monstre économique est toujours plus affamé et ne connait plus de limite[i]. Il n’y a plus ni contre pouvoir des circuits conventionnel de l’information – maintenant on comprend que les émissions lobotomisantes de TF1 n’ont pas seulement eu comme conséquence de nous vendre plus de coca- , ni régulateur politique qui soit encore en mesure de prendre les bonnes décisions - celles qui pourraient nous éviter le désastre qui se dessine maintenant clairement. Comment les politiques, les hommes politiques peuvent-ils, à cette heure encore, prendre des décisions qui vont si évidemment à l’opposé du bon sens ? Parce qu’ils y ont un intérêt personnel, humain. Et voilà que le piège à cons nous revient. Le pouvoir corrompt. L’homme, souvent éduqué, parfois réellement motivé et intègre, qui arrive au pouvoir est finalement, à très moyen terme, corrompu par lui. Les échéances électorales en elles-mêmes contiennent le germe de cette corruption : dans un cadre où les hommes politiques sont des professionnels, on ne peut qu’assister à une frénésie du mandat, à une vision réduite sur 5 ans maximum, à certaines malhonnêtetés intellectuelles ou pire, liés au besoin de se faire réélire. Pire encore, les professionnels de la politique sont pervertis eux-mêmes par cette profession. Caricaturalement c’est un homme, blanc, de 50 ans, ayant été à l’ENA. Ils ont finalement tous le même modèle de pensée, dans lequel ils baignent en permanence et ne peuvent donc apporter d’idées nouvelles. La voix du plombier, celle du médecin, de l’instituteur, de l’étudiant finissent dissoutes dans des cerveaux préprogrammés à  voir le monde d’une façon particulière. Les Chavez sont bien rares et l’on ne peut que constater la désertion politique et le manque de courage qui finit par aboutir à la démonstration la plus flagrante que le pouvoir n’est plus aux mains des peuples ou de leurs élus : la chute des gouvernements « démocratiquement » élus (Grèce, Italie…) en faveur d’hommes de paille, appliquant encore et toujours les mêmes recettes désastreuses.

C’est grâce à Etienne Chouard, dont je ne peux que recommander l’ensemble des vidéos, que j’ai entrevu pour la première fois la lumière hors du piège à cons dans lequel nous sommes tous empêtrés. Cette solution est contenue dans le mot aujourd’hui galvaudé de démocratie. C'est-à-dire non plus la république représentative,  qui est à l’origine de toutes ces distorsions mais le pouvoir dans les mains du peuple, en continu, la fin de la profession « d’homme politique ». Le système du tirage au sort m’apparaît le seul moyen équitable et juste de créer des groupes de travail capable de porter la voix de tout à chacun, à la fois sur les grands principes mais aussi sur les petites décisions locales. En épidémiologie, les études dites randomisées sont les plus fiables car elles garantissent la représentativité de l’échantillon. En politique, il est impératif de remettre cette règle d’or au centre des dispositifs de régulation afin de sortir de l’asservissement de nos maîtres modernes : les élus qui sont eux-mêmes au service des dirigeants de la finance. Remettre le citoyen au centre des décisions, et laisser les énarques faire leur boulot, c'est-à-dire être des fonctionnaires, au service de l’état, donc du citoyen, contrôlés et avec des pouvoirs limités à une fonction stricte- qui n’est pas celle de faire des lois par exemple. Je n’irai donc pas voter car je refuse maintenant de valider par ce geste un processus qui ne me convient décidément pas et qui a maintes fois démontré ses limites.

Les années que nous allons vivre ensemble seront formidablement bouleversantes, qu’on le veuille ou non. C’est une chance sans pareil de reprendre nos destins en mains. L’appareil économique est sur le point d’imploser. La Chine se prépare à l’effondrement de l’Europe tandis que les maîtres de la finance se dépêchent d’engranger un maximum de profits avant explosion. Mais nous, le peuple, les fameux 95% qui nourrissons, soignons, éduquons, conduisons ou servons les 5% les plus riches, nous pouvons encore résister à ces grands plans qui se font sans nous. Nous pouvons profiter de cette chance historique de non pas se contenter d’abolir un système économique profondement injuste mais aussi de revoir profondément la distribution des pouvoirs, telle que le mot « démocratie » veut le dire. Le pouvoir temporaire, sous surveillance, indépendant du pouvoir économique ou judiciaire.

Nous avons cette chance, saurons-nous la saisir à temps ?

 


[i] Je ne reviendrais pas ici sur l’ensemble des mesures qui ont finalement donné libre cours à l’appétit économique de quelques nantis. Les sites d’information sont maintenant nombreux. Retenons tout de même le scandale de la dette publique et de la création monétaire comme exemples flagrant de décision à l’opposé du bien général.

11/12/2011

Lettre d’une apprentie chercheur

Quand j’ai choisi le pseudonyme de Skoliad, il y a déjà 5 ou 6 ans de cela, je faisais, si je me rappelle bien, ma première spécialisation post-graduat – je suis infirmière et je me spécialisais en soins intensifs pédiatriques. Skoliad, retournant sur les bancs pendant deux ans, c’était l’élève, ce mot merveilleux qui fait de la curiosité intellectuelle une voie vers quelque chose de plus. De plus haut, de plus grand, de plus vrai peut-être, d’un plus assez mal défini qui me permettrait de mieux comprendre le monde, une forme de sagesse espérais-je alors. Je suis une grande naïve, j’ai cru qu’en apprenant à mettre de tuyaux partout au travers des gamins, j’allais mieux comprendre leurs parents. Ça ne m’a pas suffit toutes ces machines. Evidemment. Alors j’ai poursuivi mon inclinaison vers le savoir avec une autre spécialisation ; puis, la plus importante de toute, par l’école buissonnière, en brousse Africaine, entourée de ces humains qui vous apprennent la vie dans les pages du quotidien. Je suis rentrée sur le vieux continent avec plus de questions qu’à l’aller. C’était embêtant cette histoire d’aide humanitaire. Il y avait quelques inconvénients dans cette position de l’aide. J’ai pas la carrure du père noël et je trouve qu’il n’est souvent pas très réaliste, dans ces choix de distribution. J’ai donc fait la chose la plus logique dans mon univers: reprendre des études universitaires, tout à fait naturellement, sans vraiment prendre le temps de réfléchir aux implications. J’ai pas mal réussit ce master et, à la fin de la 2de année, on m’a proposé un poste de doctorat. J’ai accepté, évidement. Maintenant, je suis donc Skoliad, l’apprentie chercheur.

Je ne m’y fais pas. Objectivement, depuis 4 mois, mes statuts sur les réseaux sociaux que je fréquente sont imbibés de cet état de fait. Ça doit être lassant à force, j’ai l’impression d’être imbue de cette position. Je suis fière de moi, il manquerait plus que ça !, mais surtout, je n’en reviens toujours pas. Imaginez-vous, je suis payée pour faire ce que j’aime par-dessus tout : me poser des questions !  Un petit miracle. Qui fait de ce pseudo une réalité, un nom choisi et acquis, de fait. Pourtant, Skoliad, c’est aussi l’écolière. Je doute parfois de pouvoir me passer de mes récréations, mais soit, pour l’instant je découvre la vie de chercheur, et ça m’amuse beaucoup.

Un apprenti chercheur passe sa journée à lire. Les mails du matin, les articles scientifiques, les livres, les résumés, les mails de l’après-midi, les rapports. Je crois que je n’ai jamais autant lu. Dans les transports en commun, je me plonge dans les livres accessoires. Même le soir, je bouquine encore des romans policiers, pour me détendre les méninges. Heureusement, j’ai un accès quasi limité à la bibliothèque, à l’imprimante, et à internet. C’est pas drôle tous les jours, en fait. Les articles de psychologie expérimentale me demandent déjà une bonne dose de concentration en français; mais en anglais, je vous assure, c’est coton, même quand on lit de l’anglais scientifique depuis longtemps. Et puis il y a les os. Les trucs chiants qui viennent vous contredire, remettent en question votre hypothèse de départ. Les sales petits os pervers, les gros embrouillés tout baveux, les os ronds comme un piège à con. Je fais la collection des os après celle des casse-têtes. J’adore les casse-têtes. Donc je triture l’os, je lis, je réfléchi, je lis encore, je retriture l’os, jusqu’à usure complète, ou mieux, jusqu’à ce que le rond rentre dans mon cadre. Sans déformer le rond, c’est pas si facile, c’est plutôt le carré qui s’ajuste, mais l’obstacle passé crée de grandes satisfactions personnelles, croyez-moi. C’est aussi assez fatiguant. C’est difficile de rester concentrée quand on a accès à internet. Ça demande un certain effort sur soi, se mettre au travail, rester au travail, retourner au travail. Heureusement, il y a les dead-line. Très serrées. Et ça, ça aide pas mal. D’autant que l’ambiance dans les bureaux d’un centre de recherche est globalement studieuse. Il n’est pas rare d’être 3 ou 4 après 20h, sans compter les petits suppléments du week-end quand s’approche la date fatidique. Ce rythme effréné est devenu ma réalité,  et cela m’effraie un peu. Je ne suis pas si maline que ça, je pressens, comme bien d'autres, que j’ai besoin de temps pour murir les choses. De temps où les neurones sont libres. Il faut du temps pour les connections neuronales inattendues, du temps fait de rien.  Le temps du chercheur est pourtant pris dans une interminable course à la performance, à la visibilité. Comme dans le monde académique, d’ailleurs. Prof ou élève, il faut être performant dans un monde d’efficience. L’aspect humain est depuis bien longtemps passé au second plan avec l’avènement du paradigme économique.  Mais ça c’est une autre histoire, de la grande Histoire.

11:25 Écrit par skoliad | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : recherche |  Facebook |

22/05/2011

Internet Vincere Tenebras

 

Ou quand les peuples changèrent d'arme:

http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2011/05/21/sarkozy-expu...


(Indignons-nous!)


Anne.


19/04/2011

Qui restera ? Personne.

 

Le seul moyen d’allonger la vie,
c’est d’essayer de ne pas la raccourcir.

 


19:44 Écrit par skoliad dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

21/03/2011

Histoire de démocratie

Fait surprenant, les électeurs d'extrême droite, tout pays confondu, sont ceux-là même que l'on attendrait plutôt à gauche: les couches dites défavorisées, les pauvres, les démunis du point de vue socio-culturel et socio-économique. Le point intéressant est que ce sont justement ces couches défavorisées qui ont grand besoin de la démocratie pour être soutenus et intégrés dans un monde d'où ils sont exclus, le monde de la réussite et de la prospérité, l'univers de la santé et du bien être. Or, via des discours simplistes, hautement assimilables par les populations auxquelles il s'adresse, le populisme de droite prône une forme de totalitarisme, à l'opposé exact de la démocratie.

La véritable démocratie n'est pas la dictature de la majorité. C'est la garantie que chaque voix de citoyens soit entendue, représentée équitablement, soutenue par l'ensemble des communautés dans ses difficultés ou opinions particulières. La montée des extrêmes droites à l'échelle de l'Europe est probablement le signe d'un échec démocratique. Nous avons échoués. Nous avons crée des systèmes politiques dirigés par des élites, éloignées des gens qu'ils sont sont censés représenter. Cet éloignement n'est pas juste physique. C'est un gouffre de pensée, d'information, d'écoute, de participation citoyenne.

Pourtant, il n'est peut-être pas encore trop tard pour panser, et repenser, la démocratie. Les changements capitaux auxquels nous sommes et seront confrontés (fin de la période consumériste massive, pour des raisons autant écologiques qu'économiques, mondialisation des phénomènes dont l'émergence de réseaux sociaux puissants...), nous impose une réflexion en profondeur. A commencer par l'affirmation de ce que l'on attends, de nos orientations, des choix et des critères de choix, des fondations même de nos sociétés, y compris de l'ancrage à la démocratie et de son expression.

 

31/01/2011

Épidémiologie: quand les vrais faux et les faux vrais sèment le doute.

On a tous tendance à croire que la médecine est une science exacte depuis que la logique Pasteurienne (un germe => une maladie => un traitement ) s'est imposée en dogme. Des symptômes, liés à la maladie, poussent le patient à consulter. Le médecin, dans sa démarche diagnostic, fait des tests pour prouver ou infirmer la présence de la cause et prescrire le médicament qui vous sauvera la vie. Les récents scandales liés à l'industrie pharmaceutique ébranle déjà cette certitude au niveau des traitements. En réalité, l'art du diagnostic est lui même soumis à beaucoup d'incertitudes, notamment au niveau des tests. Autrement dit, et bien que cela soit difficile à assumer en terme de santé, aucun test n'est infaillible: il y a toujours une proportion de « faux positifs » (FP) et de « faux négatifs » (FN). Pour un test dichotomique, de type oui/non, on peut résumer ça sous la forme de ce tableau:

tab gen.jpeg

Ce type de test se caractérise par 2 variables, comprises entre 0 et 1 (c'est à dire 0% et 100%):

  • sa sensibilité: c'est à dire la probabilité d'être détecté positif si on est vraiment malade

Se = VP / (VP + FN) = VP / ensemble des vrais malades

 

  • sa spécificité: c'est à dire la probabilité d'être détecté négatif si on n'est pas malade.

Sp= VN / (VN + FP) = VN / ensemble des non malades

 

Aucun test au monde n'a une sensibilité ou une spécificité de 100%. On doit donc choisir le test adéquat en fonction, notamment, des conséquences des faux négatifs et des faux positifs. On choisira un test à haute sensibilité pour éliminer un maximum de faux négatifs (FN): quand la maladie est grave, facilement curable et que les faux positifs sont « acceptables ». Par exemple quand on teste une poche de sang pour le VIH avant la transfusion: on accepte de jeter un faux positif mais pas de transfuser un faux négatif. A l'inverse on choisira un test à haute spécificité quand on veut réduire les faux positifs (FP): entre autre quand les conséquences du positif sont importantes soit au niveau psychologique soit au niveau des conséquences du traitement. Par exemple, quand on teste le VIH chez une personne volontaire: on ne veut pas annoncer un tel diagnostic et commencer un traitement lourd en termes d'effets secondaires... pour rien!

Un exemple de test trés sensible mais peu spécifique est la prise de tension artérielle: on détectera à tous les coups les hypertendus mais aussi tous les gars émotifs devant l'infirmière sexy (donc beaucoup de FP et peu de FN).


Outres ses caractéristiques, on évalue un test par sa performance dans une population donnée, qui est fonction de:

  • sa Valeur prédictive positive

VPP = VP / (VP+ FP) = VP / ensemble des positifs

 

  • sa Valeur Prédictive Négative:

VPN = VN / (VN+FN) = VN / ensemble des négatifs.

VPN et VPP sont donc intimement liées aux caractéristiques du test (Sensibilité et spécificité) mais aussi à la prévalence de la maladie dans la population, c'est à dire, en gros, le pourcentage de malades dans cette population. VPN et VPP varient en sens inverse. Pour une prévalence faible, la VPP est faible et la VPN est haute; autrement dit, la majorité des positifs seront des faux positifs. A l'inverse pour une prévalence haute, la VPP devient élevée et la VPN faible, même si le test n'est pas très spécifique: il y aura peu de faux positifs.

 

Démonstration:

Un médecin généraliste emploi un test avec une sensibilité de 98% et une spécificité de 95%. La prévalence de la maladie dans la population qui vient le consulter est de 1% (valeur élevée par rapport au quotidien du généraliste). Construisons à rebours le tableau correspondant en prenant 10000 sujets, on aura donc:

  • 100 vrais malades donc 9900 pas malades
  • On déduit de la formule de la sensibilité les vrais positifs: 

VP = Se * vrais malades = 0,98 * 100 = 98 donc il y a 100- 98 = 2 faux négatifs

  • on déduit de la formule de la spécificité les vrais négatifs:

VN = Sp * non malades = 0,95 * 9900 = 9405 donc il y a 9900- 9405 = 495 faux positifs

Au passage, on note donc que 497 tests sur 10.000 donnent de faux résultats soit presque 5 % d'erreur...

tab generaliste.jpeg

Maintenant, ce même généraliste envoi tous ses patients positifs chez un spécialiste qui utilise en fait le même test. La sensibilité et la spécificité du test n'ont donc pas changé. Par contre la prévalence a beaucoup évolué: on a maintenant 98 vrai malades parmi les 593 qui étaient positifs soit une prévalence d'environ 16,53 %. Construisons maintenant le tableau correspondant pour ces patients référés chez le spécialiste, on obtient, en arrondissant:

  • 98 vrais malades et 495 pas malades
  • On déduit de la formule de la sensibilité les vrais positifs:

VP = Se * vrais malades = 0,98 * 98 = 96 donc il y a 98- 96 = 2 faux négatifs

  • on déduit de la formule de la spécificité les vrais négatifs:

VN = Sp * non malades = 0,95 * 495 = 470 donc il y a 495- 470 = 25 faux positifs

Là encore, on a pas mal de faux résultats: 27 sur 593, soit 4,5 %

tab spécialiste.jpeg

Calculons maintenant les VPP et VPN chez le généraliste:

VPP = 98 / 593 = 0,165

VPN = 9405 / 9407 = 0,999

 

et chez le spécialiste:

VPP = 96 / 121 = 0,793

VPN = 470 / 472 = 0,995

 

VPN et VPP du même test ont donc évolué: ses performances ne sont donc plus du tout les mêmes.En l'occurence on a seulement 16,5% de risque d'avoir réelement la maladie si on est testé positif chez le généraliste contre 79,3% chez le spécialiste qui utilise le même test. Par contre on a 99,9% de chance de ne pas avoir la maladie si on est testé chez le généraliste contre "seulement" 99,5% chez le spécialiste.

 

Qu'est ce que cela implique concrètement ?

Tout d'abord que le choix d'un test et son utilisation sont à pondérer en fonction des risques que l'on accepte de prendre – ou pas.

Ensuite que l'interprétation d'un test doit se faire avec beaucoup de précautions, ce qu'ignore la majorité des patients et malheureusement beaucoup de prescripteurs. La prévalence évolue, on l'a vu, en fonction de la population: elle n'est pas la même selon le type de médecin, son lieu d'exercice et sa population cible (mineurs wallons ou alpinistes Suisses, nouveaux-nés ou personnes agées...) mais aussi du contexte du test. Pour revenir au VIH, la prévalence est beaucoup plus faible chez les donneurs de sang (qui par définition se considèrent hors-risque) que dans les lieux de dépistage volontaire (où les personnes se considèrent à risque). Ainsi imposer des tests obligatoires (par exemple la proposition de certains politiciens américains de tester obligatoirement pour le VIH toutes les femmes enceintes) est un total non-sens en termes de santé publique: outre les dégâts économiques d'une telle mesure, il est éthiquement difficile de justifier tous les faux positifs qui en découlerait (mais la visibilité politique d'une telle annonce n'a rien à voir avec la santé publique: elle est axée sur l'émotionnel des électeurs).

Enfin, l'exemple généraliste/spécialiste n'est pas choisi par hasard: il reflète l'importance de suivre le parcours d'entrée dans le système de santé. Si tout le monde passait chez le généraliste avant de consulter un spécialiste, ce premier maillon (le généraliste) pourrait réelement opérer son rôle de filtre en éliminant un maximum de vrais négatifs (au contraire du spécialiste qui a plus tendance, en raison de la prévalence différente dans son cabinet, a trouver des positifs).

 

L'incertitude médicale, dont nous avons seulement entrevu l'importance à l'aide de ce petit exemple, est quelque chose de difficile à accepter. D'une part parce qu'on a tous envie d'une médecine idéale et infaillible qui repousserait toujours plus loin les limites de la mort et du vieillissement; et d'autre part parce que la paradigme Pasteurien a fortement influencé nos convictions en la matière. Les déceptions sont à la hauteur des espoirs qui ont été mis. Pourtant, sans vouloir contester la responsabilité des professionnels, les procès fait aux médecins pour « erreur diagnostic » sont fondamentalement dangereux: c'est nier l'erreur statistique inhérente à cet art que d'attendre un résultat sûr à 100%. Cela n'existe pas, ni pour un test aussi rigoureux soit-il, ni, et même encore moins, pour un examen d'imagerie (type échographie: je pense par exemple au fameux arrêt « perruche »). On peut réduire fortement la marge d'erreur par des pratiques « saines » (choix et lecture du test, double diagnostic, art clinique, Evidence Based Medicine...) mais jamais la ramener à 0.Ainsi soit-il.

 

 

Source:  J'ai pas d'autres sources que mes cours et mes connaissances sur le sujet. C'est dire en fait une multitude de sources que j'ai la flemme de rechercher.
Mais si tu tiens absolument avoir une référ
ence, je viens de trouver ça sur google:

Sensibilité, spécificité, valeur prédictive positive et valeur prédictive négative d'un test diagnostique

D'autres documents sont facilement accessibles, enjoy it...

 

 

 

Commentaire personnel:


Cet article m'a été
inspiré par un document sur le SIDA. Un reportage qui se veut sensationnel mais qui en fait ne révèle rien que la communauté scientifique ne connaisse déjà. Il a par contre l'avantage, outre de reprendre les grands enjeux de santé publique, d'interviewer Montagnier. Cette interview, incomplète ici, a signé le "suicide médiatique" du prix Nobel qui développe et insiste sur les co-facteurs de la maladie. Il a étéfort critiqué l'époque car on craignait, et on craint toujours, une lecture simpliste de la part du public (genre: le SIDA est lié à la pauvreté, donc on n'a plus besoin de mettre des préservatifs). ça m'éloigne du sujet central, mais voici le documentaire en question:

SIDA: quand la vérité explose

Il mér
iterait surement un article à part entièe mais bon, juste là maintenant, j'ai la flemme.

 

10:36 Écrit par skoliad | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : recherche, épidémiologie |  Facebook |

10/10/2010

Pourquoi régionaliser les soins de santé est une hérésie ?

Commençons par une petite histoire. Découvert en 2005 après les travaux de Harald zur Hausen sur le lien entre l'infection par le virus et la fréquence de cancer du col de l'utérus chez la femme, le vaccin contre papillomavirus a été commercialisé depuis 2008 en Europe.

Les politiques de santé publique ont divergé quant à son mode de distribution (obligatoire ou non, en médecine scolaire/chez les généralistes...) et de remboursement (gratuit ou non, avec ou sans consultation). Ainsi, en Belgique, la Flandre, qui a décidé tout de suite d'une vaccination obligatoire et gratuite, a opté pour l'appel d'offre et obtenu un prix de 80% moins cher que son voisin wallon. En effet, dans le même temps, la Wallonie décidait de mettre l'accent sur une autre problématique: le dépistage du cancer colo-rectal (dont l'ampleur est indéniablement comparable à celui du col de l'utérus). Dès lors, n'ayant plus les budgets pour la financer à la mode Flamande et émettant des doutes sur l'efficacité et l'innocuité du vaccin, la communauté française a opté pour une vaccination simplement recommandée et faite par les généralistes. Les jeunes filles francophones doivent donc débourser 32 euros (vaccin + consultation) alors que leurs camarades Flamandes le reçoivent systématiquement et gratuitement. Pire, cela coute finalement à l'INAMI , c'est à dire  l'ensemble des affilié Belges, 339 euros pour une vaccination francophone contre 60 euros pour une vaccination flamande.

Je ne rentrerai pas ici dans les détails de la pertinence d'une vaccination obligatoire, de son coût d'opportunité, ni de son impact réel ou supposé sur l'incidence du cancer du col de l'utérus chez la femme et des débats autour de décès supposés en lien avec le vaccin.
Je ne veux pas d'avantage déguster avec vous le croustillant système politique Belge et les interrogations raisonnables sur l'impartialité des choix compte tenu des intérêts personnels de certains décideurs.
Tout cela serait fort distrayant et pourrait faire l'objet d'articles particuliers, cependant mon petit exemple se veut d'introduire le modèle Kiwi. En effet, en écartant momentanément la discussion légitime autour des choix de priorités de santé, il est remarquable que la Flandre ait obtenu un rabais de 80% du prix grâce à sa stratégie de l'appel d'offre. Compte tenu que la première raison d'être d'une entreprise pharmaceutique est la rentabilité, il est logique de penser que malgré ce prix à 20% du Gardasil® , l'entreprise américaine Merck & Co fait encore des bénéfices.
Personnellement, et cela n'engage que moi, je considère que ces 80% de marge supplémentaire fait en Wallonie ou en France (prix français: 135,59 euros) sont tout simplement du vol. Mais peut-on réellement attendre de l'éthique d'une entreprise privée ? Une alternative existe: tenir compte des règles du jeu de l'économie libérale et faire jouer la concurrence. C'est ce que propose le modèle néo-zélandais KIWI. Pour chaque molécule commercialisée, l'état néo-zélandais fait un appel d'offre. Seuls les produits ayant les meilleurs tarifs sont alors remboursés. L'état néo-zélandais incite donc à la consommation d'un produit tout en conservant la liberté de choix thérapeutique individuelle (car les autres molécules restent en vente) mais surtout il assure l'ajustement des prix au plus juste pour les fournisseurs comme les acheteurs. Ce modèle est en cours de mise en place aux pays-bas et actuellement en discussion en Belgique et en France (on estime que l'économie pour un pays comme la Belgique serait de l'ordre du milliard d'euros par an). Cela paraît tellement évident qu'on se demande même pourquoi on n'y avait pas songé plus tôt.

En poussant le raisonnement à peine plus loin, on se rend rapidement compte qu'un tel système devrait logiquement s'appliquer au niveau Européen. Imaginez les économies d'échelle que l'on ferait sur des commandes faites au niveau de l'Union. Le volume commandé permettrait alors à la fois de négocier au plus près les tarifs mais aussi de mieux gérer les besoins/demandes fluctuants, les péremptions, les ruptures locales de stocks, les « urgences » et (alerte à) épidémie ... (nous avons encore tous en mémoire le très juteux et scandaleux épisode de la grippe H1N1, par exemple)


Pour conclure, et dans un esprit d'élargissement de la pensée, je suis convaincue qu'un rattachement rapide et organisé des trois piliers que sont la santé, la justice et l'éducation à l'actuelle mise en place d'une Europe sociale nous offrirait équité et efficience.
En effet, pour ne rester que sur le domaine de la santé, comment ne pas tenir compte des économies mais aussi de la cohérence de politiques que l'Europe pourrait garantir à ses citoyens ? Qui croit encore que le nuage de Tchernobyl ou quelconque pollution, virus, bactérie... s'arrêtent aux frontières ? Un large panel de déterminants socio-culturel de la santé est commun aux populations de l'Europe: comment des politiques locales parfois si contradictoires et si antagonistes pourraient-elles aboutir à des impacts positifs sur des communautés sans cesse en mouvement ?
L'Europe de la santé engage(rait) les systèmes de santé locaux dans une perspective de collaboration, de mise aux normes, de protection élargie et cohérente pour ses citoyens, la garantie d'équité et de traitement équivalent d'un bout à l'autre de l'Union. Évidemment, au même titre que n'importe quelle autre harmonisation, cela demande débats et compromis (je pense ici aux accords de Barcelone pour l'enseignement supérieur et les débats déjà houleux dans cette première étape d'une Europe de l'enseignement). Chaque acteur des complexes systèmes de santé (que nous sommes tous à différents niveaux: consommateurs, payeur, professionnels de la santé, décideurs...) doit aussi y trouver son compte: une sacrée gageure, en somme, mais qui en vaut certainement la peine.





WWWgraphie:

1) Même si je suis en désaccord avec le titre: «C'est l'histoire d'un vaccin qui coûte cinq fois moins cher en Flandre. Elle illustre à la perfection comment défédéraliser appauvrit les francophones.» car pour moi ce sont, au final et dans une vision plus globale, toutes les communautés qui s'appauvrissent, je vous recommande ce court article

2) Le smodèle KIWI:
http://www.vbs-gbs.org/lms/ms2006/ra2005/ra2005-07.asp

http://web4.ecolo.be/?Medicaments-chers-elargir-le

 

 

22/07/2010

Ses mots à elle.

 

Je ne résiste pas à l'envie de partager avec vous un extrait du texte que Milady Renoir a joint à sa performance pour la cloture de son exposition. Les forces sont là, l'émotion, la profondeur des mots. En dire plus serait gâcher ce dont il faut se laisser imprégner.

 

Milady Renoir.

Pour la peau.

 

Pour la peau, tout faire, tout sentir, tout abolir, sens ou raison, aborder la peau, faire pour la peau, être pour la peau, s’inscrire dans le derme, chercher le pore le plus ouvert pas forcément au centre de tous les autres pores, le trouver, ce pore-ci, là, ici, pas celui adjacent, non, oui, c’est bien celui-ci, le trouver neutre, presque sans allure, mais saliver un peu, crachoter du bout des lèvres, viser le pore indiqué bien qu’inconnu, discerner la goutte translucide mousseuse toucher terre sur la peau, cette peau variante, se rappeler à ce pore consubstantiel presque épais, saliver aussi pour l’élémentaire sel de l’humide, aborder la glissade comme une chute, pénétrer le pore, pénétrer le pore, dire oui à la peau, faire ça pour elle, la peau baptême, la peau blasphème, être là pour le pore, être là pour la peau,

sentir les parois, l’une de face, l’autre par derrière, hésiter à se laisser frôler par celles qui chauffent au contact du corps brusque, ce je qui pénètre, ce tu qui pénètre, se sentir brute, lourde, lécher quelques graisses, s’alourdir pour mieux entrer, laisser les cloisons faire, pour la peau, pour le pore, les laisser s’écarter, puis se refermer comme des aimants versatiles, des glues fallacieuses, ces ventouses nouvelles bouches, la peau enfle, enfler la peau, s’agripper à l’idée d’enfoncement, prendre le fond comme chemin, initier la descente, lorgner sur les pulsations sanguines, consentir à l’entremêlement des battues, abandonner les choses à faire, se poser sur place, amener le tourment sur le seuil du pore, tourner sa langue cent fois dans le trou, brasser les cheveux et la sève et la lymphe, tout mélanger, se touiller les doigts dans le rouge qui approche, révéler les coulées du grenat, accorder l’espace au temps serpent, donner à l’espèce confinée le choix des armes,

c’est l’acquiescement qui soumet le moment, se coller contre soi, contre le sel, pour la peau, faire de soi le lieu propice, virer au rouge, être rouge, seulement le rouge, être la strate en plus, le ciel en moins, être là pour quelque chose, exprimer la contrainte par l’expansion, dire à soi que le temps n’a pas d’odeur, sortir des gonds, pour la peau, pour ce derme fruste, ce pore émoussé, se frotter à l’humeur de la veine, la rogne de l’artère, reconnaître l’adage « le corps est si robuste », abandonner l’idée de lutte, de concurrence, entrer encore, aller loin dans le débat contre soi, se dire qu’après, on verra, que là, il faut y aller, allez, vas-y, pénétrer, foncer, entrer dans le vif, contredire l’instinct de survie, se charrier contre le flux, entre deux diastoles, trouver l’ut majeur, tenter l’Aïon, finir par oublier qu’on est déjà dedans, tout le temps, dans un fond qu’on n’a jamais connu, savoir que le dedans est absolument ce dedans dont tout le monde dit qu’il est le néant, le dedans n’a rien de néant, le dedans a le dedans pour corps, reconnaître qu’aucun extérieur n’est jamais parvenu ici sauf sous la forme d’un vague éclat de verre dans une mémoire fautive, une intuition faussaire, gagner la foi en ce qui n’existe plus, apprécier que le derme, l’hypoderme soient si longs, si tortueux, si escarpés, se persuader que la détention expie, sentir que la chaleur étouffante est l’exutoire pur, être là pour le pore, être là pour la peau,

trouver le tunnel expiatoire sous les plasmas, revêtir la peau interne, celle qui ne s’écorche pas, celle qui ne brûle pas, rire du vide qui s’échappe, rire du vide qui s’enfuit, rire du vide, ah ah ah ah,

(...)

 


 

Texte à suivre dans une prochaine publication de Milady.

Mots à goûter, avaler, respirer sur son blog.

 

 

 

12:34 Écrit par skoliad dans Autres fenêtres. | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

27/06/2010

Les Humanités

Les Humanités, ou ce qui rend humain, désigne à l'origine les langues – notamment Latin et Grec- et la littérature. Le terme a ensuite été élargi à la philosophie, la sociologie, la psychologie mais aussi l'histoire-géo, l'art, etc, c'est à dire tout ce qui n'est pas dans la catégorie des sciences exactes.

En Belgique, on appelle Humanités le programme scolaire des 12 -18 ans, rappelant ainsi le rôle fondamental de ces disciplines dites de « culture générale » dans le développement de chaque citoyen. Car l'enjeu des Humanités est bien d'aiguiser la conscience, le jugement, d'apprendre la réflexion, l'art de l'argumentation, de l'expression, l'esprit critique et l'analyse, mais aussi l'empathie par la compréhension du monde, de l'histoire, de l'Homme, de l'Autre dans ses similitudes et surtout ses différences avec le soi (« réduire les points aveugles »).

David Brooks du New York Times, met en avant leur pouvoir de comprendre « Le grand Hirsute », c'est à dire la bête qui est en nous, car elles nous permettent de déchiffrer toutes ces réactions passionnelles, profondément humaines, que les théories systémiques n'arrivent jamais à embrasser totalement. Au contraire des connaissances techniques, « superficielles », les Humanités révèlent en profondeur l'Humain. Les Romanciers, sculpteurs, compositeurs, peintres, architectes... expriment et partagent avec/pour nous ce grand chaos de l'esprit, irréductible à une formule mathématique. Les Humanités font de nous les « honnêtes hommes » d'Homère et d'Horace, de Racine et d'Erasme. Elles sont la conscience de la science qui évite la ruine de l'âme (Merci Papa Rabelais).

 

decoration

 

Les Humanités sont donc pour la démocratie l'équivalent des routes pour l'économie d'un pays: elles ne sont pas directement rentables mais pourtant indispensables à son développement. Or une crise inaperçue se profile dans l'enseignement par l'inversion des priorités. Tout à coup, l'économie florissante n'est plus au service de l'éducation pour former les générations futures, mais c'est l'enseignement qui doit servir l'économie. L'enseignement doit devenir rentable, directement. Il ne s'agit plus de concevoir l'éducation comme une ouverture d'esprit, intrinsèquement profitable à la société, mais de former des travailleurs efficaces pour les sociétés (entreprises).

Les étudiants eux-même abandonnent de plus en plus les enseignements généraux pour se spécialiser, le plus rapidement possible, et augmenter leurs chances sur un marché du travail devenu hautement incertain. Les ministères de l'éducation se plient aussi à ces nouvelles exigences du monde moderne, et, en réponse, les collèges, lycées et universités, refondent leurs programmes, rognant de plus en plus ces disciplines dites « accessoires ». Ainsi, en 2010, les enseignements artistiques dans le programme des petits français du collège (11-15 ans) recoupent à la fois les arts plastiques (dessin, sculpture, peinture...), la musique, les arts audiovisuels, la danse, le théâtre. Ils représentent en moyenne à peine 2h par semaine. Ces mêmes disciplines étaient au cœur des enseignements il y a à peine 200 ans (sauf peut être pour l'audiovisuel qui se limitait encore aux ombres chinoises). L'explosion du savoir rendant impossible de tout transmettre aboutit in fine à des choix qui concernent le futur de nos sociétés démocratiques. Or, depuis les années 80, on a perdu confiance dans les sciences humaines, on a rétréci leur valeur reconnue.

 

Le danger finalement est que derrière des ouvriers dociles, nous formions maintenant des citoyens malléables, perméables aux discours démagogiques et flatteurs, incapables de faire des choix raisonnés et humains. Des citoyens qui abandonnent leur sort et celui de leur société entre les mains d'une élite qui « saurait », d'une dictature des meilleurs orateurs et de leurs discours simplistes convaincants. Des citoyens qui percevraient le monde comme en dehors de leur portée car trop complexe; ce qui fondamentalement vrai, mais terriblement aléatoire car cela implique que l'on se persuade tout à coup que l'on ne peut rien y faire, rien y changer, rien influencer. Une perspective peu réjouissante, vous en conviendrez.

 

 

decoration

 

Cependant, les Humanités n'ont pas encore dit leur dernier mot. Les auteurs s'accordent à espérer que ce mouvement pourrait être transitoire. L'apport des Humanités dans le développement d'esprits fluides, imaginatifs, créatifs, adaptatifs, curieux et de comportements sains dans la relation (amitié, amour, politique et sociale) les sauvera sans doute de la peau de chagrin à laquelle elles ont été réduites. Après tout, ces qualités sont aussi celles que les entreprises recherchent pour leur ingénieurs, chercheurs, cadres... (la semaine prochaine j'vous pond un article sur le grand méchant marché économique sans éthique qui se fera bientôt rattraper par la philosophie-qu'elle-est-tellement-balaise, ça lui apprendra, à cette sale économie libérale, d'oublier qu'elle conjugue avec l'humain).

 

decoration

 

Sources:

 

  • Lire le très bon dossier du « Courrier international » de cette semaine ( N° 1025): « Où va l'Université? »

  • Martha Nussbaum, philosophe américaine, auteure de « Not for Profit: Why Democraty needs the Humanities »

  • Marc Fumaroli, « Les humanités sont la mémoire vivante du passé », Le Monde, 21/11/ 2000 

 

11:44 Écrit par skoliad dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

21/05/2010

Un oeil avec vue sur cour d'imaginaire.

 

Aujourd'hui j'étais là:

http://miladyrenoir-et-son-autre-oeil.skynetblogs.be/post...

 

Je suis passée par sa fenêtre, cet autre qui touche le coeur et le corps et les yeux et la bouche. Ça bouscule, un peu. Ça grattouille, ça chatouille, ça rigole et ça décapite le prêt à porter. C'est du sur mesure, Madame. C'est du fait pour toi, Monsieur. Ça vous emmène, par la main de l'iris, vers où moi seule, toi seul, peut aller. Ce sont des associations en invitation au voyage intérieur, des idées d'horizons, des formes en coin, du pas commun mis en rêve commun, des mouvements parallèles, des reflets de liberté. C'est l'aléas, l'alinéa, l'aligné pas rectiligne, du miroir de pupille. C'est le lapin blanc qui vous convie.

N'hésitez pas à découvrir l'exposition, regardez bien, sous tous les angles. Laisser-vous (em)porter par Milady. Sur le bar vous trouverez ses édits. Le lieu, lui même, est un petit bijou: la cinémathèque son « excellence » vous fait aimer le ciné et vous prête les images, comme un partage.

 

 

 

22:34 Écrit par skoliad dans Autres fenêtres. | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

11/05/2010

Jour de deuil

Aujourd'hui, je cite un inconnu:

 

"La Grèce n'est plus un état souverain, Lagarde nous prépare à l'austérité et le CAC prend 10%...

Jour De Deuil."

 


11:14 Écrit par skoliad dans Des raisons de révolte. | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

07/05/2010

Peoples of Europe, RISE UP!

Nous y sommes, ou presque.

Voici le moment tant attendu de prendre des décisions. Les politiques vont devoir décider, dans l'urgence de la crise grecque, l'avenir du rêve Europe. L'Europe des nations se rejoint, enfin, au chevet de l'Europe-eurocrate visiblement en surdosage de somnifères depuis la monnaie unique et maintenant au bord de l'asphyxie. Après les banques, l'industrie, voici que les états sont attaqués par les marchés. La perspective du jeu de domino géant fait frémir jusqu'outre Atlantique. On parle croissance, politique de restriction, austérité, déficit et dette, prêt d'urgence, à tous les étages. On s'agite, on veut calmer rapidos la mécanique logique des marchés avant que le virus n'ai eu le temps d'achever son hôte.

Pendant ce temps, d'autres voix, celles des citoyens européens grecs se font entendre. Eux, ne veulent pas payer les pots cassés de spéculateurs douteux et véreux, des politiques carriéristes incapables d'agir et souvent coupable  par intérêt personnel. Et si la contagion du phénomène ne se limitait pas à l'économie des marchés ? Et si, effectivement, les citoyens des états attaqués ou en vue de l'être, se soulevaient eux aussi, l'un après l'autre ? Et si les citoyens de toute l'Europe réussissaient là où la politique a échoué ?

 

people of europe rise up

 

Doux rêve que celui de croire que, lassé de rêver devant le juste prix, les hommes et femmes qui créent et produisent se lassent aussi de voir les plus riches détenir de plus en plus de la richesse totale, en spéculant, c'est à dire en échange de rien. Les 1% des plus riches de la planète possèdent 40% des richesses mondiales, mais leur accroissement est exponentielle et leur répartition est très inégales selon les pays: aux USA, ces même 1% des plus riches détiennent 70% des actifs financiers; en France, entre 2004 et 2007, le nombre de personnes gagnant plus de 500.000 euros a augmenté de 70 %. Pendant ce temps, les plus pauvres, c'est à dire nous, et pas seulement l'Africain qui crève de faim dans ses mines de diamant, nous, les travailleurs, nous appauvrissons.

Réduire la dette, réussir le pari des retraites avec le papy-boom, réduire nos émissions de CO2 et nos consommations globales pour essayer de sauver ce que l'on peut encore de la planète, tout ça, on voulait bien l'entendre, nous autres les prolétaires, nous autres les intelos RMIstes, nous autres paysans sur-endettés, nous autres retraités à la recherche d'emploi, nous autres, les électeurs. Seulement ce qui ne passe pas, là où la couleuvre picote un peu nos narines, c'est que pendant ce temps là, une minorité s'en mets pleins les poches et consomme, pollue, exploite, gaspille, sali, et rote sans honte devant la caméra.

Alors je rêve, un instant, que la plèbe, gavée de jeux et de sacrifices, se rende compte tout à coup qu'on touche à son assiette. Je rêve qu'elle se soulève, en réclamant justice, équité, solidarité et liberté. Car la réalité, je dois avouer, est effrayante. Dans tous les pays d'Europe, jusqu'en Angleterre, royaume de libéralisme, l'égoïsme national ressurgit, comme un vieux cauchemar des années 1936-1937. L'extrême droite, les replis communautaires, les intolérances subites, refont bouillir une marmite que l'on ne connait que trop bien. Celle-là même, qui jadis avait été exorcisé par un idéal Européen de paix et de lumière au monde. Un idéal endormi, étouffé dans l'œuf par un libéralisme qui veut nous faire croire qu'on a à perdre, pendant qu'une minorité gagne tout.

 

Alors, oui, citoyens Européen, levons-nous.

Avant que d'autres ne le fassent à notre place.

Citoyens Européens et citoyens du monde, levons-nous.

Réclamons justice, équité, solidarité et liberté.

 

 

 

 

Pour mieux comprendre:

http://www.slate.fr/story/20841/crise-euro-europe-deconst...

19:07 Écrit par skoliad dans Des raisons de révolte. | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

22/04/2010

La Vème république: histoire de torchons et de serviettes.

 

A l'époque, un dénommé Serge Gainsbourg avait été au cœur de la controverse pour sa reprise de "La marseillaise". Le Monsieur répondit par voie de presse son fameux: « On n'a pas le con d'être aussi droit ».

 

Vingts ans plus tard, détourner l'image du drapeau national est plus que jamais source de polémique. Sous le couvert du politiquement correct, le thème désormais incontournable de « l'identité nationale » se matérialise, sacralisé, autour de l'emblème de la république. Des poursuites pénales sont demandées par la ministre de la justice elle-même.

Le pouvoir, l'état, les représentants des citoyens, ces élus censés diriger sous le cadre de la loi et de la constitution, modifient, réinterpètent à loisir, maintenant directement et quotidiennement, la définition de ce qu'est la république française.

Ainsi, le même jour, le président-1er ministre- ministre de l'intérieur-et de l'économie-et du reste relance le débat sur l'interdiction du port du voile intégral par les femmes.

Rappelons que le conseil d'état, les sages de cette même république, avaient statué sur le texte comme étant contraire à la constitution Française;  mais aussi aux droits de l'homme Européen, dont la France, qui se targue si allégrement d'avoir inventé le principe, est bien évidemment signataire.

 

 

Donc, je comprends bien, cette putain de république serait en fait cette femme au sein nue, courant mal cachée par le drapeau sainte-nitouche de l'identité Française; tandis que la constitution, les droits de l'homme (et du citoyen) ne seraient plus que le tas de cadavres qu'elle piétine.

 

Alors pourquoi, dites-moi, ai-je cette impression lancinante, et très désagréable, que notre attention, comme lors d'un tour de prestidigitation, est perpétuellement reporté sur le mauvais côté des choses ?

 

 

22:16 Écrit par skoliad dans Des raisons de révolte. | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

08/02/2010

Identité Nationale Française.

 

Je suis Bretonne.

Malheureusement les actes de naissance de mes arrières grands-parents prouvent que je suis (aussi) Française. 

ça m'aurait pourtant bien fait marrer de non-justifier cette nationalité devant une administration digne de celle de Vichy ("Mais, monsieur le juge, je n'ai fait qu'appliquer le règlement").

 

 

19:14 Écrit par skoliad dans Des raisons de révolte. | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

19/01/2010

Liberté, équité, solidarité.

 

 

 

Liberté, équité, solidarité.

 

 

 

14:51 Écrit par skoliad dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

11/01/2010

Mano Solo: Homme mage.

 

 

decoration

 

 

"Il faut aimer ce que l'on déchire

dans la douleur,

c'est une nouvelle vie qui respire."

(Soif de la vie)

 

11:37 Écrit par skoliad dans Bancs publiques | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

10/01/2010

Une phrase, une génération.

 

« Je n'ai pas peur de mourir, j'ai peur de n'avoir pas assez vécu ».

J'ai aimé cette phrase. Je l'ai trouvé pimpante dans son bel habit discursif. Elle a résonné pour moi, comme elle résonne peut-être pour vous. Je l'espère, je le crois. Cette petite phrase de notre génération. De celle qui consomme les baskets, les télés, les hamburgers et la vie.

Je ne vais pas définir pour vous la vie, la mort, la peur. Le cadre conceptuel vous irez le chercher vous même, dans les livres ou sur wikipédia, dans vos sémantiques personnelles, dans vos représentations, chez vos voisins.

Ce qui m'interpelle, ici, maintenant, dans cette résonance, c'est cette autre question, venue tout de suite après: peut-on ne pas assez vivre ? Puisque l'on vit de toute façon. Chaque instant n'est il pas assez précieux en lui-même, que l'on doive y trouver une valeur ajoutée ? Doit-on remplir une vie comme une vase creux ? Et de quoi le rempli t'on ? De l'avoir ? Du faire ? De l'être ? Les codes et les normes culturelles nous conseillent la voiture, la maison, le mariage, les enfants, le travail, le bénévolat pour les resto du coeur. Bon. Et alors ? On sent tout de suite, instinctivement, que c'est pas ça, la vie. Ce remplissage coloré d'un dessein qu'on nous aurait refilé quelque part entre notre conception et notre premier choix conscient.

Moi, finalement, j'ai peur de mourir parce que j'ai peur de cesser de vivre. Probablement parce que je n'ai jamais essayé de ne vivre pas assez.

Bonne année 2010.

 

12:51 Écrit par skoliad dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

02/01/2010

Petite explication de texte: mode coup-de-gueule ON.


A l'occasion des voeux présidentiels que Mr Sarkosy a adressé à la nation française le 31 décembre 2009, j'ai relevé, parmi les fausses vérités et les vrais mensonges ("...jusqu'au sommet de Copenhague qui n’ait ouvert une porte sur l’avenir en parvenant à faire prendre par tous les Etats des engagements chiffrés de lutte contre le réchauffement climatique.") qui tissent ce reseau d'insanités, cette petite phrase:

"...relever le défi de la dépendance qui sera dans les décennies à venir l’un des problèmes les plus douloureux auxquels nos familles seront confrontées."

Pour une fois, c'est assez clair. La politique de santé publique que Mr Sarkosy veut mettre en place pour faire face aux problèmes du papy boom (qui commencera dans 2-3 ans et finira dans 30 à 40 ans), s'axe sur... les familles. La solidarité a ses limites, de son point de vue, et plutôt que de mettre en place des solutions (douloureuses, il est vrai, et demandant un certain courage politique) pour anticiper ce virage démographique sans précédant, l'état propose de venir en aide aux familles. Et non, de prendre en charge les dépendances.

En bref, si vous avez des parents, ou pire des grands parents, en bonne santé, ne vous réjouissez pas. Commencez plutôt à épargner pour leur venir en aide quand ils ne le seront plus... ou, plus cyniquement, l'année prochaine, offrez leur un saut en parachute, une semaine de cardiotraining intensif, ou un séjour dans le service de pathologies infectieuses de l'hôpital de la Salpetrière... Une hécatombe inopinée de tous les plus de 55-60 ans pourrait soudainement justifier cette politique de l'autruche.


Mais, ce qui me fait le plus marrer, je dois bien le dire, c'est cette conclusion terrible:

"Face à l’isolement, face à la solitude, si répandus dans nos sociétés modernes, je souhaite que 2010 soit l’année où nous redonnerons un sens au beau mot de fraternité qui est inscrit dans notre devise républicaine."

Après l'égalité (très récement la taxe carbone pour ne citer qu'un exemple), et les libertés...  la prochaine redéfinition Sarkosienne sera celle de: la fraternité. Carrément. Ha! Qu'est ce qu'on va bien s'amuser en 2010!


*mode coup de gueule: OFF*


21/12/2009

Et dire qu'on chipote encore du côté de la petite sirène...

 

Les biens des 3 personnes les plus riches du monde (1997) (Bill Gates: 90 billions de $, Warren Buffet: 36 billions et Paul Garden Allen: 30 billions) sont plus élevés que le PNB des 48 pays les plus pauvres (soit 600 millions de personnes).

 

ou encore


Les avoirs des 200 personnes les plus riches de la planète ont une valeur supérieure aux revenus combinés de 41% de la population mondiale.

 

 

ou encore


Avec seulement 2% de l'argent injecté face à la crise financière on aurait résolu, au niveau mondial, le problème des bidons ville.

 


 

23:45 Écrit par skoliad dans Des raisons de révolte. | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

14/12/2009

A coeur battant.

 

 

C'est beau, un coeur qui bat.

18:42 Écrit par skoliad dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

29/11/2009

La petite phrase du jour.

 

La procrastination nous sauve de l'ennui.

 

05:44 Écrit par skoliad dans Bancs publiques | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

21/11/2009

La petite phrase du jour.

 

"Notre réponse affirmative est donc non".

ou

"Dès réception de votre lettre, nous attendrons immédiatement pour y répondre"

 

Vu sur les perles des impôts.

 


09:00 Écrit par skoliad dans Bancs publiques | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

20/11/2009

La petite phrase du jour.

 

"Avec l'élaboration des séries statistiques performantes dans des domaines variés, on peut conclure que l'avenir est proche."

 

 

Vu sur Les perles du bac 2009.

23:27 Écrit par skoliad dans Bancs publiques | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

14/10/2009

Taux de change.

 

Avec 30 sous, en 1871, on pouvait s'acheter une laitue ou une cervelle de chien.

 

23:13 Écrit par skoliad dans Bancs publiques | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

09/10/2009

Expression populaire.

 

Chez l'esthéticienne, lors d'une épilation du maillot :

«  Aiiiiiiiiiieeee!

- Ha! Oui, là ça fait mal. Ça fait toujours plus mal à gauche... c'est le côté du coeur! »

 

 

12:02 Écrit par skoliad dans Brèves de rue | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

30/09/2009

Les grandes blagues de l'administration, suite.

Dans la longue liste des aléas administratifs que l'on peut subir dans une vie, aujourd'hui je propose la carte communale Belge. L'histoire de la carte communale Belge commence le 1er décembre de l'année dernière, date de mon arrivée officielle dans le pays et donc la commune. Renseignée par internet, je me présente au bureau communal avec tous les papiers nécessaires pour obtenir ma carte de résidente. Première déception: après 30 min devant le guichet qui distribue les tickets d'attente pour les bureaux, l'employé me donne simplement un rendez-vous, avec la liste des documents que j'ai justement en poche. Comme c'est le 1er décembre, bientôt les fêtes, la clôture annuelle et toute sorte de contre-temps qu'un bureau administratif subit en fin d'année, mon rendez-vous est pour la mi-janvier. Évidement, ce n'est guère facile de travailler, d'avoir une assurance ou une mutuelle sans numéro national. Je me rends donc entre temps au bureau de l'assistante sociale, qui je le reconnais, m'accueille, me renseigne et prends en charge mon problème aussi rapidement qu'efficacement. Le bureau de l'assistante sociale reste un de mes grands classiques, expatriée ou non. Je signale donc à toute personne en difficulté, même basique, que c'est Là, et nul part ailleurs, qu'on s'occupera de régler leur problème rapidement. D'ailleurs pour le dit bureau social, je suis une bulle d'oxygène: ma situation est on ne plus simple, claire, documentée, légale. J'ai donc mon numéro d'immatriculation assez rapidement, ce qui me permet de vivre dans ce monde où nous devons être fiché pour exister.

Mon dossier communal, lui, est, comme je l'apprendrais bien plus tard, pris en considération mi-février. Officiellement, donc, je suis en demande d'enregistrement le 19/02/2009, c'est à dire plus de 2 mois et demi après mon arrivée. Mais cela n'est pas encore fini. Il faut que la police communale passe à mon domicile pour vérifier que je suis bien là. C'est à dire d'abord que la commune contacte la police, ce qui prend un certain temps, comme m'indique le policier que j'ai en ligne après 4 mois d'attente. Puis il faut que la police passe un jour où je suis chez moi. Ce qu'elle fini par faire, en juillet. Un matin où j'ai travaillé la nuit précédente, je reçois donc, en peignoir et tête explosée, deux charmants agents auxquels je réponds, et explique, et souris poliment, et signe en bas à droite. Sauvée ? Pas encore. Fin août, je reçois, enfin, la convocation de la commune. Je dois passer entre 8h et 13h en semaine pour signer mon dossier. C'est pas simple de trouver une matinée de libre, et surtout je dois m'y reprendre à deux fois car se présenter à 10h ne laisse aucun espoir de passer avant 13h. Tout de même, fin septembre, j'accède au guichet sacré. Nouvelle déception: on ne me donne pas ma carte de résidente mais on me demande ma signature officielle et 14 euros... pour être finalement invitée à venir retirer ma carte dans... 3 semaines, au plus tôt. Toujours entre 8h et 13h, donc revenir à 7h45 et revoir la foule présente se mettre à courir vers les bureaux sitôt la porte ouverte. Oui, courir, carrément, et finalement, je comprends fort bien pourquoi on cours dans ces couloirs de la folie bureaucratique. Évidemment, au cas où ma démarche serait (encore) urgente, je peux m'acquitter de 174 euros et obtenir ma carte dans 4 jours. De toute façon, la photo que j'ai fournie il y a 9 mois maintenant n'est plus standard. Heureusement j'ai à ma disposition une photo qui convient, en un aller-retour chez moi je m'épargne un ou deux autres mois d'attente.

In fine, donc, je devrais obtenir ma carte de résidente Belge presqu'un an après mon arrivée officielle. Un an! Heureusement que je suis citoyenne Européenne, que j'avais un bail légal à présenter et un travail. Je n'ose pas imaginer le parcours de l'immigrant hors EU sans travail ni domicile.

La médaille d'or de la lenteur administrative revient incontestablement aux Belges.

 

Ne croyez pas que je leur en veuille particulièrement: la 1ère place de l'incohérence administrative reste toujours attribuée aux Suisses qui demandent, lors d'un changement de canton, d'avoir une adresse dans le dit canton pour obtenir un permis de travail. Or, pour obtenir un bail, donc une adresse, que faut-il ? Un permis de travail du canton.

Quant aux Français, je n'ai pas le courage, là, tout de suite, d'écrire le livre noir des débilités que l'état, c'est à dire nous, inflige à ses citoyens, c'est à dire nous, aussi.

Je crois que je ne me lasserai jamais de ces petits faits divers qui, reconnaissons-le, nous occupe, nous donne un but, une raison d'être. Un sens, carrément. Oui, un sens à nos vies si primitives que l'on s'imagine parfois que nous pourrions nous passer de tout cela. Nous, pauvres ignorants, pauvres naïfs, qui respirons sans comprendre les intérêts supérieurs de nos nations. Amen.

 

30/09/2009

 

20/09/2009

Quand le voile deviendra un objet de mode...

 

Deux jeunes femmes, non voilées, devant les étales du quartier turc:

"J'ai envie de m'acheter un chador.

- hum ??

- Oui, il y en a de très beaux.

- C'est vrai! Il y en a de vraiment très jolis."

 

 

15:47 Écrit par skoliad dans Brèves de rue | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |