03/10/2007

London Stage – II – “Big Brother c’est nous”.

 

Londres est une ville particulièrement cosmopolite.

Londres est  une ville de liberté;  Londres est une capitale du capitalisme, Londres est libérale.

Est-ce pour cela que Big Brother est si présent ici ? La liberté n’est elle tolérable qu’au prix de la haute surveillance ? En tout cas les sociétés de CCTV doivent avoir une bonne santé sur le marché Anglais. Pas moins de 7 caméras dans chaque bus, un nombre incalculable dans les stations de métro. Combien de ces yeux croise-t’on encore dans la rue, sur les avenues du centre, sur les toits des voitures de police patrouillant dans Hyde Park, dans les magazins, les ascenseurs, les tunnels ? Combien de fois ma bouille entre-elle dans le champ de vision de je-ne-sais-qui chaque jour ?

Oh, bien sûr, il y a eut les attentats bien qu’intrinsèquement cela explique assez mal cette réponse particulière si l’on compare avec d’autres pays aussi victimes des fondamentalismes de tout poil. Mais, tout de même, cet appel  à la surveillance citoyenne - “trusts yours senses”- va jusqu’au volontariat dans la police –“a unique and exciting expérience”! Carrément!   Les appels à témoins affichés dans les rues, les dénonciations sur numéros gratuits. Rien de bien nouveau dans mon parcours Européen, je le confesse. Mais il règne ici comme une sale odeur de surveillance du voisinage. Qui es-tu ? Que viens-tu faire ici? A quelle heure rentres-tu ? Qui fréquentes-tuIl faut pouvoir montrer réponse blanche si l’on veut vraiment entrer.

Je n’irai pas jusqu’à affirmer une naïveté depuis longtemps perdue vis-à-vis des systèmes panoptiques. J’ai vu la France et la Suisse, j’en ai retrouvé en Belgique et bien sûr ici même, sur le web. Je vous fais le pari que c'est partout pareil. Une bouteille de Veuve Cliquot rosé à qui me trouve un endroit ou l'auto-surveillance des habitants ne s'applique pas (c'est pas bien cher payé pour le paradis perdu dont je vous cause, mine de rien). Les systèmes panoptiques, donc, c’est pas bien nouveau me direz-vous. Quelques siècles de mise en place et pas mal de gens bien plus intelligents que moi à réfléchir sur la question. Pour ceux-là qui auraient oublié comment fonctionne la vie en communauté, je renvois au fameux  Surveiller et punir”,de Michel Foucault (1975). Certes, je mentirai en cachant que j’ai déjà experimenté ce penchant humain – quoique dans ma jeunesse, ethnocentrique comme tous les français, j’ étais persuadée que ce vice était une particularité de mes concitoyens; heureusement j’ai ensuite pu rassurer mon ego par le constat simple d’une sorte d’universalité du processus.

Ce qui me fascine aujourd’hui, ce que me révèle Londres, c’est ce paradoxe entre le libéralisme ferme et résolu d’une nation, et la force de la surveillance qui s’y applique – chaque anglais se sent réellement concerné par le “problème”, c’est à dire par la vie des autres. J’ai peine à croire que cette disposition à s’intéresser scrupuleusement aux activités du voisinnage date seulement de quelques dizaines d’années de terreur/terrorisme – ce que pourtant tout ceux auxquels je pose la question me promettent. A vu de nez j’y verrais l’empreinte d’une rigidité victorienne, mais c’est vrai que mon nez est aveugle.

Un pas encore et j’irai même jusqu’à penser que peut-être l’effort à fournir pour se conformer à la vie en société n’est vivable que si l’on s’assure bien qu’on n’est pas les seuls cons à se faire chier à sortir les poubelles à l’heure. Enfin, bien sûr, avec des pas on fait vite des raccourcis vers l’inhumaine organisation des sociétés modernes, ce que bien je ne me permettrai pas, les raccourcis intellectuels c’est pas toujours très bons.

Il parait tout de même que certains poètes chantaient:

“Mort aux cons!

Mort aux vaches!

Mort aux lois!

Et vive l’anarchie!”.

Mais c’était il y a longtemps, sûrement.

 

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