17/11/2007

Kisangani.

 

La RDC est un pays aux normes de géant. Superficie géante – trois fois l’Espagne, quatre fois la France -, pauvreté géante, décennies d’effondrement géant, et bien sûr problèmes d’infrastructure géants. La République Démocratique du Congo est un gouffre de vide, un abysse de manque, un trou noir du transport, de l’éducation et de la santé, géant.

Pour relier Lubutu depuis Kinshasa mes plans de route ont changé environs toutes les douze heures en quatre jours, au gré des annulations de vol. Les principaux axes – routiers, ferroviaires et aériens – sont notablement aléatoires, coupés en de nombreux endroits et fonction de la météo, du bon vouloir de chacun, de l’arrivée de la pièce mécanique, de l’approvisionnement en carburant. Il est totalement illusoire de se fier aux cartes pour avoir une idée de la situation réelle. La sécurité au niveau des transports est de toute façon problématique. Toutes les compagnies aériennes congolaises, assurant le transit intérieur, sont sur blacklist. Les crashs et incidents de vols sont courants – une raison fréquente, en dehors des maintenances plus que douteuses, est l’ajout d’eau au kérosène. La panne sèche en plein vol c’est jamais très bon. Côté terrestre, de ce que j’ai pu expérimenter, j’estime les surfaces goudronnées à bien moins de la moitié du réseau urbain de la capitale. Au-delà c’est une sorte de grand désert avec quelques grands axes préservés dans des états variables. La météo affecte grandement la logistique et justement, en novembre, c’est la saison des pluies. Sur route – comprenez piste - sèche,  en 4x4, et avec un bon chauffeur, on arrive tout de même à une vitesse de pointe avoisinant les 40 km/h. Plus de 60 serait suicidaire. Une bonne moyenne est entre 20 et 30 km/h. Le transport, donc, est une difficulté, géante.

Finalement je passe par la province orientale, à Kisangani, à 200 km à l’ouest de Lubutu, ma destination finale. J’ai de la chance : une place s‘est libérée sur un avion affrété par le CICR. Je ne tremble pas trop en montant dans le bi-moteur d’un luxe sécuritaire rassurant pour le paradigme congolais. Par contre je frissonne carrément : pas de chauffage de la cabine pressurisée, à 4000m d’altitude et quand on est habillé pour du 35 degrés, c’est dur. Les autres passagers aussi se sont fait avoir, ma naïveté en la matière n’est pas à blâmer. Ces trois heures-là resteront fraîches dans ma mémoire et je ne risque pas d’oublier la petite laine la prochaine fois.

Quand on descend enfin, j’aperçois le paysage. Du vert à perte de vue entaillée par un fleuve géant, le Congo, emportant dans son courant, géant, la terre ocre qui lui donne une couleur de sang coagulé. De plus prés, cette terre mise à nue donne des airs de scarification aux routes le long desquelles les villages s’étalent. Les habitations s’étirent aux bords des pistes comme des rivières, comme au bord des courants praticables, vivables. Les plantations sont presque invisibles dans cette profusion végétale. Se sont de petites parcelles, à quelques centaines de mètres des hommes et de leurs axes vitaux. La piste d’atterrissage semble énorme en comparaison. Un élément urbain presque extra-terrestre dans le vert et l’ocre.

Sur le trajet qui me mène à la ville, on croise une ou deux voitures, quelques deux roues motorisés, plusieurs dizaines de cyclistes et de nombreux piétons. Je vois pour la première fois les habitations en torchis, taule et bois. Les huttes rurales paraissent presque plus saines que leur homologues – pourtant en matériaux plus sophistiqués- de la capitale. La population y est moins entassée, les déchets sont moins visibles, les enfants jouent dans les cours devant les maisons pendant que les mères cuisinent. Les murs en « dur », brique parfois ciment, m’annoncent Kisangani. Dans le centre quelques grands bâtiments, tous du temps colonial, ont survécus à trente années d’abandon et dix de guerres. D’autres plus récents ne paraissent pas en tellement meilleurs états. L’approvisionnement en électricité connaît bien sûr les même irrégularités que dans le reste du pays. L’eau courante est un vieux rêve mais il y a encore un réseau d’eau usée.

Ce soir je prends ma première douche froide. Une bénédiction.

 

14 nov. 07

13:59 Écrit par skoliad dans RD Congo | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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