20/11/2007

Sur la route de Lubutu : Le car-kiss.

 Nous partons de Kisangani vers 8h 30, après un changement de roue de dernière minute. Le chauffeur-mécanicien n’a pas pris le temps de préparer la voiture hier, semble-t’il. On nous affirme pourtant que les motos ont eu leur check-up. Nous montons à bord du 4x4 et quittons la ville. La première partie de route se fait bien. Il y a bien, tous les 20 mètres, des nids de poules qui suffiraient à une autruche, mais rien d’exceptionnel. Au fur et à mesure la circulation, c’est à dire les cyclistes et piétons, s’éclaircie, la route se rétrécie et devient piste en terre. Nous faisons les 78 premiers kilomètres en à peine deux heures : un score tout à fait remarquable. Arrivés au PK (Point Kilométrique) 78 nous descendons : c’est au tour des motos d’intervenir. Entre PK 78 et PK 90, il y a douze kilomètres de route impraticable en 4x4 : seuls les piétons, deux roues et camions 6 roues motrices avec une garde au sol de plus de 60 cm ont une chance de passer. De l’autre côté le convoi identique au notre – un 4x4 et deux « trails », - parti de Lubutu très tôt le matin, fait le même exercice. C’est le principe du car-kiss : les quatre 125 cm3 transportent passagers et bagages sur les kilomètres réputés difficiles. On se contacte par radio : on devrait se croiser à mi-chemin. Casque, bottes, protèges genoux et coudes, je ressemble vraiment à une professionnelle du cross. J’ai déjà fait du trail, je ne suis pas trop inquiète. L’exercice me fait même rire au moment de monter derrière le motard. Photo obligatoire. Mon hilarité disparaît quand je vois le terrain. La route n’est qu’une tranchée dans la jungle infranchissable. L’eau nous cache la profondeur des crevasses dont les pentes sont hallucinantes.

Les cinq premiers kilomètres sont tout simplement horribles. Des trous de plusieurs mètres creusés par les camions et surtout les chars qui passent régulièrement en direction de l’Est, la boue, les trous, la boue. Même des cyclistes sont empêtrés dans ce piège de terre et d’eau. Il faut dire qu’ils transportent les marchandises entre Lubutu et Kisangani. Des dizaines de kilos sur le porte-bagages, ils font ainsi 4 jours de route pour 25 dollars US par trajet. Grâce à eux on trouve de la bière et des cigarettes dans les villages, le riz et le manioc dans les villes.

Piste Lubutu 5


Piste Lubutu 3

Piste Lubutu 7
 

Après cette première partie, le reste semble vraiment facile. Les trous sont moins impressionnants, la boue moins liquide. Plus besoin de descendre de la moto pour l’alléger et la pousser. C’est du cross, certes, mais tout à fait acceptable. Je pense à ceux qui ont des 4x4 à Paris. A des amis aussi qui payeraient pour faire mon voyage. On croise l’équipe de Lubutu qui va chercher les autres passagers restés au PK 78. Mon optimisme reprend l’avantage. A PK 88,  sur une ligne droite d’au moins 4 mètres, ma moto cale. Moteur cassé. On la ramènera en la poussant jusqu’au 4x4 qui nous attend de l’autre côté. Je n’ai plus de bras, mes vêtements sont trempés de sueur en haut, de boue en bas, mon corps entier est lourd, mes traits tirés vers le bas. On n’a mis qu’une heure trente. L’absence de pluie depuis 48h est un petit miracle pour la saison. Je n’ose même pas penser au trajet sous des conditions diluviennes.

Nous attendrons 3 heures au village du PK 90, le temps pour les motards de ramener les bagages et  les deux autres passagers. Je me rue sur le tonic chaud du « restaurant ». Après avoir fini les deux derniers, j’attaque le coca. Il fait bon à l’ombre. La hutte est bien conçue, des courants d’air salvateurs passent par les ouvertures prévues sur toute la longueur. Les sièges locaux sont confortables. Pour 2$50 je prends un repas. Il y a quelques cailloux dans le riz mais c’est plutôt bon. Je pense aux règles d’hygiène alimentaires apprises à l’institut de médecine tropicale. A Anvers l’idée de ne jamais manger ce qui a été préparé il y a plusieurs heures paraissaient évidentes. Sur le terrain c’est autre chose. Je suis affamée et je me fous bien de savoir qu’il n’y a pas de frigo. Le poulet a sûrement été tué ce matin, il est délicieux. Je ne bois pas l’eau locale, j’évite le poisson. Je ne serais même pas malade. Ma parano sur le sujet diminue, un peu.

Hotel resto PK 90

 Après avoir casé moto, bagages et passagers dans le 4x4, on repart pour 6 heures de route. Les 150 km restant me paraissent interminables. On croise de nombreux villages, les enfants nous font signe, bonjour. Ils crient « Monique » en agitant les mains, je souris en découvrant mon nouveau prénom. Plus tard j’apprendrais qu’ils disaient « MONUC », les occidentaux sont tous assimilés à la force UN très présente dans le pays. Ils courent après le convoi en riant « Mundella, mundella !!! », mon premier mot en swahili « blanc ».  Les enfants des villages de brousse égayent mon voyage de leurs rires. Les motards roulent devant nous. Ils montrent des signes de fatigue. Je trouve incroyable qu’ils puissent faire dans la même journée les 300 km de pistes et 4 trajets du tronçon infernal alors que je suis épuisé avec mes petits 244 km en voiture. Nous arrivons à 21h 30, le soleil est couché depuis plus de trois heures. L’équipe est souriante de soulagement. Bonne nuit.  
15 nov. 07

17:52 Écrit par skoliad dans RD Congo | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

Que de cross !! wou les énormes crevasses de boue : imprésionnant il faut + qu'un 4X4 là il faut limite sortir la luge à "boue"...enfin il faudrait l'inventer quoi :o)

bisous soeurette

Écrit par : titi | 21/11/2007

j'oubliai MONIQUE fait attention aux moustiques... :o)
je sais c'est petit, mais j'ai trop ris en lisant ce passage :o)))

Écrit par : titi | 21/11/2007

récits de voyage à la Théodore Monod, ma bonne dame!!

bonne route, donc.

Écrit par : Milady | 07/12/2007

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