13/12/2007

Le monde sans squelette.

  Mante verte 3
 

Des papillons immenses, des êtres de nuits merveilleux, et leurs pendants diurnes, minuscules. Des ailes démesurées, trop lourdes, tombent en piqué bien avant l’aurore. Et les nuées de termites, des vagues autour des lumières, aussitôt dissipées.

Mante à l'oeil 2

Des mantes religieuses géantes et curieuses, sur ma main elles suivent mon regard examinateur. Celles avec des yeux sur le dos, pour faire peur aux lézards, aux serpents. 

scarabé rhino

Des criquets sautant, volants, trébuchants, des sauterelles incroyables, des fourmis miniatures, des fourmis énormes, des fourmis moyennes, des fourmis agressives qui grimpent jusque dans les cheveux et me font courir à ma chambre pour me désaper entièrement : les deux dans la culotte sont insoutenables.

Des Nairobi Fly, inoffensives vivantes mais à la brûlure tenace – compter 2 à 3 semaines de cloques, quand on a le malheur de poser le coude, le bras, la main dessus. Quand on a le malheur de se frotter les yeux avec les doigts infectés : compter 2 jours de douleur et 7 de défiguration. Et ma peau percée, ma peau rouge, ma peau gonflée, ma peau pelée, mais pas trop. Les insectes font l’Afrique incroyable, mais, chance, ne sont, ici, pas si agressifs que l’on pourrait imaginer.

Toile d'areigne

Les scarabées rhinocéros, qui ne sortent de la jungle qu‘adultes, pour venir mourir autour de nos lumières. Il semble que leurs ailes soient une erreur de la nature tant ils sont lourds et maladroits, et que leur carapace ne sert qu’à les protéger des collisions nombreuses. Si vous ne mettez pas le doigt entre la tête et l’abdomen, ils ne vous feront pas mal. D’ailleurs, bouillis, ils ont le bon goût de ressembler au crabe, bien meilleur que la texture farineuse et fade des chenilles grillées. Les enfants d’ici raffolent de ces sucreries, ils leurs arrachent pattes et « cornes » et se trimbalent avec le corps qui se débat piteusement jusqu’à l’heure du souper. L’insecte redevenu larve garde ses milles reflets dans le poing de l’enfant, cherche à fuir sa terrible destinée, semble crier en silence sa déchirure. Moi je vois l’enfant qui a faim tenant l’animal démembré, et je ne sais pas quel spectacle est le plus affreux.

Termites 2

Les araignées ne ressemblent pas aux tisseuses que je connais. Il y en a qui font des toiles comme du coton enveloppant des arbres entiers, des rondes, des ovales, des petites, des grosses, des solitaires, des sociales, des aux dessins multicolores sur leurs dos.

Les feuilles qui mangent d’autres feuilles.

Les vagues sans squelettes changent de formes chaque jour, des nuées de beau temps, des débarquements de la pluie, les rampants du matin, les grouillants de midi, les bondissants du soir, les volants de nuits. Et tous les autres, que je n’ai pas encore vu, et tous les autres, que je ne vous raconte pas, et tous les autres. Tellement d’yeux, de pattes et d’ailes combinés ensemble de manière très improbable. Tellement de petites vies au poids total bien plus lourd que celui des mammifères réunis, à l’omniprésence chantée en continu par les criquets.

 

10 déc. 07

21:30 Écrit par skoliad dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

hope you're fine * aimante athée! Bcp pensé à toi l'autre soir, reportage affligeant sur les mines de coltan et le traffic et les grosses poches et.. guerre guerre guerre. Prends soin de toi belle élève, j'espère que ton afrique t'offre encore de quoi rêver, de quoi aimer.. Et MERCI. pour elle, pour eux.

Écrit par : mystère | 16/12/2007

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