26/12/2007

Noeli noeli.

Je n’arrive plus à écrire. Les mots, mes mots me paraissent tristes de sens, ternes de sons, absents d’odeurs, vides.

C’est Noël, à Lubutu. On avait du mal à y croire. Le soleil se lève toujours à 6h. Le soleil se couche toujours à 18h. Il fait chaud. Pas de guirlande dans les rues, pas d’avantage de vitrines que le reste de l’année, pas de publicité de jouets et de caméscope digital. Alors pour se mettre dans l’ambiance on a fait un bambou de Noël. On est sorti du jardin et de l’autre côté de la clôture, côté jungle, on a utilisé le coupe-coupe sur une branche de 6 mètres de long. Plus petit ça ressemblait à rien, et puis de la place ou du bambou, c’est pas ce qui nous manque. On a gonflé des ballons Delhaize rapportés de Bruxelles par le dernier expatrié. On a fait des guirlandes avec des bouts de polystyrène. Ça nous a mis à l’heure du réveillon.

Le 24 au soir on a ouvert le champ’ ramené de Kinshasa. On a mangé autour de l’arbre puis bu autour du feu. Il faisait chaud mais on avait tout de même envie d’un feu. On a échangé nos cadeaux. J’ai été gâté. Merci grand papa Noël.

Entre l’apéro et l’entrée, quelques-uns uns ont été à la messe. C’est à cause de la messe que je trouve mes mots tout plats, tout mornes. J’aimerais vous raconter la messe. Et c’est impossible. On m’avait raconté les messes du dimanche. Et c’était exactement comme ça. Et pourtant c’était vraiment autre chose. Je suis arrivée une bonne heure après le début parce qu’ici les cérémonies durent 3-4 heures et que moi je ne me sens pas de rester 3-4 heures à écouter des sermons, même si je ne les comprends pas. Je me suis faufilé par une entrée sur le côté. Dans l’allée centrale des enfants dansaient en défilant. Dans la nef un chœur, dans l’église tout entière une chorale. L’église qui vibre. L’église qui chante et tape dans les mains. Le prêtre est apparu de l’entrée principale. Il portait l’enfant Jésus du bout des bras, au-dessus de sa tête. Derrière les enfants, dans les chants et les vibrations, il a amené le tout petit Jésus jusque la crèche. Pendant la procession, une vieille femme m’a apporté une chaise. Je l’ai invité à s’asseoir, elle. Alors l’assistant du curé a été chercher d’autres chaises et nous nous sommes assises. Obligées. Je me suis retrouvé à côté du mec de l’immigration. Ha, oui, c’est vrai je ne vous en ai pas encore parlé de celui-là. Une prochaine fois. Il vaut bien un texte à lui tout seul. Donc le gars du bureau de l’immigration, une autorité locale, était à côté de moi. Il s’est fâché – il prend toujours ce ton avec moi, il a besoin de marquer son pouvoir avant de mater mes seins piles à la hauteur de ses yeux. Il me demande pourquoi on refuse les chaises. Il me dit que c’est vexant pour eux : on nous accueillent comme des invités de marque, nous les blancs, ceux qui ont de l’argent donc le pouvoir aussi. Refuser l’attention c’est très désobligeant. Il roule des yeux vexés. Je me sens (re)prise au piège de l’incompréhension culturelle. Je lui explique que chez nous, nous asseoir alors que de vieilles femmes sont debout est malpoli, que nous sommes différents. Différents ? Différents ! Voilà, j’aurais dû me taire ! Seul le continent est différent, Mademoiselle, les hommes sont tous les mêmes. Je suis donc à la messe de Noël, à travers une vibration humaine intraduisible, les frissons au corps de l’énergie dégagée par la foule, et voilà que je me fais donner un cours sur le statut universel de l’homme. Par le gars de l’immigration. D’un coup le sermon en Swahili me paraît nettement plus confortable, le curé presque sympathique, Noelli, Noelli. Quand je vous disais qu’il méritait un texte ce gars-là. Bref, je me rattrape en me dépatouillant des malentendus et en remerciant de l’explication. Lui se perd dans mon décolleté. Je suis quitte pour cette fois.

Le reste, la messe, les frissons, les chants, l’homme toujours, l’ordre du Divin retrouvé dans l’harmonie fervente des fois cristallisées et des élans spirituels sous le toit du Sacré, mes propres pensées à l’heure de la prière. Les photos que je n’ai pas prises. L’important de ces moments-là. Tout ça je vous en fait grâce. Parce que les mots me manquent.

19:59 Écrit par skoliad dans RD Congo | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Ce gars-là est en effet la preuve que les homme sont tous les mêmes.

Écrit par : icone | 30/01/2008

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