14/02/2008

La Congolaise.

« La Congolaise » c’est le nom de l’hymne national de la RDC.

La Congolaise c’est aussi la femme congolaise. Evidemment.La femme congolaise rurale se lève à l’aube et va chercher de l’eau. De longs trajets biquotidiens avec la bassine chargée sur la tête. Puis elle part aux champs. Elle rentre le soir faire à manger à son mari et aux enfants qui, traditionnellement, ne mangent que ce repas. En journée, en traversant les villages de brousse, on croise quelques enfants –ceux qui ne travaillent pas ou ne sont pas à l’école- et une majorité d’hommes. A l’ombre des paillotes, ils attendent le retour des mères nourricières. Dire que la femme est au centre de la cellule familiale c’est encore un euphémisme. Mais si j’en rajoute trop, ceux qui me connaissent mal finiraient par croire que je suis une féministe acharnée.Hier, une femme est arrivée en chirurgie complètement défigurée. Quatre ou cinq autres, moins amochées, sont passées aux consultations. Chaque semaine, je croise de près ou de loin, au moins un cas de violence conjugale. Je ne me suis pas encore intéressée aux statistiques, mais pour moi qui les voit, ces histoires en forme de coups sont suffisamment éloquentes et se passent de preuves mathématiques. En voyant cette patiente je dis à l’infirmier du service:« Je trouve qu’il y a beaucoup de violences envers les femmes. Est-ce la norme ? ».Lui se contente de rire. Ne croyez pas qu’il soit particulièrement rigoleur, le bougre. Thomas est un infirmier calme et sérieux. Il est attentif à ses patients. D’habitude. Cette réaction, ou plutôt le manque de réaction, me paraissent suffisamment significatifs, pour ne pas dire édifiants. Sur le coup, je sors au médecin congolais présent :« Une femme battue, je ne trouve pas ça drôle ! »  Et lui de me répondre : « C’est la saison ! »Ainsi, à l’instare des pluies torrentielles et des espèces d’insecte, les violences aux femmes répondent à des lois de survenues régulières, naturelles en somme. En fin d’année, pour reprendre un célèbre slogan, les hommes boivent plus, les femmes trinquent d’avantage. CQFD. De toute façon, il y a toujours une explication à l’énervement du mari, m’entends-je encore dire. La logique du plus fort à cela d’universel et d’intemporel : le maître raconte l’histoire. N’aller pas croire que tabasser sa femme soit une habitude de tous les Congolais. D’autres part, la pauvreté, le chômage et l’oisiveté qui en découle, le niveau d’éducation des couches les plus défavorisées, le culte de l’homme fort et la culture de discrimination de la femme, ont sûrement un rôle dans tout ça. Avec toutes ces pétasses qui savent toujours pas servir le repas à l’heure du journal télévisé, les considérations sur la maltraitance dépassent forcement les frontières. Tout de même, je me dis que dans mon infortune d’être née sans couilles, j’ai tout de même piochée la bonne carte d’être européenne. A défaut d’écrire, je sais au moins lire et quelque part loin d’ici, une baignoire débordant d’eau chaude parfumée m’attend certainement près d’un flyer de Bip Bip pizza. Et ça fait une sacrée différence.De mon point de vue très occidental, La Congolaise c’est le nom que je donnerais à une des priorités nationales. Au même titre que l’accès aux soins de santé et à l’éducation. Carrément. Et n’imaginez pas que je parle de l’hymne national : les levés de drapeaux, quels qu’ils soient, ça me donne la nausée.


Panneau violence femmes
 

3 janv. 08

18:42 Écrit par skoliad dans RD Congo | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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