14/02/2008

Le lac : another day in paradise

 

La route de Tingi-tingi est celle qui sert d’aérodrome. Sur cet axe, a environ 10 kilomètres du village, une piste part dans la jungle. Elle mène à une ancienne carrière, devenue lac d’eau de pluie.

Nous sommes partis vers 13h, maillots mis, bouée, pique-nique et lait solaire en simples bagages. La piste ne voit plus beaucoup de véhicule depuis que la carrière n’est plus exploitée et que Claude, le diamantaire marseillais, ne la pratique plus régulièrement. Aucun 4 roues depuis plus d’un mois, ça oblige à quelques coups de machettes. Pour avoir essayer, je peux affirmer que je suis nulle au maniement de la machette. Il me faut environ 50 essais pour un simple bambou. Je ne survivrai probablement pas à la vie en forêt sans entraînement. Heureusement pour nous, le chauffeur s’en sort très bien. On admire la technique et ça le fait rire. En dégageant la route, il fait tomber quelques lianes et les filles récupèrent les fleurs « oiseaux de paradis ». On parle de l’histoire des sirènes de rivières. Elles sont toutes blanches et prennent les chasseurs qui ont le malheur de les voir. Tout plein d’autres animaux fantastiques se cachent là, derrière, dans le vert. De temps en temps, un trou dans la forêt perce le rideau de végétation touffue, permet d’apercevoir les arbres géants. L’horizon redevient canopée un instant puis se referme. Un petit singe traverse. Un papillon bleu électrique profite de l’effet d’aspiration de la voiture et nous suit quelques temps, comme parfois les dauphins dans le sillage des navires. Nous croisons un chasseur. Je me demande comment il arrive à manier sa lance de 2 mètres dans un tel environnement. Il salue les blanches sirènes en vadrouille et je souris. Plus loin de grands bambous forment un dôme gothique à 15- 20 mètres au-dessus de la route sur au moins 300 mètres. L’équipe l’appelle la cathédrale mais moi j’y vois une grande porte, une arche. Alors nous arrivons au lac. Je n’ai même pas de photo du lac. Il va falloir que vous le découvriez dans votre imaginaire. Nous arrivons par le côté surplombant l’étendue d’eau. Nous descendons vers la plage, un tout petit bout de terre un peu dégagée qui permet d’accéder à la piscine géante. Tout autour la forêt nous isole du monde. A peine descendue je me débarrasse des vêtements superflus et file à l’eau incroyablement transparente et à l’exacte température : il fait lourd cet après-midi, la fraîcheur est très agréable. La pente est abrupte. En quelques pas, on peut nager un bon 100 de long sur 50 de large, environ 8-10 fois la taille d’une piscine olympique d’eau claire sans chlore, pour six personnes et un pneu de camion.  Le bain dont je rêvais dure presqu’une heure. Puis, détendue et un peu lasse, je vais me sécher. La surface n’est plus verte végétale comme avant, elle reflète maintenant le ciel lourd et gris. Je lis un peu en buvant un verre. Un oiseau crie quelques part devant moi. Le soleil est caché mais les premiers éclairs arrivent. Puis la pluie se fait entendre sur les feuilles au loin. Tout à coup, à quelques mètres de nous, la surface du lac se trouble, et nous nous dépêchons de rejoindre la voiture. Nous rentrons dans le désordre des sacs de plages, la buée et les rires. Quand nous arrivons à la base, 45 min plus tard, il pleut toujours mais les réservoirs d’eau sur le toit sont vides. De l’eau sur le toit pourtant, il en coule des hectolitres. Nous sortons shampoings et gel douche pour rejouer la pub « Tahiti douche, un petit moment de paradis ». Les garçons prennent des photos, les filles rient sous l’eau fraîche. L’eau déborde des gouttières en doux rideau, sous le gros tuyau elle masse vigoureusement les muscles. Le temps d’une thalasso, le chocolat chaud est prêt.    A Lubutu, dans la province du Maniema en RDC, à moins de 100 kilomètres de l’équateur, j’ai goûté un morceau de paradis.   14 janvier 2008

18:44 Écrit par skoliad dans RD Congo | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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