14/02/2008

Les hirondelles.

Au dehors de la chambre aux douleurs inénarrables, une hirondelle a fait son nid. Petit boomerang noir et blanc passe devant mes yeux, semble vouloir m’attraper. Je suis enfant, sur le balcon de mes grands-parents. J’écoute les hirondelles piailler la fin de journée lourde, l’été. Elles volent tout près du sol. Le cri de l’hirondelle, juste là. A 33 ans, je suis assise sur le bord du lit car un autre sol semble vouloir se rapprocher trop près de moi. L’estomac noué, je sens des sueurs froides dans mon dos, la gorge sèche, la chaleur est brusquement insupportable. Elle a 25 ans à peine. Pauvre parmi les pauvres. Pauvre, oui, d’une pauvreté intolérable, pauvre parmi toutes les douleurs d’un peuple. Sa souffrance, sa douleur, sa vie. Mais aujourd’hui ; aujourd’hui ! Aujourd’hui, l’insupportable. L’infamie d’hier, l’inhumain demain encore, les ténèbres d’aujourd’hui. Un voile noir devant mes yeux, je refuse le malaise. Je résiste au trou dessous mes pieds. « Tu vois, disait grand-père, quand elles volent bas comme ça, elles annoncent la pluie. » L’hirondelle vole haut, aujourd’hui, dans son hiver tropical. Elle refera dans quelques mois le voyage retour vers les lieux de mon enfance. Un voyage probablement périlleux et douloureux. L’oiseau qui me maintient présente par le passé, dans mon présent au passage difficile. Et cette scène insoutenable. Je veux partir, je m’accroche du souvenir à l’aile de l’hirondelle, je m’évade de l’horreur par les airs sans regarder le ciel car je ne veux pas fermer les yeux. Pas fermer les yeux. Je suis sur le balcon et dans la chambre, en même temps. Je suis avec Elle, tout près de celle que je ne pourrais jamais rejoindre même après dix milles migrations. André m’a dit : « Au Congo, il n’y a jamais de problème parce que depuis bien trop longtemps on a déjà connu tous les problèmes. » Les destins d’hirondelle sont bien mystérieux.
 

Le 19 janvier 08.

 

18:48 Écrit par skoliad dans RD Congo | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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