21/02/2008

Les mots-clés.

Je n’arrive plus à écrire. Pas que je n’ai rien à dire. Non, des trucs à raconter y en a plein. Du temps pour les écrire par contre, c’est devenu denrée rare. D’abord il y a les 12h minimum syndical de taf par jour, et les dimanches après-midi pour les urgences de 2de ligne, c’est à dire tout ce que je n’ai pas le temps en semaine. Je suis même montée à 18h/jour pendant l’alerte fièvre hémorragique. Le pire, c’est que je n’arrête pas de me dire «  Lève le pied, tu ne sauveras pas le monde », et puis dans la seconde qui suis, un nouveau truc me tombe dessus, c’est reparti. La grande blague en ce moment, c’est de quitter volontairement mon bureau 30 min avant l’heure de mon rendez-vous à l’autre bout de l’hôpital. Malgré ces précautions, j’arrive encore en retard. Tous les 10 mètres, une personne avec un ou deux ou trois problèmes. Tous urgents, forcement. Tous urgents pour celui qui est en face. Rien que d’écouter, rien que de dire : « j’ai rendez-vous, tu viens me raconter ça après ? » Ça me prend déjà 3 plombes. J’envisage sérieusement de demander au logisticien de me faire un réseau de tunnels (enfin seulement quand il m’aura livré mon Jacuzzi). Mon degré d’emmerdement quotidien est proportionnel à la taille de mon trousseau de clé qui pèse dans les 2 kilos et les quelques centaines de milliers d’euros. Et dire que je n’ai aucune clé personnelle ! Ça m’encourage pas à reprendre un logis. L’autre jour, excédée, à bout et mal réveillée, je me suis fâchée. J’ai répondu à mon interlocuteur :

« Il est 6h30. Je commence officiellement le boulot à 7h30. Imagine que je suis dans mon lit et que tu m’as pas vu. Imagine que je ne suis pas là. Imagine que je n’existe même pas ! Trouve une solution tout seul ou reviens dans une heure ! ». A la gueule du gars j’ai su qu’à 7h31 je l’aurais sur le dos. Mais j’avais gagné une heure peinard. Ouais ! C’est vrai quoi, personne n’est indispensable et surtout pas moi. L’investissement est une spirale infernale qui rend les autres très avides de votre énergie. Promis, dimanche je fous rien ! Promis, j’essaye !

Et puis, justement, il y a la fatigue. La seule insomnie qui me guette est celle du trop plein d’adrénaline dans mes tissus. Sous ces tropiques, je suis plus pâle que jamais. Parfois je comprends même plus ce qu’on me dit en français. Je navigue entre l’étonnement face à ma propre résistance et la lassitude chronique, l’impression que je ne suis pas faite pour « ça ». Qui est fait pour « ça » d’ailleurs ? Le nez dans le guidon, j’évite de tirer des conclusions. Je vis le présent à la Congolaise. Sans trop penser à ce qu’il signifie.

Et puis aussi les mots trahissent. Lubutu c’est plus que 70h d’acharnement professionnel par semaine. C’est même carrément autre chose. Les mots que j’aime et me méfie tant, nous trahissent. Ce ne sont que des coquilles vides dans lesquelles nous mettons chacun un sens subjectif, changeant au gré de nos expériences et nos états d’âmes. Les mots de Lubutu ne sont pas Lubutu. Ne croyez pas un mot de ce que j’écris. A Lubutu y a plein d’autre chose que ces mots-là. A Lubutu il y a même tout ce que mon absence de mots révèle. Des gens bien, des gens rayons de soleil, des gens qui comptent pour moi et comptent aussi un peu sur moi. Pour ces gens là, promis, j’arrête de râler. Enfin, surtout quand j’aurais dormi plus de 7h d’affilé.

19:02 Écrit par skoliad dans RD Congo | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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