04/05/2008

Le zoo de Kisangani

Je suis coincée sur Kisangani pendant 2 jours. Entre les compagnies black listées et les jours fériés, mon retour va encore prendre une semaine. On en profite pour aller se faire un barbecue sur les bords du fleuve Congo. La plage est en face des chutes et de l’usine hydroélectrique qui fournit l’électricité à toute la ville. Le potentiel hydroélectrique de la RDC pourrait fournir toute l’Afrique. Un fleuve géant qui subit un dénivelé de 700 ou 800 mètres, ça fait pas mal d’énergie. Le réseau a été prévu pour alimenter toute l’Afrique de l’ouest et même jusqu’en Egypte. Mais le réseau est vieux. Les coupures n’ont pas encore la dimension régulière de la capitale mais l’accroissement de ses dernières années mets en péril la relative stabilité du système. La ville se remet doucement de la guerre. Les bâtiments s’agrandissent, certaines maisons sont repeintes, d’autres se construisent. De bons signes quand on sait qu’il n’y a pas si longtemps personne n’osait investir par ici, la population s’enfuyait dans la brousse des jours entiers au moindre coup de feu ou la moindre rumeur et les routes-pistes ne servaient qu’aux véhicules des occidentaux, c’est à dire aux ONG et aux UN.

Nous arrivons aux berges du fleuve par la route du zoo. Le chemin garde sa splendeur grâce aux grands arbres alignés. Mais le reste n’est que fantôme. Il n’y a guère plus que quelques ânes en liberté dans l’ancien zoo et 2 ou 3 singes malheureux captifs. Les cages vides sont envahies par la végétation. Les animaux ont été mangés il y a longtemps.

Cette vision du zoo vide crée un léger malaise. D’un côté les prisons abandonnées ont un certain charme, d’un autre côté le surréalisme de la scène conduit tout droit à la dure réalité du pays. La RDC a beau se relever, elle reste à genou. Il en coulera de l’eau sur le fleuve avant que d’autres animaux ne se retrouvent captifs dans ces cages. En soit, un zoo vide est plutôt réjouissant, du point de vu des bestioles. Mais ce vide est comme un mur a l’optimisme. Sur le chemin de l’aller je pensais à l’énergie de vie que les hommes trouvent toujours en eux pour reconstruire, pour créer, pour survivre et se relever. Au retour je fais des bilans comptables du nombre d’années nécessaires pour se remettre de 40 ans de désastres. Les Congolais me racontent parfois comment c’était, avant. Avant il y avait des routes, des hôpitaux, de l’électricité, des factures d’électricité, de l’eau. Avant il y avait des zoos. Des zoos splendides, avec des animaux des 4 coins du pays.

 

Vend 2 mai 08

15:24 Écrit par skoliad dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Kinshasa : le retour.

 

Ma dernière journée à Paris fut un vendredi noir. Vol raté, carte bleue bousillée, téléphone vidé, chambre d’hôtel à dégager. Réveil à 7h, avec la gueule de bois, mon cerveau embrumé panique 1 min 30. Aucune idée du routing prévu pour moi après Kinshasa, pas de secrétaire à portée de main. Ni de chauffeur. Ni de cuisinière. Ni d’employé de maison. L’humanitaire fini par créer des assistés… chez les expatriés ! Après la douche, tout de même, de vieux réflexes de survie urbaine réapparaissent mystérieusement. Le reste de la journée est chiant mais gérable, en fin de compte.  Le lendemain, je lésine pas sur les 50 euros de taxi pour être à l’aéroport 2 heures avant le décollage.

Le départ, pourtant, est bordelique. Du bordel de passagers rebelles, du bordel d’un expulsé qui crie « au secours » au fond de l’avion, histoire de gagner quelques heures. Et ça marche. Un premier leader mène la moitié des passagers à la révolte contre le non-respect des droits de l’homme. J’entends des trucs ahurissants du genre « Tous ces belges au Congo devraient être rapatriés eux aussi ! », ça me rappelle vaguement d’autres discours tout aussi crétins d’extrémistes de tous bords. « C’est parce que c’est un avion plein d’africains qu’on nous impose ça ! », « Envoyez-le en charter ! » Sur ça je réagi : « parce que ça serait plus juste en charter ? », réponse : « On n’a pas à supporter ça ». Bien oui, dans le monde d’aujourd’hui on peut tout faire sauf montrer ce que l’on fait. C’est bon, je dis plus rien. De toute façon le débat tourne au conflit des méchants blancs contre les gentils noirs. C’est même pas la peine de plaider pour une connerie universelle. Le jeu est à celui qui criera le plus fort : je fais pas le poids. Le plus marrant dans l’histoire, c’est que les plus vindicatifs sont des congolais en Europe depuis plusieurs années à voir leurs styles de fringues. Un grand rigolo, chaîne de 3 kilos autour du cou et ceinture assortie, réussi dans les mêmes 5 minutes à revendiquer le retour de tous les blancs d’Afrique, et à se vanter de gagner 4 fois plus que le flic de service depuis qu’il habite en Suisse. Une femme pleure. Des hommes s’énervent. Ça devient houleux. Au sens propre de l’expression. Le commandant arrive et demande que le passager expulsé soit débarqué. Puis il se tourne vers le public : « Ce ne sont pas les passagers qui font la loi à bord ! » et hop, deux des mecs les plus excités sont chopés par des flics en civil. En tout on découvre 8 policiers dans la zone. Rien que ça. Un des deux passager arrêté se débat, s’accroche aux sièges, gueule. Les flics le prennent à 4, fermement. Ce nouvel épisode provoque une autre vague de gesticulations. Ça tourne pas très bien tout ça. Pour tout dire, j’étais trop loin pour témoigner de quoique ce soit sur le traitement du mec expulsé. J’entends parler de menottes. Je vis depuis déjà assez longtemps au Congo pour avoir vu des traitements bien pire. L’Europe n’est pas en reste au niveau des violences policières. J’ai beau avoir une aversion constante de tout ce qui porte un uniforme, je trouve pas la situation si catastrophique. Comparativement. J’peux juste pas m’empêcher de penser que si un monde idéal c’est une vague caricature de tensions raciales, ça va me faire chier.Pour finir on décolle. Le vol se passe bien. Les paysages sont magnifiques. Pour penser à autre chose, je repense à la veille. Je me lance dans l’autoanalyse de comptoir : et si c’était un acte manqué ? Et si j’avais pas vraiment envie de rentrer en RDC ? Paris était bien joli sous ses airs de premiers jours de printemps. Les jupes rétrécies de 90%, les angles de vision des garçons de 90° . Je cogite ferme pendant 2 heures puis je m’endors.J’arrive à Kinshasa avec un peu d’avance. Pas de protocole en vue. Le protocole c’est le gars qui vient vous chercher à l’aéroport et règle toutes les petites tracasseries qui peuvent arriver à une femme blanche et seule dans une capitale comme Kinshasa. La consigne est stricte : on ne sort pas de l’aéroport seule, on ne suit personne, on attends sagement comme une conne parce que ça serait encore plus con de vouloir faire autrement. Mon crédit congolais est vide, lui aussi. Pas de téléphone, pas de protocole. C’est le bordel, décidément. Finalement Jules arrive et me redonne le sourire.Et puis, enfin, je sors de l’aéroport.Ça y est, je suis rentrée. Je me sens bien. Il fait bon. L’odeur de fumée m’envahie les narines. Ça me chatouille. L’humidité colle mon tee-shirt que je fais sécher en ouvrant la vitre de la voiture. Les cahots de la voiture me plaisent comme m’ont plu les fromages français. Ça y est, je suis à Kinshasa, plus rien ne peut m’arriver ! (oui, c’est une blague).    

15:22 Écrit par skoliad dans RD Congo | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |