31/08/2008

Celles qui aiment en désordre.

 

Nous avons un chat, au stock central. J’ai un chat sur mes genoux. Melle chat est nouvelle employée de l’association. J’avais des rats dans mon stock qui bouffaient les aliments thérapeutiques des gamins mal nourris, arrosaient le tout à l’éthanol du labo et finissaient par prendre du paracétamol. Leurs vies de rêve de rats commençaient à me les briser menu. Ecce Homo. Les moyens aussi barbares que dangereux de la logistique (des sortes de pièges à loup pour rats et du poison) n’ayant finalement que prouver leur inutilité face aux rongeurs, on m’a laissé faire à ma manière. Ainsi est arrivée Melle chat, il y a 2 semaines. J’aurais voulu en prendre 2 : frère et sœur mais le bonhomme n’a rien voulu savoir. Il ne vendait qu’elle, la petite malingre, 12 $ que j’ai ramené à 7 après 3 quarts d’heure de négociation. Une vraie fortune ici. Bien plus cher qu’un poulet. Ce qu’elle aurait fini par devenir, d’ailleurs. Ici seuls quelques riches ont un chat pour les rats, le seul chien est dans la maison d’une autre ONG. Leurs descendances finissent plutôt tôt que tard dans une casserole. Question de survie. J’ai donc ramené Melle chat a son nouveau lieu de résidence et de travail. Pendant 2 jours, traumatisée, elle se cachait derrière les étagères. J’allais la chercher, un peu de force, pour la caresser et je la laissais refiler dans son trou. Ça ne durait jamais plus de 30 minutes. Mais le 3ème jour elle a enfin accepté de manger. C’est à  dire boire du lait. Melle chat est encore une enfant. Ou en tout cas l’est redevenue le temps de l’adaptation. Ça a été assez vite, je dois dire. Au vu des premiers jours, j’ai cru en avoir fait une sauvageonne qu’on ne pourrait approcher – si elle survivait. Mais non, Melle chat est très câline quand on la connaît. Elle s’est habituée, à moi surtout puisque je viens la voir et donne la nourriture. Elle a déjà visiblement grossi et aura bientôt la taille des monstres suralimentés qu’elle est censée chasser. Elle ne se cache plus du tout et à élu domicile en face de la porte. Elle ronronne de loin en me voyant arriver. Aujourd’hui, elle n’a encore vu personne. La gestionnaire du stock ne travaille pas le week-end. J’ai fini tard à l’hôpital, pour un samedi, et je suis rentrée faire une sieste. Ce qui fait que je ne suis venu qu’à 16h30. Elle pleurait derrière la porte. Elle a râlé comme ça au moins 5 min avant de sauter sur mes genoux. Et elle s’est mise à se rouler dans tous les sens. Voulant être caressée sur le dos, sur le ventre, derrière les oreilles, sur les joues, sous le menton, le long des pattes. Tout en même temps. Mordiller mes doigts. Lécher et griffer ma peau. Manquer de tomber toutes les 20 secondes dans ses élans. Téter mes vêtements. Se pendre à mon collier. Faire un bisou sur le visage. Attraper une mèche de cheveu. Me fixer dans ses grands yeux gris. Grimper sur mes épaules. Melle chat aime en désordre. Dans le tout de sa jeunesse.

Après 30 ou 40 min de ce manège, j’ai allumé mon ordinateur. Elle n’a pas du tout apprécié ce changement. Venait chercher mes mains sur le clavier. En râlant très fort. Puis, vexée sans doute, elle est descendue par terre. Tournait autour de ma chaise en miaulant du plus fort qu’elle pouvait. Visiblement mécontente de la situation. Alors j’ai arrêté de m’occuper de l’ordinateur et lui ai fait signe de monter sur mes genoux. Une dernière séance de câlin et la voilà somnolente, ronronnant, sur mes genoux. De temps en temps un petit miaulement réclame une caresse. Elle me tient chaud dans la fraîcheur du grand espace vide.

 

Hier j’ai émis involontairement un petit bruit avec ma gorge en retrouvant un fichier égaré.

Le patron m’a fait remarquer : « Tu ronronnes ».

 

29 août 08

 

 

 

10:51 Écrit par skoliad dans RD Congo | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

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Pendant ce temps, dans un monde parallèle

Écrit par : icone | 01/09/2008

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