09/02/2009

La rumeur.


Elle courrait, elle se téléporte. Elle se mondialise, comme le reste, tenant toujours en haleine les publics en manque de sensation. Elle est là, partout, de partout et de nul part. Le tout info est tout intox, tout n'importe quoi, tout avalé, tout digéré plus ou moins rapidement. La rumeur est un procédé organique. Propulsé maintenant à vitesse électronique. Un authentique spécimen de symbiose homme-machine.


Une jeune artiste Belge, Pascale Barret a effectué une série de projets autour de l'animalité. A l'occasion de l'exposition « Toute cruauté est-elle bonne a dire ? », elle présente actuellement la tête empaillée d'un zinneke, chien errant bruxellois autrefois jeté dans la rivière. Un blog,  illustre la démarche. J'ose révéler ici que l'animal empaillé a le faciès étonnamment humain pour un chien errant. Et même, à y regarder de plus près sous les poils de la bête, on retrouve un air de famille avec l'artiste. La face terrifiante semble rugir à la pétition installée en face. Celle-ci, intitulée solennellement:

«  STOP the "Zinneke" projet in Belgium!

Contre la réalisation d'un projet en Belgique qui utilise la cruauté envers des chiens, au nom de l'Art dit contemporain.

Son titre: "Le Zinneke est mort, vive le Zinneke".
L'artiste compte naturaliser un chien des rues de Bruxelles en hommage à la légende du "Zinneke". »

est une version imprimée d'une pétition électronique. Vous la retrouverez sur un beau représentant de l'espèce des rumor-makeur

925 signataires, tout de même. Une belle réussite. Certains commentaires sont une source d'inspiration pour la prochaine édition de l'almanach Vermot.


Car maintenant qu'on peut tout savoir, on peut aussi donner son avis sur tout. Est-ce que je me gène, moi, peut-être ? D'un simple clic, on vote pour tel ou tel site, contre telle ou telle chose. La démonstration ici très simple sonne pourtant comme une terrible mise en garde. Si le rire reste sans doute le cadeau de l'artiste, la situation mets tout de même en lumière une réalité maintes fois décrite. Notre fragilité face à la manipulation. Effets de masse, de rumeurs, de non vérifiabilité des données ou pire le manque d'intérêt pour une quelconque vérification. Un terreau effrayant, un amas d'informations en décomposition, quand les formes et l'essence même de la matière se dissout. Un cycle infernal de fertilité, de vies spontanées, inflation et déflation, systoles et diastoles visibles sur Youtube. L'animalité donc; l'animalité, justement.


Et ça nous occupe bien. Le sexe, la bouffe, le rock'n roll et les rumeurs. La rumeur distrait. Elle amuse, certes, et elle détourne les regards. Elle est bien pratique cette rumeur. Et puisqu'on ne l'empaillera pas - mais on peut toujours essayer une pétition contre la rumeur de la rumeur- le mieux qu'il reste à faire est peut-être de l'utiliser. Car parfois, le subterfuge prends vie, réellement. Une sorte de réaction en chaîne, l'effet papillon bidule. Un Dieu dont la puissance est directement proportionnelle au nombre de croyants. Et, justement, par hasard ce soir, j'ai une chouette esquisse a concrétiser. Celui de la fin d'un cycle, le début d'un autre. Meilleur. Oui, meilleur, carrément, soyons fous. Au pluriel les fous. Une foule de fous sans peur du lendemain. Des hallucinés qui pensent qu'on peut mieux faire. Plus juste, et plus démocratique. Mieux quoi. Ouais. La rumeur d'une révolte contre un système foireux de bonheur visible au salon de l'auto. Un passage vertigineux de l'animalité au divin. Il est tard, pardonnez cet excès. Je rêve, c'est à la mode depuis Martin Luther king. Je rêve d'une vague, d'un instinct, d'une animalité de sauvegarde, d'un absolu à l'échelle humaine, un petit tsunami d'histoire. De quand c'était plus possible. Tout simplement. Quand c'était trop gros, trop de foutage de gueule, trop de peurs mis en nous, trop de frustration, de peine, de désillusions, d'erreurs, de merde dans l'atmosphère. Quand l'animal brisa ses chaînes à crédit.

Je m'égare ainsi sans doute, par complaisance personnelle, dans l'illusion que le brouhaha ambiant ne serait pas seulement

qu'une simple rumeur.

 

23:48 Écrit par skoliad dans Des raisons de révolte. | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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