03/07/2009

La révolte des canines.

 

Ce matin j'ai fait mes courses. Depuis 2 jours, mon frigo est la parfaite illustration d'une crise de l'offre nulle sur la demande insistante. Part de marché à la baisse, clientèle perdue, récession du ventre qui cri famine, émeute devant le corps éventré du paquet de pâte. Le peuple des tubes en colère, j'ai dû me résoudre à prosterner ma carte de crédit devant l'autel du dieu abondance. Or, quand je me suis enfin décidée, j'avais faim. Il ne faut jamais faire les courses le ventre vide, c'est bien connu, mais, crise oblige, j'ai suivi les priorités. J'avais faim, cela n'a fait qu'empirer le long du chemin. J'avais envie de mordre, de croquer, de dévorer, d'arracher. J'avais une faim de dents de loup, une faim d'écorce, de cuir, de sable. J'aurais mangé les murs et les toits. Et qu'ai-je trouvé au supermarché alimentaire ? Du mou, du liquide, de l'eau surgelée. En conserve, en poudre, au rayon boulangerie et à la boucherie. Du yaourt au fromage, la viande hachée, les petits pains au lait, les crèmes, les raviolis et les saucisses, la lessive liquide, les jus de fruits encore plus doux que les jus de fruits, les boissons énergisantes. Du mou ! De l'eau ! Une table entière de pâtés dégoutants ! Ecœurant. De la bouffe pour neurasthéniques complaisants, du pré-mâché et même du pré-digéré. Du déjà vécu, mort et en voie de décomposition. Des charognes sous film plastique. J'ai eu froid tout à coup dans ce complexe mortuaire, ou était-ce juste l'air climatisé ? J'ai pressé le pas vers la vie chaude et épaisse.

Ce soir mon frigo est plein. Des glaces triple chocolat, du beurre salé. Et j'ai toujours faim. Je pense attaquer le plancher avant le petit matin.

 

 

 

 

Commentaires

Réminescence partagée et collée Thomas B., à 04:18 le 3 juillet*

Ma tête est morte. Mes pieds pataugent dans la fange blanche et lisse des carrelages.
Un sol craquelant sous une crasse aseptisée. Je déambule.

La nourriture pourrit. Des bacs d'acier vrombissent entre les ossuaires, ils charrient des cadavres de mie, de sucre, de gélatine et de graisses étranges.
... Lire la suite
Les enfants pleurent. Leurs yeux fondent devant les paradis plastiques, leurs rêves meurent sous d'épais emballages en aluminium. Leurs parents les empoisonnent, et ils sont impuissants.

Le froid est implacable, mes larmes gèlent sous l'effet des frigidaires. Je pleure parfois.
Prisonnier d'un pyjama rayé de quelques lignes verticales, inhumaines, mathématiques. Binaires.

A chaque bip qui retentit, c'est le massacre des innocents.

[Ancien article écrit après une séance de courses traumatisante]

Écrit par : TB | 03/07/2009

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