22/07/2010

Ses mots à elle.

 

Je ne résiste pas à l'envie de partager avec vous un extrait du texte que Milady Renoir a joint à sa performance pour la cloture de son exposition. Les forces sont là, l'émotion, la profondeur des mots. En dire plus serait gâcher ce dont il faut se laisser imprégner.

 

Milady Renoir.

Pour la peau.

 

Pour la peau, tout faire, tout sentir, tout abolir, sens ou raison, aborder la peau, faire pour la peau, être pour la peau, s’inscrire dans le derme, chercher le pore le plus ouvert pas forcément au centre de tous les autres pores, le trouver, ce pore-ci, là, ici, pas celui adjacent, non, oui, c’est bien celui-ci, le trouver neutre, presque sans allure, mais saliver un peu, crachoter du bout des lèvres, viser le pore indiqué bien qu’inconnu, discerner la goutte translucide mousseuse toucher terre sur la peau, cette peau variante, se rappeler à ce pore consubstantiel presque épais, saliver aussi pour l’élémentaire sel de l’humide, aborder la glissade comme une chute, pénétrer le pore, pénétrer le pore, dire oui à la peau, faire ça pour elle, la peau baptême, la peau blasphème, être là pour le pore, être là pour la peau,

sentir les parois, l’une de face, l’autre par derrière, hésiter à se laisser frôler par celles qui chauffent au contact du corps brusque, ce je qui pénètre, ce tu qui pénètre, se sentir brute, lourde, lécher quelques graisses, s’alourdir pour mieux entrer, laisser les cloisons faire, pour la peau, pour le pore, les laisser s’écarter, puis se refermer comme des aimants versatiles, des glues fallacieuses, ces ventouses nouvelles bouches, la peau enfle, enfler la peau, s’agripper à l’idée d’enfoncement, prendre le fond comme chemin, initier la descente, lorgner sur les pulsations sanguines, consentir à l’entremêlement des battues, abandonner les choses à faire, se poser sur place, amener le tourment sur le seuil du pore, tourner sa langue cent fois dans le trou, brasser les cheveux et la sève et la lymphe, tout mélanger, se touiller les doigts dans le rouge qui approche, révéler les coulées du grenat, accorder l’espace au temps serpent, donner à l’espèce confinée le choix des armes,

c’est l’acquiescement qui soumet le moment, se coller contre soi, contre le sel, pour la peau, faire de soi le lieu propice, virer au rouge, être rouge, seulement le rouge, être la strate en plus, le ciel en moins, être là pour quelque chose, exprimer la contrainte par l’expansion, dire à soi que le temps n’a pas d’odeur, sortir des gonds, pour la peau, pour ce derme fruste, ce pore émoussé, se frotter à l’humeur de la veine, la rogne de l’artère, reconnaître l’adage « le corps est si robuste », abandonner l’idée de lutte, de concurrence, entrer encore, aller loin dans le débat contre soi, se dire qu’après, on verra, que là, il faut y aller, allez, vas-y, pénétrer, foncer, entrer dans le vif, contredire l’instinct de survie, se charrier contre le flux, entre deux diastoles, trouver l’ut majeur, tenter l’Aïon, finir par oublier qu’on est déjà dedans, tout le temps, dans un fond qu’on n’a jamais connu, savoir que le dedans est absolument ce dedans dont tout le monde dit qu’il est le néant, le dedans n’a rien de néant, le dedans a le dedans pour corps, reconnaître qu’aucun extérieur n’est jamais parvenu ici sauf sous la forme d’un vague éclat de verre dans une mémoire fautive, une intuition faussaire, gagner la foi en ce qui n’existe plus, apprécier que le derme, l’hypoderme soient si longs, si tortueux, si escarpés, se persuader que la détention expie, sentir que la chaleur étouffante est l’exutoire pur, être là pour le pore, être là pour la peau,

trouver le tunnel expiatoire sous les plasmas, revêtir la peau interne, celle qui ne s’écorche pas, celle qui ne brûle pas, rire du vide qui s’échappe, rire du vide qui s’enfuit, rire du vide, ah ah ah ah,

(...)

 


 

Texte à suivre dans une prochaine publication de Milady.

Mots à goûter, avaler, respirer sur son blog.

 

 

 

12:34 Écrit par skoliad dans Autres fenêtres. | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

merci Sko douce.

Écrit par : M-I | 23/07/2010

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