10/10/2010

Pourquoi régionaliser les soins de santé est une hérésie ?

Commençons par une petite histoire. Découvert en 2005 après les travaux de Harald zur Hausen sur le lien entre l'infection par le virus et la fréquence de cancer du col de l'utérus chez la femme, le vaccin contre papillomavirus a été commercialisé depuis 2008 en Europe.

Les politiques de santé publique ont divergé quant à son mode de distribution (obligatoire ou non, en médecine scolaire/chez les généralistes...) et de remboursement (gratuit ou non, avec ou sans consultation). Ainsi, en Belgique, la Flandre, qui a décidé tout de suite d'une vaccination obligatoire et gratuite, a opté pour l'appel d'offre et obtenu un prix de 80% moins cher que son voisin wallon. En effet, dans le même temps, la Wallonie décidait de mettre l'accent sur une autre problématique: le dépistage du cancer colo-rectal (dont l'ampleur est indéniablement comparable à celui du col de l'utérus). Dès lors, n'ayant plus les budgets pour la financer à la mode Flamande et émettant des doutes sur l'efficacité et l'innocuité du vaccin, la communauté française a opté pour une vaccination simplement recommandée et faite par les généralistes. Les jeunes filles francophones doivent donc débourser 32 euros (vaccin + consultation) alors que leurs camarades Flamandes le reçoivent systématiquement et gratuitement. Pire, cela coute finalement à l'INAMI , c'est à dire  l'ensemble des affilié Belges, 339 euros pour une vaccination francophone contre 60 euros pour une vaccination flamande.

Je ne rentrerai pas ici dans les détails de la pertinence d'une vaccination obligatoire, de son coût d'opportunité, ni de son impact réel ou supposé sur l'incidence du cancer du col de l'utérus chez la femme et des débats autour de décès supposés en lien avec le vaccin.
Je ne veux pas d'avantage déguster avec vous le croustillant système politique Belge et les interrogations raisonnables sur l'impartialité des choix compte tenu des intérêts personnels de certains décideurs.
Tout cela serait fort distrayant et pourrait faire l'objet d'articles particuliers, cependant mon petit exemple se veut d'introduire le modèle Kiwi. En effet, en écartant momentanément la discussion légitime autour des choix de priorités de santé, il est remarquable que la Flandre ait obtenu un rabais de 80% du prix grâce à sa stratégie de l'appel d'offre. Compte tenu que la première raison d'être d'une entreprise pharmaceutique est la rentabilité, il est logique de penser que malgré ce prix à 20% du Gardasil® , l'entreprise américaine Merck & Co fait encore des bénéfices.
Personnellement, et cela n'engage que moi, je considère que ces 80% de marge supplémentaire fait en Wallonie ou en France (prix français: 135,59 euros) sont tout simplement du vol. Mais peut-on réellement attendre de l'éthique d'une entreprise privée ? Une alternative existe: tenir compte des règles du jeu de l'économie libérale et faire jouer la concurrence. C'est ce que propose le modèle néo-zélandais KIWI. Pour chaque molécule commercialisée, l'état néo-zélandais fait un appel d'offre. Seuls les produits ayant les meilleurs tarifs sont alors remboursés. L'état néo-zélandais incite donc à la consommation d'un produit tout en conservant la liberté de choix thérapeutique individuelle (car les autres molécules restent en vente) mais surtout il assure l'ajustement des prix au plus juste pour les fournisseurs comme les acheteurs. Ce modèle est en cours de mise en place aux pays-bas et actuellement en discussion en Belgique et en France (on estime que l'économie pour un pays comme la Belgique serait de l'ordre du milliard d'euros par an). Cela paraît tellement évident qu'on se demande même pourquoi on n'y avait pas songé plus tôt.

En poussant le raisonnement à peine plus loin, on se rend rapidement compte qu'un tel système devrait logiquement s'appliquer au niveau Européen. Imaginez les économies d'échelle que l'on ferait sur des commandes faites au niveau de l'Union. Le volume commandé permettrait alors à la fois de négocier au plus près les tarifs mais aussi de mieux gérer les besoins/demandes fluctuants, les péremptions, les ruptures locales de stocks, les « urgences » et (alerte à) épidémie ... (nous avons encore tous en mémoire le très juteux et scandaleux épisode de la grippe H1N1, par exemple)


Pour conclure, et dans un esprit d'élargissement de la pensée, je suis convaincue qu'un rattachement rapide et organisé des trois piliers que sont la santé, la justice et l'éducation à l'actuelle mise en place d'une Europe sociale nous offrirait équité et efficience.
En effet, pour ne rester que sur le domaine de la santé, comment ne pas tenir compte des économies mais aussi de la cohérence de politiques que l'Europe pourrait garantir à ses citoyens ? Qui croit encore que le nuage de Tchernobyl ou quelconque pollution, virus, bactérie... s'arrêtent aux frontières ? Un large panel de déterminants socio-culturel de la santé est commun aux populations de l'Europe: comment des politiques locales parfois si contradictoires et si antagonistes pourraient-elles aboutir à des impacts positifs sur des communautés sans cesse en mouvement ?
L'Europe de la santé engage(rait) les systèmes de santé locaux dans une perspective de collaboration, de mise aux normes, de protection élargie et cohérente pour ses citoyens, la garantie d'équité et de traitement équivalent d'un bout à l'autre de l'Union. Évidemment, au même titre que n'importe quelle autre harmonisation, cela demande débats et compromis (je pense ici aux accords de Barcelone pour l'enseignement supérieur et les débats déjà houleux dans cette première étape d'une Europe de l'enseignement). Chaque acteur des complexes systèmes de santé (que nous sommes tous à différents niveaux: consommateurs, payeur, professionnels de la santé, décideurs...) doit aussi y trouver son compte: une sacrée gageure, en somme, mais qui en vaut certainement la peine.





WWWgraphie:

1) Même si je suis en désaccord avec le titre: «C'est l'histoire d'un vaccin qui coûte cinq fois moins cher en Flandre. Elle illustre à la perfection comment défédéraliser appauvrit les francophones.» car pour moi ce sont, au final et dans une vision plus globale, toutes les communautés qui s'appauvrissent, je vous recommande ce court article

2) Le smodèle KIWI:
http://www.vbs-gbs.org/lms/ms2006/ra2005/ra2005-07.asp

http://web4.ecolo.be/?Medicaments-chers-elargir-le

 

 

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