07/01/2012

Pourquoi je n'irai pas voter

pour un candidat à la présidentielle Française en 2012

 

Il y a un an environ, j’entendais pour la première fois cette phrase terrible et sans issue : « Tout pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument ».  Un vrai piège à cons, dans toute la splendeur de ma définition personnelle du piège à cons. Un piège incroyablement fort par son évidence et dont les conséquences sont presque vertigineuses. Car enfin, l’Histoire dont nous sommes les contemporains  s’inscrit justement dans une crise majeure des pouvoirs en place. Crise financière bien sûr mais surtout crise politique.

Dans un bref retour sur ces 30 dernières années, nombreux sont les exemples d’un mécanisme qui s’est imposé, d’autant silencieusement et sans contestation qu’il a rapidement touché les médias, dans tous les secteurs, de quasi toutes les sociétés. Le modèle capitalisme, que la psychotique guerre froide a opposé comme unique alternative au défunt communisme, c’est en effet diffusé dans toutes les sphères de la société, et donc de pouvoirs. La mécanique du chiffre, qui réduit l’humain à des équations basées sur le profit à court terme, est devenue maître. Dans le secteur de la santé, les années 80 ont été marquées par la première vague de crises liées aux conséquences des chocs pétroliers. Les pays du Nord, grâce à leurs systèmes sociaux plus robustes, ont, à l’époque, bien mieux résisté aux diverses injonctions économiques, entre autres aux fameux Plans d’Ajustement Structurels de la Banque Mondiale, que les jeunes états du Sud. L’effondrement de tous les systèmes sociaux au Sud, de celui de la santé, comme ceux de l’éducation ou de la justice, a inexorablement conduit à une accélération de la pauvreté, de la mortalité, des violences sociales, de la perte de la notion même d’état de droit dans les pays les plus fragiles. Cette situation n’étant évidemment pas économiquement favorable, la boucle est finalement tant et si bien bouclée que l’augmentation massive et continue de l’aide internationale n’y change presque rien. Les populations du Sud continuent à mourir et à souffrir. Quelle leçon pour nous ! Une leçon si évidente qu’elle est passée presque sous silence : les lois économiques telle que définies dans le modèle libéral sont absolument incompétentes vis-à-vis de la régulation sociale. Une leçon loin d’être nouvelle, le premier big one auquel on est eu affaire date d’un certain jeudi noir 1929. Mais l’homme a la mémoire bien courte car toutes les mesures de régulation économique de cette époque ont littéralement fondues sous la pression néolibérale de la fin du siècle. 1929, rappelons-nous en, avant qu’il ne soit trop tard. Reprenons rapidement les rênes avant que certaines idéologies ne nous refassent le coup si cruel de la guerre comme remède à la dépression économique.

Aujourd’hui, le monstre économique est toujours plus affamé et ne connait plus de limite[i]. Il n’y a plus ni contre pouvoir des circuits conventionnel de l’information – maintenant on comprend que les émissions lobotomisantes de TF1 n’ont pas seulement eu comme conséquence de nous vendre plus de coca- , ni régulateur politique qui soit encore en mesure de prendre les bonnes décisions - celles qui pourraient nous éviter le désastre qui se dessine maintenant clairement. Comment les politiques, les hommes politiques peuvent-ils, à cette heure encore, prendre des décisions qui vont si évidemment à l’opposé du bon sens ? Parce qu’ils y ont un intérêt personnel, humain. Et voilà que le piège à cons nous revient. Le pouvoir corrompt. L’homme, souvent éduqué, parfois réellement motivé et intègre, qui arrive au pouvoir est finalement, à très moyen terme, corrompu par lui. Les échéances électorales en elles-mêmes contiennent le germe de cette corruption : dans un cadre où les hommes politiques sont des professionnels, on ne peut qu’assister à une frénésie du mandat, à une vision réduite sur 5 ans maximum, à certaines malhonnêtetés intellectuelles ou pire, liés au besoin de se faire réélire. Pire encore, les professionnels de la politique sont pervertis eux-mêmes par cette profession. Caricaturalement c’est un homme, blanc, de 50 ans, ayant été à l’ENA. Ils ont finalement tous le même modèle de pensée, dans lequel ils baignent en permanence et ne peuvent donc apporter d’idées nouvelles. La voix du plombier, celle du médecin, de l’instituteur, de l’étudiant finissent dissoutes dans des cerveaux préprogrammés à  voir le monde d’une façon particulière. Les Chavez sont bien rares et l’on ne peut que constater la désertion politique et le manque de courage qui finit par aboutir à la démonstration la plus flagrante que le pouvoir n’est plus aux mains des peuples ou de leurs élus : la chute des gouvernements « démocratiquement » élus (Grèce, Italie…) en faveur d’hommes de paille, appliquant encore et toujours les mêmes recettes désastreuses.

C’est grâce à Etienne Chouard, dont je ne peux que recommander l’ensemble des vidéos, que j’ai entrevu pour la première fois la lumière hors du piège à cons dans lequel nous sommes tous empêtrés. Cette solution est contenue dans le mot aujourd’hui galvaudé de démocratie. C'est-à-dire non plus la république représentative,  qui est à l’origine de toutes ces distorsions mais le pouvoir dans les mains du peuple, en continu, la fin de la profession « d’homme politique ». Le système du tirage au sort m’apparaît le seul moyen équitable et juste de créer des groupes de travail capable de porter la voix de tout à chacun, à la fois sur les grands principes mais aussi sur les petites décisions locales. En épidémiologie, les études dites randomisées sont les plus fiables car elles garantissent la représentativité de l’échantillon. En politique, il est impératif de remettre cette règle d’or au centre des dispositifs de régulation afin de sortir de l’asservissement de nos maîtres modernes : les élus qui sont eux-mêmes au service des dirigeants de la finance. Remettre le citoyen au centre des décisions, et laisser les énarques faire leur boulot, c'est-à-dire être des fonctionnaires, au service de l’état, donc du citoyen, contrôlés et avec des pouvoirs limités à une fonction stricte- qui n’est pas celle de faire des lois par exemple. Je n’irai donc pas voter car je refuse maintenant de valider par ce geste un processus qui ne me convient décidément pas et qui a maintes fois démontré ses limites.

Les années que nous allons vivre ensemble seront formidablement bouleversantes, qu’on le veuille ou non. C’est une chance sans pareil de reprendre nos destins en mains. L’appareil économique est sur le point d’imploser. La Chine se prépare à l’effondrement de l’Europe tandis que les maîtres de la finance se dépêchent d’engranger un maximum de profits avant explosion. Mais nous, le peuple, les fameux 95% qui nourrissons, soignons, éduquons, conduisons ou servons les 5% les plus riches, nous pouvons encore résister à ces grands plans qui se font sans nous. Nous pouvons profiter de cette chance historique de non pas se contenter d’abolir un système économique profondement injuste mais aussi de revoir profondément la distribution des pouvoirs, telle que le mot « démocratie » veut le dire. Le pouvoir temporaire, sous surveillance, indépendant du pouvoir économique ou judiciaire.

Nous avons cette chance, saurons-nous la saisir à temps ?

 


[i] Je ne reviendrais pas ici sur l’ensemble des mesures qui ont finalement donné libre cours à l’appétit économique de quelques nantis. Les sites d’information sont maintenant nombreux. Retenons tout de même le scandale de la dette publique et de la création monétaire comme exemples flagrant de décision à l’opposé du bien général.

Commentaires

Dans l'esprit de la plupart, de cette majorité soumise et vivant ce sentiment d'impossibilité d'agir, le tirage au sort signifierait une soumission encore plus grandiose.
Elle paraîtrait peut-être séduisante.
Dans la mesure où cette soumission n'appartiendrai à personne.
Mais la peur de se soumettre au hasard cache la peur de se soumettre à l'anarchie.
Des murmures frustrés naîtrait un ordre qui ne s’appuierait que sur la foi en autre chose... Et cette autre chose risquerait de prendre une tournure religieuse.
La foi en ce hasard en elle-même serait une évolution incroyablement positive par rapport au système démocratique actuel, mais elle s'appuie sur une sagesse et une patience que le peuple ne possède peut-être pas encore.
On revient vers une forme d'idéal anarchique que le web propage volontiers. Les structures en place devraient s'éroder beaucoup pour laisser place à cet ordre s'appuyant sur la sagesse du tout, du peuple, de l'être seul, de l'être frustré et de l'être illuminé.
L'idée est noble. Mais Marx avait des idées nobles aussi, que l'esprit du peuple n'est pas encore en mesure de vivre.
La manière dont les Chinois abordent la religion, préparés depuis des siècles, deviendra sans doute une solution, mélangée à une démocratie que nous leur avons offert et que nous ne savons plus voir.

Écrit par : David Ruzicka | 13/02/2012

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