29/01/2012

Parce que voter ce n'est pas réfléchir ensemble,

ne pas voter n'est pas non plus laisser carte blanche

 

Je voudrais éclaircir cette idée du vote inutile. Je ne suis pas politologue, encore moins historien, mais j'aimerai partager avec vous quelques éléments qui sont à ma connaissance et, toute subjective et incomplète qu'elle soit, l'interprétation que j'en ai. Je vous invite, le temps de cet article à considérer notre organisation sociale, nos civilisations ou plutôt notre civilisation.

Prenons comme référence l'apparition de notre principal modèle, la république de 1789. On pourrait remonter plus loin, mais bon on a tous plein de choses super importantes et trop cool à faire, je ne voudrais pas vous faire rater le tirage du loto. Donc cette révolution, c'est quoi ? On nous apprend qu'il s'agit de la prise du pouvoir par le peuple, c'est à dire la mise en place d'une démocratie; ce qu'on assimile assez souvent avec la naissance de la république; comme si ces mots démocratie et république étaient synonymes. Ce premier point est déjà assez contestable. En effet, on sait tous, au fond, que la république représentative mise en place il y 250 ans est loin d'être une démocratie au sens propre du terme. Car ce n'est pas vraiment le peuple qui gouverne, mais ses représentants. Ce qui est tout différent. De fait ces représentants ne sont pas du tout représentatif, au sens statistique du terme, puisqu'ils sont presque tous issus d'une même classe sociale, éduquée et aisée, leaders locaux ou de plus grande ampleur: la bourgeoisie. Pour reprendre un propos d'Etienne Chouard, on peut très bien comprendre le paysan illettré du 18ème: il passe tout à coup d'un état de quasi servitude, à la liberté de choisir ses maîtres et l'illusion de l'ascension sociale. C'est une belle avancée.

Avec la bourgeoisie au pouvoir, les valeurs centrales se retrouvent bouleversées et l'économie devient le levier d'un nouveau modèle, le capitalisme, naissant de la cuisse de la révolution industrielle tel une affriolante déesse du désir. Car quels progrès nous offraient cette révolution ! Quel bond en avant dans l'histoire de l'humain ! Le niveau de vie, l'espérance de vie et la facilité à vivre s'en sont retrouvés propulsés. Mais pas à la même vitesse pour tout le monde, évidemment. La classe aisée, dirigeante, devenue celle dite du patronat, a bien plus vite profité de ces changements. Les iniquités augmentant, les plus pauvres, les ouvriers, ont commencé à s'organiser en syndicats et mutuelles pour défendre leurs droits, leurs intérêts. Ce mouvement Germinalesque, espérance restée inachevée, a tout de même donné aux pays Européens une protection sociale relativement solide à défaut d'être complétement universelle ou protégée (comme le montre l'existence de régimes très inéquitables – fonctionnaires versus indépendants par exemple- ou les reculs réguliers de ces barrières face aux assauts du profit). J'aimerai encore une fois rappeler que banquiers, patronat, comme ouvriers, artisans ou agriculteurs font tous parti du peuple. J'évoque avec vous une organisation sociale à laquelle nous sommes tous liés et reliés, où nous contribuons tous, tout autant que nous la subissons.

Je ne rentrerai pas dans les détails de la première moitié du 20ème, pourtant passionnants. Je me contenterai de souligner qu'à cette époque déjà, le modèle capitaliste montre des failles majeures. Heureusement, si j'ose dire, les grands séismes de l'époque, comme la récession de 1929 pour ne citer qu'elle, trouvent remèdes dans les guerres. Guerres bien pratiques, décidément, puisqu'elles permettent par la même occasion de décimer toute une catégorie sociale dont on n'avait finalement moins besoin grâce à la modernisation: les paysans. Évidemment le corps social, bien malmené entre crise, guerre, crises et guerres, suivi de crises, de guerres, réagit. Les années 60 voient se lever une génération éduquée, réclamant plus de justice sociale, plus d'équité. On concède les congés-payés, la retraite, et même la place à une part importante et jusqu'ici négligée de la société: les femmes, et pourquoi pas les noirs-américains. Après tout l'argent n'a ni sexe ni couleur – sauf peut-être le vert qui va à tout le monde. Cet élan de révolte est surtout vite maitrisé grâce à l'arrivée d'un mirage extraordinaire, la société de consommation, qui nous en mettra plein les mirettes pendant encore 50 ans. Tous égaux... devant les vitrines débordantes. Tous heureux... grâce à nos automobiles, nos écrans télé et les pizzas surgelées. Bon évidemment, il y en a toujours des moins égaux que d'autres, et à voir notre consommation d'antidépresseurs c'est pas si amusant que ça. Mais bon, ça nous tient tellement bien cette histoire que l'on défend becs et ongles nos droits de consommateurs – notez que le citoyen a disparu- dans l'illusion précaire qu'un jour on pourrait nous aussi gagner au loto, devenir riche à notre tour, beau et célèbre. Posséder et être reconnu étant devenu une fin en soi.

Un mot sur le communisme. Ce modèle estampillé « 20ème siècle », en plus d'avoir pu servir de menace informe justifiant pas mal de débordements, a eu pour principal avantage de mettre en exergue, par un effet miroir, la puissance de ce que l'on nous présente comme l'unique alternative, l'opposé, le libéralisme. Notons au passage la curieuse racine du mot, libéralisme, qui rendrait plus libre, enfin c'est surtout l'économie qui n'a plus de règles. Le communisme a en plus eu le bon goût de quasiment disparaître à la fin des années 80, permettant à une forme extrême, le néo-libéralisme, d'exploser brutalement et littéralement. Tous ces marchés à conquérir ont lancé une incroyable course au phénomène dit inéluctable de la mondialisation. C'est-à-dire la conquête quasi planétaire de ce modèle de pensée, un paradigme devenu dominant, presque unique. Dans ce modèle d'organisation sociale, rappelons-le, le principe fondateur est que les lois du marché sont compétentes pour réguler la société. L'argent, l'économie, sont devenus régulateurs, centraux. Et non plus l'être humain, l'individu, le citoyen, pas même le consommateur. L'argent. C'est évident et pourtant fondamental. On a réduit l'homme, ses aspirations, sa vie, ses besoins a des chiffres, des calculs compliqués (mais pas complexes: la logique linéaire, cartésienne, du comptable tient toujours et ne considère que rarement la complexité, c'est à dire l'imprévisibilité du monde).

Pourtant les profondes failles du capitalisme et de son enfant terrible, le néo-libéralisme, sont loin d'avoir été résolues. Tout au plus c'est-on contenté de colmater des brèches par des politiques toujours plus marquées et agressives, vers une course en avant toujours plus rapide et brutale.

 

Si vous avez tenu jusque là, je vous en félicite. Je suis consciente que la forme n'est pas forcement très didactique mais j'espère que les questions que je soulève ici vous donneront envie de fouiller davantage les thèmes. Je vous rassure, il existe sur internet des tas de sites, de documents, et de vidéos beaucoup plus agréables que ma pauvre prose. Toujours est-il que vous êtes courageux, alors j'abuse encore un peu car je n'ai pas encore répondu à ma question de départ: que se passe-t'il aujourd'hui ?

 

La crise. C'est-à-dire la singularisation de crises, qui s'additionnent, se répètent, s'accélèrent, depuis maintenant presque 30 ans et clairement depuis 8 ans. Qu'est-ce que cette crise qui se nourrit de la crise ? Une dérégulation globale, un abandon politique, un appétit jamais assouvi des marchés ? Peut-être. Sûrement. Et pourtant je ne pense pas que cela soit la racine de nos difficultés. On est cependant assez nombreux à croire que les objectifs, faire des profits, étant toujours atteints, il n'y pas de raison que cela s'arrête. La moralité n'a rien à faire dans ce calcul là. On assiste, impuissants ou plutôt passivement, aux attaques des états par un système bancaire qui a été sauvé, à peine quelques mois plus tôt par ces mêmes états. Les états, c'est-à-dire les peuples. Car au final c'est le peuple qui paye. Comment le peuple dans son ensemble pourrait-il être en faillite en regard d'une frange marginale du peuple ? C'est une situation tellement stupide qu'il n'y a guère que le milieu de la finance pour le concevoir.

Il y a bien quelques indignés par ici, quelques mouvements de mécontentement par là, mais rien ne bouge vraiment. Les faits s'accumulent, des voix s'élèvent, aussi diverses que des économistes, des sociologues, des syndicats, des travailleurs de la santé ou de l'alimentation, des écologistes... tout converge mais rien ne change vraiment. Pourquoi laisse t'on ainsi reculer nos droits, nos « démocraties » ? Car il s'agit de cela. Une menace réelle, pire avérée, pèse et agit sur nos démocraties. On assiste déjà à des reculs majeurs de toute part. L'entrée en fonction d'un président Grec non légitime, car non élu par le peuple, ou encore d'un banquier à la tête du fond Mondial contre le VIH/SIDA, le paludisme et la tuberculose ne sont que quelques exemples flagrants. Quelque part, on ne sait pas trop bien où, on décide que les retraites de nos parents sont au-dessus de nos moyens et, sans aucune concertation sociale, on ampute allégrement ce droit acquis. On nous impose, ou plutôt nous nous imposons ces mesures d'austérité, sous le prétexte fallacieux de la crise, alors même que l'on sait depuis longtemps, et nous en avons la preuve en direct en Grèce, que cela ne change rien, et même aggrave la situation. Je repose donc ma question: pourquoi ne réagit-on pas face à ce couillonnage sans précèdent ?

Les hommes politiques, on l'aura compris, sont tout simplement incapables de penser autrement. Ils font, sauf rares exception, tous parti d'une seule classe sociale, la fameuse classe dirigeante inhérente à la république représentative. Par héritage ou par ascension sociale, qu'importe, ils ont tous assimilé un modèle de pensée duquel, sans remettre en question leur honnêteté, il leur est presqu'impossible de sortir. Pire, ils sont devenus complétement sourds à toutes les propositions qui ne cadrent pas avec le modèle dominant qui les gouvernent eux-même. Et nous, les dirigés, on a le même problème. Au fond on rêve toujours qu'un jour on aura un yacht amarré à Antibes. On a tellement peur d'avoir encore plus à perdre qu'on laisse partir des pans entiers de nos systèmes sociaux. Parce que, tu comprends, « nos parents ont vécu au-dessus de leurs moyens ». Je ne détaille pas le phénomène de la dette qui, en réalité, n'a strictement rien à voir avec les retraites ou la sécurité sociale déficitaires, mais il est remarquable de constater comme on a pu avaler une couleuvre pareille. Les médias ont évidemment tout à voir là-dedans mais en réalité on a tous à voir là-dedans. Car c'est de nous qu'il s'agit. De ce que nous décidons, de ce que nous acceptons. Ou pas.

Puisque tout s'accélère, et que rien ne semble en mesure d'arrêter cette logique infernale, que va t'il se passer ? D'ici quelques mois, quand les notes des états se seront toutes dégradées, que la « big-one » explosera sans que les états soient capables de revenir à la rescousse, nous arriverons, enfin, au point de rupture. Ce qu'il se passera alors est assez difficile à imaginer. Le plus probable historiquement, ce qui est aussi la plus sombre des prédictions, est un conflit majeur. Une guerre. Comme les guerres ne se font plus entre armées opposées – ce qui, en présence d'autant d'armes nucléaires, n'est pas si stupide que cela-, il est fort à parier qu'elle se fera contre des civils. On se trouvera bien un ennemi parmi nous, soyons confiant. Cela aura pour avantage de divertir les attaquants de leurs noirs quotidiens mais aussi, bien sûr, les attaqués. Quand je dis divertir je ne pense pas à amuser, mais plutôt à empêcher de penser. Histoire de prolonger encore un peu le bordel.

Une autre perspective existe pourtant. Elle nait d'un idéal, la démocratie, et semble prendre forme au travers de mouvements contestataires de plus en plus importants. Parmi ces concrétisations d'une nouvelle forme de pensée, le mouvement des Anonymous est très intéressant. D'ampleur international, il propose une vision apolitique – ce qui est faux en soi: c'est un mouvement très politique puisqu'il défend des idées; mais qui rejette l'étiquette politique, les dichotomies politiques qui nous gouvernent, en refaisant de la politique une préoccupation individuelle et quotidienne. Dans cette nébuleuse, un anonymous en vaut un autre et la liberté est la valeur centrale – à l'intérieur d'une communauté solidaire et créative. C'est déjà un bon début. Quelque chose d'autre est peut-être possible. Mais c'est difficile. Il faut réapprendre à penser la société. C'est un exercice tellement difficile qu'on pourrait le croire impossible. Et pourtant, il nous est offert de vivre un moment historique. Une fenêtre est ouverte sur la remise en question de notre modèle d'organisation sociale. Repenser la démocratie, évaluer ces failles, redéfinir le point central de notre vision – qui doit, à mon avis, redevenir l'homme. Quel défi! Pourtant, admettre les limites d'un système n'est pas si compliqué. Le communisme est tombé, pourquoi pas le capitalisme ? La monarchie est tombée, pourquoi pas la république ? Est-ce que la république est à ce point divine qu'on ne peut plus toucher à cette organisation ? Je ne le crois pas. Mais ce n'est pas à moi d'en décider.

Car c'est aussi cela que demande cette alternative: et si on réfléchissait tous ensemble, c'est-à-dire le peuple, à comment on envisage notre société ? Évidemment les grands perdants d'une telle remise à plat seraient aussi ceux qui ont le plus de pouvoirs actuellement, ils ne vont donc pas se laisser faire. Il va même falloir un sacré courage pour s'y opposer. Une chose est sûre cependant, le point de rupture s'approche à grands pas. Nous devons nous y préparer afin de le sublimer, d'en saisir toute l'opportunité – et non pas se contenter d'un « léger », bien que très violent, ajustage. Regardons ce que nous montrent les révolutions arabes. Les « révolutionnaires » ont chassé une dictature individuelle pour une autre forme d'asservissement dite républicaine, dont personne n'espère grand chose qu'un alignement de plus vers ce qui existe déjà et ne marche déjà pas ailleurs. Retenons l'Histoire pour ne pas la revivre. Franchissons ensemble ce pas grandiose vers une humanité devenue adulte. Au prix d'une difficile mais intense adolescence.

Nous préparer ce n'est pas accumuler les kilos de nouilles ou les lingots d'or. Mais plutôt penser au changement, commencer à élargir notre perspective, voir plus loin et plus grand, voir plus globalement les problèmes particuliers et individuels, relier les événements et rechercher les causes des causes. Échanger des informations, les communiquer, créer des tables rondes, des forums de discussion, ouverts à tous, quelque soit son origine, ses opinions politiques, son quotidien. Nous devons faire cela, et le faire assez vite. Car cette fenêtre sera finalement assez courte et on pourrait bien en reprendre pour 50 ans.

Se recentrer, enfin sur le but – le bien-être humain si l'on en croit les droits de l'Homme de, justement, 1789 - et non pas les moyens, par exemple la république représentative.

 

 

 

07/01/2012

Pourquoi je n'irai pas voter

pour un candidat à la présidentielle Française en 2012

 

Il y a un an environ, j’entendais pour la première fois cette phrase terrible et sans issue : « Tout pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument ».  Un vrai piège à cons, dans toute la splendeur de ma définition personnelle du piège à cons. Un piège incroyablement fort par son évidence et dont les conséquences sont presque vertigineuses. Car enfin, l’Histoire dont nous sommes les contemporains  s’inscrit justement dans une crise majeure des pouvoirs en place. Crise financière bien sûr mais surtout crise politique.

Dans un bref retour sur ces 30 dernières années, nombreux sont les exemples d’un mécanisme qui s’est imposé, d’autant silencieusement et sans contestation qu’il a rapidement touché les médias, dans tous les secteurs, de quasi toutes les sociétés. Le modèle capitalisme, que la psychotique guerre froide a opposé comme unique alternative au défunt communisme, c’est en effet diffusé dans toutes les sphères de la société, et donc de pouvoirs. La mécanique du chiffre, qui réduit l’humain à des équations basées sur le profit à court terme, est devenue maître. Dans le secteur de la santé, les années 80 ont été marquées par la première vague de crises liées aux conséquences des chocs pétroliers. Les pays du Nord, grâce à leurs systèmes sociaux plus robustes, ont, à l’époque, bien mieux résisté aux diverses injonctions économiques, entre autres aux fameux Plans d’Ajustement Structurels de la Banque Mondiale, que les jeunes états du Sud. L’effondrement de tous les systèmes sociaux au Sud, de celui de la santé, comme ceux de l’éducation ou de la justice, a inexorablement conduit à une accélération de la pauvreté, de la mortalité, des violences sociales, de la perte de la notion même d’état de droit dans les pays les plus fragiles. Cette situation n’étant évidemment pas économiquement favorable, la boucle est finalement tant et si bien bouclée que l’augmentation massive et continue de l’aide internationale n’y change presque rien. Les populations du Sud continuent à mourir et à souffrir. Quelle leçon pour nous ! Une leçon si évidente qu’elle est passée presque sous silence : les lois économiques telle que définies dans le modèle libéral sont absolument incompétentes vis-à-vis de la régulation sociale. Une leçon loin d’être nouvelle, le premier big one auquel on est eu affaire date d’un certain jeudi noir 1929. Mais l’homme a la mémoire bien courte car toutes les mesures de régulation économique de cette époque ont littéralement fondues sous la pression néolibérale de la fin du siècle. 1929, rappelons-nous en, avant qu’il ne soit trop tard. Reprenons rapidement les rênes avant que certaines idéologies ne nous refassent le coup si cruel de la guerre comme remède à la dépression économique.

Aujourd’hui, le monstre économique est toujours plus affamé et ne connait plus de limite[i]. Il n’y a plus ni contre pouvoir des circuits conventionnel de l’information – maintenant on comprend que les émissions lobotomisantes de TF1 n’ont pas seulement eu comme conséquence de nous vendre plus de coca- , ni régulateur politique qui soit encore en mesure de prendre les bonnes décisions - celles qui pourraient nous éviter le désastre qui se dessine maintenant clairement. Comment les politiques, les hommes politiques peuvent-ils, à cette heure encore, prendre des décisions qui vont si évidemment à l’opposé du bon sens ? Parce qu’ils y ont un intérêt personnel, humain. Et voilà que le piège à cons nous revient. Le pouvoir corrompt. L’homme, souvent éduqué, parfois réellement motivé et intègre, qui arrive au pouvoir est finalement, à très moyen terme, corrompu par lui. Les échéances électorales en elles-mêmes contiennent le germe de cette corruption : dans un cadre où les hommes politiques sont des professionnels, on ne peut qu’assister à une frénésie du mandat, à une vision réduite sur 5 ans maximum, à certaines malhonnêtetés intellectuelles ou pire, liés au besoin de se faire réélire. Pire encore, les professionnels de la politique sont pervertis eux-mêmes par cette profession. Caricaturalement c’est un homme, blanc, de 50 ans, ayant été à l’ENA. Ils ont finalement tous le même modèle de pensée, dans lequel ils baignent en permanence et ne peuvent donc apporter d’idées nouvelles. La voix du plombier, celle du médecin, de l’instituteur, de l’étudiant finissent dissoutes dans des cerveaux préprogrammés à  voir le monde d’une façon particulière. Les Chavez sont bien rares et l’on ne peut que constater la désertion politique et le manque de courage qui finit par aboutir à la démonstration la plus flagrante que le pouvoir n’est plus aux mains des peuples ou de leurs élus : la chute des gouvernements « démocratiquement » élus (Grèce, Italie…) en faveur d’hommes de paille, appliquant encore et toujours les mêmes recettes désastreuses.

C’est grâce à Etienne Chouard, dont je ne peux que recommander l’ensemble des vidéos, que j’ai entrevu pour la première fois la lumière hors du piège à cons dans lequel nous sommes tous empêtrés. Cette solution est contenue dans le mot aujourd’hui galvaudé de démocratie. C'est-à-dire non plus la république représentative,  qui est à l’origine de toutes ces distorsions mais le pouvoir dans les mains du peuple, en continu, la fin de la profession « d’homme politique ». Le système du tirage au sort m’apparaît le seul moyen équitable et juste de créer des groupes de travail capable de porter la voix de tout à chacun, à la fois sur les grands principes mais aussi sur les petites décisions locales. En épidémiologie, les études dites randomisées sont les plus fiables car elles garantissent la représentativité de l’échantillon. En politique, il est impératif de remettre cette règle d’or au centre des dispositifs de régulation afin de sortir de l’asservissement de nos maîtres modernes : les élus qui sont eux-mêmes au service des dirigeants de la finance. Remettre le citoyen au centre des décisions, et laisser les énarques faire leur boulot, c'est-à-dire être des fonctionnaires, au service de l’état, donc du citoyen, contrôlés et avec des pouvoirs limités à une fonction stricte- qui n’est pas celle de faire des lois par exemple. Je n’irai donc pas voter car je refuse maintenant de valider par ce geste un processus qui ne me convient décidément pas et qui a maintes fois démontré ses limites.

Les années que nous allons vivre ensemble seront formidablement bouleversantes, qu’on le veuille ou non. C’est une chance sans pareil de reprendre nos destins en mains. L’appareil économique est sur le point d’imploser. La Chine se prépare à l’effondrement de l’Europe tandis que les maîtres de la finance se dépêchent d’engranger un maximum de profits avant explosion. Mais nous, le peuple, les fameux 95% qui nourrissons, soignons, éduquons, conduisons ou servons les 5% les plus riches, nous pouvons encore résister à ces grands plans qui se font sans nous. Nous pouvons profiter de cette chance historique de non pas se contenter d’abolir un système économique profondement injuste mais aussi de revoir profondément la distribution des pouvoirs, telle que le mot « démocratie » veut le dire. Le pouvoir temporaire, sous surveillance, indépendant du pouvoir économique ou judiciaire.

Nous avons cette chance, saurons-nous la saisir à temps ?

 


[i] Je ne reviendrais pas ici sur l’ensemble des mesures qui ont finalement donné libre cours à l’appétit économique de quelques nantis. Les sites d’information sont maintenant nombreux. Retenons tout de même le scandale de la dette publique et de la création monétaire comme exemples flagrant de décision à l’opposé du bien général.

22/05/2011

Internet Vincere Tenebras

 

Ou quand les peuples changèrent d'arme:

http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2011/05/21/sarkozy-expu...


(Indignons-nous!)


Anne.


21/03/2011

Histoire de démocratie

Fait surprenant, les électeurs d'extrême droite, tout pays confondu, sont ceux-là même que l'on attendrait plutôt à gauche: les couches dites défavorisées, les pauvres, les démunis du point de vue socio-culturel et socio-économique. Le point intéressant est que ce sont justement ces couches défavorisées qui ont grand besoin de la démocratie pour être soutenus et intégrés dans un monde d'où ils sont exclus, le monde de la réussite et de la prospérité, l'univers de la santé et du bien être. Or, via des discours simplistes, hautement assimilables par les populations auxquelles il s'adresse, le populisme de droite prône une forme de totalitarisme, à l'opposé exact de la démocratie.

La véritable démocratie n'est pas la dictature de la majorité. C'est la garantie que chaque voix de citoyens soit entendue, représentée équitablement, soutenue par l'ensemble des communautés dans ses difficultés ou opinions particulières. La montée des extrêmes droites à l'échelle de l'Europe est probablement le signe d'un échec démocratique. Nous avons échoués. Nous avons crée des systèmes politiques dirigés par des élites, éloignées des gens qu'ils sont sont censés représenter. Cet éloignement n'est pas juste physique. C'est un gouffre de pensée, d'information, d'écoute, de participation citoyenne.

Pourtant, il n'est peut-être pas encore trop tard pour panser, et repenser, la démocratie. Les changements capitaux auxquels nous sommes et seront confrontés (fin de la période consumériste massive, pour des raisons autant écologiques qu'économiques, mondialisation des phénomènes dont l'émergence de réseaux sociaux puissants...), nous impose une réflexion en profondeur. A commencer par l'affirmation de ce que l'on attends, de nos orientations, des choix et des critères de choix, des fondations même de nos sociétés, y compris de l'ancrage à la démocratie et de son expression.

 

10/10/2010

Pourquoi régionaliser les soins de santé est une hérésie ?

Commençons par une petite histoire. Découvert en 2005 après les travaux de Harald zur Hausen sur le lien entre l'infection par le virus et la fréquence de cancer du col de l'utérus chez la femme, le vaccin contre papillomavirus a été commercialisé depuis 2008 en Europe.

Les politiques de santé publique ont divergé quant à son mode de distribution (obligatoire ou non, en médecine scolaire/chez les généralistes...) et de remboursement (gratuit ou non, avec ou sans consultation). Ainsi, en Belgique, la Flandre, qui a décidé tout de suite d'une vaccination obligatoire et gratuite, a opté pour l'appel d'offre et obtenu un prix de 80% moins cher que son voisin wallon. En effet, dans le même temps, la Wallonie décidait de mettre l'accent sur une autre problématique: le dépistage du cancer colo-rectal (dont l'ampleur est indéniablement comparable à celui du col de l'utérus). Dès lors, n'ayant plus les budgets pour la financer à la mode Flamande et émettant des doutes sur l'efficacité et l'innocuité du vaccin, la communauté française a opté pour une vaccination simplement recommandée et faite par les généralistes. Les jeunes filles francophones doivent donc débourser 32 euros (vaccin + consultation) alors que leurs camarades Flamandes le reçoivent systématiquement et gratuitement. Pire, cela coute finalement à l'INAMI , c'est à dire  l'ensemble des affilié Belges, 339 euros pour une vaccination francophone contre 60 euros pour une vaccination flamande.

Je ne rentrerai pas ici dans les détails de la pertinence d'une vaccination obligatoire, de son coût d'opportunité, ni de son impact réel ou supposé sur l'incidence du cancer du col de l'utérus chez la femme et des débats autour de décès supposés en lien avec le vaccin.
Je ne veux pas d'avantage déguster avec vous le croustillant système politique Belge et les interrogations raisonnables sur l'impartialité des choix compte tenu des intérêts personnels de certains décideurs.
Tout cela serait fort distrayant et pourrait faire l'objet d'articles particuliers, cependant mon petit exemple se veut d'introduire le modèle Kiwi. En effet, en écartant momentanément la discussion légitime autour des choix de priorités de santé, il est remarquable que la Flandre ait obtenu un rabais de 80% du prix grâce à sa stratégie de l'appel d'offre. Compte tenu que la première raison d'être d'une entreprise pharmaceutique est la rentabilité, il est logique de penser que malgré ce prix à 20% du Gardasil® , l'entreprise américaine Merck & Co fait encore des bénéfices.
Personnellement, et cela n'engage que moi, je considère que ces 80% de marge supplémentaire fait en Wallonie ou en France (prix français: 135,59 euros) sont tout simplement du vol. Mais peut-on réellement attendre de l'éthique d'une entreprise privée ? Une alternative existe: tenir compte des règles du jeu de l'économie libérale et faire jouer la concurrence. C'est ce que propose le modèle néo-zélandais KIWI. Pour chaque molécule commercialisée, l'état néo-zélandais fait un appel d'offre. Seuls les produits ayant les meilleurs tarifs sont alors remboursés. L'état néo-zélandais incite donc à la consommation d'un produit tout en conservant la liberté de choix thérapeutique individuelle (car les autres molécules restent en vente) mais surtout il assure l'ajustement des prix au plus juste pour les fournisseurs comme les acheteurs. Ce modèle est en cours de mise en place aux pays-bas et actuellement en discussion en Belgique et en France (on estime que l'économie pour un pays comme la Belgique serait de l'ordre du milliard d'euros par an). Cela paraît tellement évident qu'on se demande même pourquoi on n'y avait pas songé plus tôt.

En poussant le raisonnement à peine plus loin, on se rend rapidement compte qu'un tel système devrait logiquement s'appliquer au niveau Européen. Imaginez les économies d'échelle que l'on ferait sur des commandes faites au niveau de l'Union. Le volume commandé permettrait alors à la fois de négocier au plus près les tarifs mais aussi de mieux gérer les besoins/demandes fluctuants, les péremptions, les ruptures locales de stocks, les « urgences » et (alerte à) épidémie ... (nous avons encore tous en mémoire le très juteux et scandaleux épisode de la grippe H1N1, par exemple)


Pour conclure, et dans un esprit d'élargissement de la pensée, je suis convaincue qu'un rattachement rapide et organisé des trois piliers que sont la santé, la justice et l'éducation à l'actuelle mise en place d'une Europe sociale nous offrirait équité et efficience.
En effet, pour ne rester que sur le domaine de la santé, comment ne pas tenir compte des économies mais aussi de la cohérence de politiques que l'Europe pourrait garantir à ses citoyens ? Qui croit encore que le nuage de Tchernobyl ou quelconque pollution, virus, bactérie... s'arrêtent aux frontières ? Un large panel de déterminants socio-culturel de la santé est commun aux populations de l'Europe: comment des politiques locales parfois si contradictoires et si antagonistes pourraient-elles aboutir à des impacts positifs sur des communautés sans cesse en mouvement ?
L'Europe de la santé engage(rait) les systèmes de santé locaux dans une perspective de collaboration, de mise aux normes, de protection élargie et cohérente pour ses citoyens, la garantie d'équité et de traitement équivalent d'un bout à l'autre de l'Union. Évidemment, au même titre que n'importe quelle autre harmonisation, cela demande débats et compromis (je pense ici aux accords de Barcelone pour l'enseignement supérieur et les débats déjà houleux dans cette première étape d'une Europe de l'enseignement). Chaque acteur des complexes systèmes de santé (que nous sommes tous à différents niveaux: consommateurs, payeur, professionnels de la santé, décideurs...) doit aussi y trouver son compte: une sacrée gageure, en somme, mais qui en vaut certainement la peine.





WWWgraphie:

1) Même si je suis en désaccord avec le titre: «C'est l'histoire d'un vaccin qui coûte cinq fois moins cher en Flandre. Elle illustre à la perfection comment défédéraliser appauvrit les francophones.» car pour moi ce sont, au final et dans une vision plus globale, toutes les communautés qui s'appauvrissent, je vous recommande ce court article

2) Le smodèle KIWI:
http://www.vbs-gbs.org/lms/ms2006/ra2005/ra2005-07.asp

http://web4.ecolo.be/?Medicaments-chers-elargir-le

 

 

02/01/2010

Petite explication de texte: mode coup-de-gueule ON.


A l'occasion des voeux présidentiels que Mr Sarkosy a adressé à la nation française le 31 décembre 2009, j'ai relevé, parmi les fausses vérités et les vrais mensonges ("...jusqu'au sommet de Copenhague qui n’ait ouvert une porte sur l’avenir en parvenant à faire prendre par tous les Etats des engagements chiffrés de lutte contre le réchauffement climatique.") qui tissent ce reseau d'insanités, cette petite phrase:

"...relever le défi de la dépendance qui sera dans les décennies à venir l’un des problèmes les plus douloureux auxquels nos familles seront confrontées."

Pour une fois, c'est assez clair. La politique de santé publique que Mr Sarkosy veut mettre en place pour faire face aux problèmes du papy boom (qui commencera dans 2-3 ans et finira dans 30 à 40 ans), s'axe sur... les familles. La solidarité a ses limites, de son point de vue, et plutôt que de mettre en place des solutions (douloureuses, il est vrai, et demandant un certain courage politique) pour anticiper ce virage démographique sans précédant, l'état propose de venir en aide aux familles. Et non, de prendre en charge les dépendances.

En bref, si vous avez des parents, ou pire des grands parents, en bonne santé, ne vous réjouissez pas. Commencez plutôt à épargner pour leur venir en aide quand ils ne le seront plus... ou, plus cyniquement, l'année prochaine, offrez leur un saut en parachute, une semaine de cardiotraining intensif, ou un séjour dans le service de pathologies infectieuses de l'hôpital de la Salpetrière... Une hécatombe inopinée de tous les plus de 55-60 ans pourrait soudainement justifier cette politique de l'autruche.


Mais, ce qui me fait le plus marrer, je dois bien le dire, c'est cette conclusion terrible:

"Face à l’isolement, face à la solitude, si répandus dans nos sociétés modernes, je souhaite que 2010 soit l’année où nous redonnerons un sens au beau mot de fraternité qui est inscrit dans notre devise républicaine."

Après l'égalité (très récement la taxe carbone pour ne citer qu'un exemple), et les libertés...  la prochaine redéfinition Sarkosienne sera celle de: la fraternité. Carrément. Ha! Qu'est ce qu'on va bien s'amuser en 2010!


*mode coup de gueule: OFF*


30/09/2009

Les grandes blagues de l'administration, suite.

Dans la longue liste des aléas administratifs que l'on peut subir dans une vie, aujourd'hui je propose la carte communale Belge. L'histoire de la carte communale Belge commence le 1er décembre de l'année dernière, date de mon arrivée officielle dans le pays et donc la commune. Renseignée par internet, je me présente au bureau communal avec tous les papiers nécessaires pour obtenir ma carte de résidente. Première déception: après 30 min devant le guichet qui distribue les tickets d'attente pour les bureaux, l'employé me donne simplement un rendez-vous, avec la liste des documents que j'ai justement en poche. Comme c'est le 1er décembre, bientôt les fêtes, la clôture annuelle et toute sorte de contre-temps qu'un bureau administratif subit en fin d'année, mon rendez-vous est pour la mi-janvier. Évidement, ce n'est guère facile de travailler, d'avoir une assurance ou une mutuelle sans numéro national. Je me rends donc entre temps au bureau de l'assistante sociale, qui je le reconnais, m'accueille, me renseigne et prends en charge mon problème aussi rapidement qu'efficacement. Le bureau de l'assistante sociale reste un de mes grands classiques, expatriée ou non. Je signale donc à toute personne en difficulté, même basique, que c'est Là, et nul part ailleurs, qu'on s'occupera de régler leur problème rapidement. D'ailleurs pour le dit bureau social, je suis une bulle d'oxygène: ma situation est on ne plus simple, claire, documentée, légale. J'ai donc mon numéro d'immatriculation assez rapidement, ce qui me permet de vivre dans ce monde où nous devons être fiché pour exister.

Mon dossier communal, lui, est, comme je l'apprendrais bien plus tard, pris en considération mi-février. Officiellement, donc, je suis en demande d'enregistrement le 19/02/2009, c'est à dire plus de 2 mois et demi après mon arrivée. Mais cela n'est pas encore fini. Il faut que la police communale passe à mon domicile pour vérifier que je suis bien là. C'est à dire d'abord que la commune contacte la police, ce qui prend un certain temps, comme m'indique le policier que j'ai en ligne après 4 mois d'attente. Puis il faut que la police passe un jour où je suis chez moi. Ce qu'elle fini par faire, en juillet. Un matin où j'ai travaillé la nuit précédente, je reçois donc, en peignoir et tête explosée, deux charmants agents auxquels je réponds, et explique, et souris poliment, et signe en bas à droite. Sauvée ? Pas encore. Fin août, je reçois, enfin, la convocation de la commune. Je dois passer entre 8h et 13h en semaine pour signer mon dossier. C'est pas simple de trouver une matinée de libre, et surtout je dois m'y reprendre à deux fois car se présenter à 10h ne laisse aucun espoir de passer avant 13h. Tout de même, fin septembre, j'accède au guichet sacré. Nouvelle déception: on ne me donne pas ma carte de résidente mais on me demande ma signature officielle et 14 euros... pour être finalement invitée à venir retirer ma carte dans... 3 semaines, au plus tôt. Toujours entre 8h et 13h, donc revenir à 7h45 et revoir la foule présente se mettre à courir vers les bureaux sitôt la porte ouverte. Oui, courir, carrément, et finalement, je comprends fort bien pourquoi on cours dans ces couloirs de la folie bureaucratique. Évidemment, au cas où ma démarche serait (encore) urgente, je peux m'acquitter de 174 euros et obtenir ma carte dans 4 jours. De toute façon, la photo que j'ai fournie il y a 9 mois maintenant n'est plus standard. Heureusement j'ai à ma disposition une photo qui convient, en un aller-retour chez moi je m'épargne un ou deux autres mois d'attente.

In fine, donc, je devrais obtenir ma carte de résidente Belge presqu'un an après mon arrivée officielle. Un an! Heureusement que je suis citoyenne Européenne, que j'avais un bail légal à présenter et un travail. Je n'ose pas imaginer le parcours de l'immigrant hors EU sans travail ni domicile.

La médaille d'or de la lenteur administrative revient incontestablement aux Belges.

 

Ne croyez pas que je leur en veuille particulièrement: la 1ère place de l'incohérence administrative reste toujours attribuée aux Suisses qui demandent, lors d'un changement de canton, d'avoir une adresse dans le dit canton pour obtenir un permis de travail. Or, pour obtenir un bail, donc une adresse, que faut-il ? Un permis de travail du canton.

Quant aux Français, je n'ai pas le courage, là, tout de suite, d'écrire le livre noir des débilités que l'état, c'est à dire nous, inflige à ses citoyens, c'est à dire nous, aussi.

Je crois que je ne me lasserai jamais de ces petits faits divers qui, reconnaissons-le, nous occupe, nous donne un but, une raison d'être. Un sens, carrément. Oui, un sens à nos vies si primitives que l'on s'imagine parfois que nous pourrions nous passer de tout cela. Nous, pauvres ignorants, pauvres naïfs, qui respirons sans comprendre les intérêts supérieurs de nos nations. Amen.

 

30/09/2009

 

16/07/2009

Depuis que argent est devenu un verbe d'action.

 

Mes clients font, en moyenne, moins de 2kg. En euros/kg/min, mes prestations sont très bien payées. Pourtant, en cette veille de vacances, je peux dire que je les aime tous, pour ce qu'ils sont, chacun à sa manière - celui qui paye le projecteur, les triplés qui assument le loyer, le joli métis qui offre les billets de train... Je suis une sorte de nanny-girl qui peut se permettre d'aimer le consommateur. Je dispense ma tendresse, allègrement, en calculant les bénéfices tarifaires. Un biberon, par exemple, me rapporte autour de 8 euros. On peut rajouter quelques sourires, pour 8 euros. Et même un p'tit câlin ou une caresse sur le dos. Je suis payée pour prendre soin, substitut maternant, geisha pédiatrique à l'art délicat non dénué d'esthétisme. Je suis artisan du détail, je loue mes mains et leur savoir faire, mon corps et mon attention, à ces gosses que j'aime, sous toutes les coutures, pendant 11h, 3 ou 4 nuits par semaine.

 

Juil 09

 

03/07/2009

La révolte des canines.

 

Ce matin j'ai fait mes courses. Depuis 2 jours, mon frigo est la parfaite illustration d'une crise de l'offre nulle sur la demande insistante. Part de marché à la baisse, clientèle perdue, récession du ventre qui cri famine, émeute devant le corps éventré du paquet de pâte. Le peuple des tubes en colère, j'ai dû me résoudre à prosterner ma carte de crédit devant l'autel du dieu abondance. Or, quand je me suis enfin décidée, j'avais faim. Il ne faut jamais faire les courses le ventre vide, c'est bien connu, mais, crise oblige, j'ai suivi les priorités. J'avais faim, cela n'a fait qu'empirer le long du chemin. J'avais envie de mordre, de croquer, de dévorer, d'arracher. J'avais une faim de dents de loup, une faim d'écorce, de cuir, de sable. J'aurais mangé les murs et les toits. Et qu'ai-je trouvé au supermarché alimentaire ? Du mou, du liquide, de l'eau surgelée. En conserve, en poudre, au rayon boulangerie et à la boucherie. Du yaourt au fromage, la viande hachée, les petits pains au lait, les crèmes, les raviolis et les saucisses, la lessive liquide, les jus de fruits encore plus doux que les jus de fruits, les boissons énergisantes. Du mou ! De l'eau ! Une table entière de pâtés dégoutants ! Ecœurant. De la bouffe pour neurasthéniques complaisants, du pré-mâché et même du pré-digéré. Du déjà vécu, mort et en voie de décomposition. Des charognes sous film plastique. J'ai eu froid tout à coup dans ce complexe mortuaire, ou était-ce juste l'air climatisé ? J'ai pressé le pas vers la vie chaude et épaisse.

Ce soir mon frigo est plein. Des glaces triple chocolat, du beurre salé. Et j'ai toujours faim. Je pense attaquer le plancher avant le petit matin.

 

 

 

 

06/06/2009

Entre Sisyphe et Danaïdes, il était une fois la chute.

 

J'allais dire la naissance, mais à bien y réfléchir c'est plus tard que commence le vrai bordel. Avant, l'enfance, c'est souvent des bleus aux genoux qui tassent les vertèbres. Pour moi, en tout cas, ça a commencé après. Peut-être à l'école, ou au boulot. Bref, à un moment t'es dedans avec ce que tu crois savoir et ce que tu sais croire. Les parents, les enfants, l'amour. La thune. Y a toujours un truc qui vient te rappeler ta situation précaire. Avec ce que tu crois et sais dans le sac, tu rempli tes agendas dans la possibilité d'un avenir proche. Ne pas oublier, tu sais, ce que tu crois. Les jours s'accumulent et disparaissent en laissant une trace. De l'encre. De l'ancre. A ce que l'on sait, je crois. Y en a plein nos étagères de courses folles, entre deux obstacles. Du vent, voilà. Du vent sur des sables colorés. Des châteaux pour marée très basse et singulière. Bien alignés, sur les rivages de nos agendas Moleskine tue-merveilleux. Chronométré, comptabilisé, compensé, établi. Objectiver l'équation de chaque volute des grains de mica. Tout ça pour limiter l'effondrement de la tour nord, siège du surmoi, et l'affaissement du donjon emprisonnant nos ça. Chaque vague un peu trop forte vient faire chanceler le petit coquillage qui fait office de fenêtre. De l'encre en plâtre, du blanc dans nos cerveaux. Le cœur bat un peu vite mais bien régulièrement pour son âge préhistorique. La foi est de taille normale. Les yeux cernés. A un moment, donc, on colmate, tant bien que mal, parce qu'on nous avait pas prévenu, on savait pas, on croyait pas. Que ça allait être le bordel. Tout le temps.

 

decoration

- Il faut imaginer Sisyphe heureux - Gilbert Garcin. 1996

Merci Milady.

18/01/2009

Arts ménagers.


Un truc aussi con que du papier toilette. Je crois. Ou du liquide vaisselle. C’est la même chose. Une multiprise, donc. Pour le frigidaire. Et la bouilloire. A côté du cendrier en verre. Utile, le cendrier. Et joli. Des rideaux. Depuis quelques semaines, je suis La ménagère de moins de 50 ans, digne de ce nom. J’ai même une balayette. Oui. Je vais faire mes courses, je lave la vaisselle et le linge. Je monte des meubles Ikéa. Je fais de la soupe. Parce qu’il fait froid. En plus. Heureusement j’ai mes jolies bottes. A côté de ma penderie. J’ai retrouvé plein de robes. L’envie de les mettre était dans le même carton. Et mon disque dur. Ha ! Le disque dur ! Une boite à souvenir de 500g, un vrai choc. Un caillou en forme de cœur, des cartes postales, des images, des tickets d’entrée et d’avion, un porte-clé, une tasse fraternelle, des photos, des adresses, des bons de réduction, des agendas, des bijoux, ma boite à bobo, mon vibromasseur, une collection de bas, du vernis à ongles, une trousse à couture, une mallette de bricolage, 534 stylos, 67 crayons de couleurs, 9 gommes, 142 trombones, 3 taille-crayons et une agrafeuse. Ouais, du sucre candi, ça a commencé comme ça. Je crois.

 

18 janv.-09

 

02/12/2008

Un chez moi

 

 

J’arrive dans l’appartement encartonné. D’un côté mon tas, compact. Et le vide autour, ou presque. Je pose mon sac et je ressors. Des courses à faire, justement à l’autre bout du quartier. Mais je reviens, après les courses. Je cherche mes enceintes pour meubler l’espace. Le tas de cartons et moi, on a des trucs à se dire. Je commence donc par le lit. Il manque une des 4 vis fondamentales, ça commence bien. Ha ! Non, en fait il manque toutes les vis des 4 meubles que je trimballe. Je déballe donc le reste au hasard. Pas d’autre logique que la chronologie brute des cartons. Au fond d’un sac, je retrouve la dernière vis du lit, une bonne surprise. Je recherche toujours les autres, si vous les croiser en route, merci de leur indiquer l’exact chemin. Et puis commence la série des premières fois. La première douche. Le premier café. La plus grande vaisselle de toute ma vie : toute la vaisselle. Temps estimé d’exécution : une semaine. La plus grande lessive de toute ma vie : tout le linge. Temps estimé d’exécution : 6 mois. Je veux mettre des rideaux, il manque les petits bidules en forme d’escargot. Je veux déballer mes fringues, pas d’armoire : j’étale sur la table. Et puis, vient le grand matin du jour des courses : les brocantes, le magasin de futon, celui de chocolat. Je vise les priorités. Et puis, vient le grand moment des courses dans le grand magasin. En fin d’après-midi comme il se doit. Un instant de malaise devant la queue à la caisse, mais je gère à l’aise. Je rentre vite fait avec ma bouteille d’huile et mon papier toilette. Tout à coup l’appartement horizontal, entendez : tout à même le sol, me paraît amical. C’est chez moi après tout. Café, chocolat et repartie pour une tournée de vaisselle. J’hyperactive contre le froid. Les emménagements c’est très excitant de tâches ménagères et de grandes découvertes. La colle, par exemple, peut très bien se conserver 2 ans au fond d’un carton et s'étaller partout à l'ouverture. J’aurais pas parié sur ça il y a deux jours.

Donc voilà, c’est officiel. C’est arrivé juste en rentrant des courses. Un chez moi. Mine de rien, j’investis un lieu comme repère. La fin d’une époque de vagabondage.


16/04/2008

Ha ! Le petit vin blanc…


Après 2 jours de voyage, quelques heures d’embourbement, un vol sur une compagnie black-listée, je suis à Kinshasa. Le chauffe eau est vide, la douche chaude sera pour demain. Je file rejoindre les autres pour une sortie. On m’emmène dans un bar « d’expat ». Du blanc et du hard-rock, de la fumée dans le lieu bondé et surchauffé. La caipirinha et le joint me tourne la tête, je dois sortir. Je ne supporte plus la foule. Je suis à la limite de ma tolérance humaine. Je me réfugie dans le jardin, devant la piscine illuminée, à l’écart des couples qui se bécotent dans l’ombre. Les collègues ne comprennent pas bien. J’explique en rigolant « La brousse, ça rend un peu bizarre ». La brousse à bon dos, en l’occurrence je suis une femme bizarre, généralement. Toujours est-il que demain je suis à Paris, va falloir assumer.

Arrivée dans la capitale, mon sac à dos est explosé. En voilà un qui refera pas le voyage retour. Dans le train,  je vois le paysage défiler, pendant un instant c’est comme à travers un écran télévisé. Je vais me retourner et être en lieu sûr, à Lubutu. Je vais entendre les oiseaux et les bruits du silence de la brousse. Un instant seulement je vois étrangement les paysages de banlieue. Je vois les paysages urbains étrangers. Et puis juste après, je suis là, à Paris. Chez moi. Chez moi ? Où c'est déjà ? Ha! Oui, en Europe, parmi  les Européens, dans des trains. Arrivée à l’hôtel, je file dans la baignoire brûlante. Un petit miracle, en soi. Ce soir on se gave de fromages, baguettes, pizza, vin rouge et pâté. Bon sang, que c’est bon !

Au petit matin, je prends le métro dans la lumière blafarde des réveils hagards. En passant sur le pont suspendu au-dessus des voies ferrées, le train s’arrête. Coupure d ‘électricité. Juste là, en face de la gare du Nord. Suspendue sur les rails. Dans un train au-dessus des trains. Quelques secondes encore. Et puis tout revient : la lumière électrique, le mouvement. Pourtant quelque chose a changé. Je me retourne pour vérifier. Non, tout semble à sa place. Quelle que soit la place, tout semble normal. Et pourtant. Ça se résume à ça, quelques secondes dans des trains. C’est pathétique. Et pourtant. Quelque chose a changé. Quelque chose. A changé.

Ce soir, j’écris. J’ai des envies d’écrire comme d’une glace citron. Pour me rafraîchir. Parce que c’est pas la saison. J’ai des envies d’écrire, comme une obsession. Ce soir, je bois un petit vin blanc pas dégueu pour me rappeler comme c’est bon. Et pourtant. Pourtant.

 

03/10/2007

London Stage – II – “Big Brother c’est nous”.

 

Londres est une ville particulièrement cosmopolite.

Londres est  une ville de liberté;  Londres est une capitale du capitalisme, Londres est libérale.

Est-ce pour cela que Big Brother est si présent ici ? La liberté n’est elle tolérable qu’au prix de la haute surveillance ? En tout cas les sociétés de CCTV doivent avoir une bonne santé sur le marché Anglais. Pas moins de 7 caméras dans chaque bus, un nombre incalculable dans les stations de métro. Combien de ces yeux croise-t’on encore dans la rue, sur les avenues du centre, sur les toits des voitures de police patrouillant dans Hyde Park, dans les magazins, les ascenseurs, les tunnels ? Combien de fois ma bouille entre-elle dans le champ de vision de je-ne-sais-qui chaque jour ?

Oh, bien sûr, il y a eut les attentats bien qu’intrinsèquement cela explique assez mal cette réponse particulière si l’on compare avec d’autres pays aussi victimes des fondamentalismes de tout poil. Mais, tout de même, cet appel  à la surveillance citoyenne - “trusts yours senses”- va jusqu’au volontariat dans la police –“a unique and exciting expérience”! Carrément!   Les appels à témoins affichés dans les rues, les dénonciations sur numéros gratuits. Rien de bien nouveau dans mon parcours Européen, je le confesse. Mais il règne ici comme une sale odeur de surveillance du voisinage. Qui es-tu ? Que viens-tu faire ici? A quelle heure rentres-tu ? Qui fréquentes-tuIl faut pouvoir montrer réponse blanche si l’on veut vraiment entrer.

Je n’irai pas jusqu’à affirmer une naïveté depuis longtemps perdue vis-à-vis des systèmes panoptiques. J’ai vu la France et la Suisse, j’en ai retrouvé en Belgique et bien sûr ici même, sur le web. Je vous fais le pari que c'est partout pareil. Une bouteille de Veuve Cliquot rosé à qui me trouve un endroit ou l'auto-surveillance des habitants ne s'applique pas (c'est pas bien cher payé pour le paradis perdu dont je vous cause, mine de rien). Les systèmes panoptiques, donc, c’est pas bien nouveau me direz-vous. Quelques siècles de mise en place et pas mal de gens bien plus intelligents que moi à réfléchir sur la question. Pour ceux-là qui auraient oublié comment fonctionne la vie en communauté, je renvois au fameux  Surveiller et punir”,de Michel Foucault (1975). Certes, je mentirai en cachant que j’ai déjà experimenté ce penchant humain – quoique dans ma jeunesse, ethnocentrique comme tous les français, j’ étais persuadée que ce vice était une particularité de mes concitoyens; heureusement j’ai ensuite pu rassurer mon ego par le constat simple d’une sorte d’universalité du processus.

Ce qui me fascine aujourd’hui, ce que me révèle Londres, c’est ce paradoxe entre le libéralisme ferme et résolu d’une nation, et la force de la surveillance qui s’y applique – chaque anglais se sent réellement concerné par le “problème”, c’est à dire par la vie des autres. J’ai peine à croire que cette disposition à s’intéresser scrupuleusement aux activités du voisinnage date seulement de quelques dizaines d’années de terreur/terrorisme – ce que pourtant tout ceux auxquels je pose la question me promettent. A vu de nez j’y verrais l’empreinte d’une rigidité victorienne, mais c’est vrai que mon nez est aveugle.

Un pas encore et j’irai même jusqu’à penser que peut-être l’effort à fournir pour se conformer à la vie en société n’est vivable que si l’on s’assure bien qu’on n’est pas les seuls cons à se faire chier à sortir les poubelles à l’heure. Enfin, bien sûr, avec des pas on fait vite des raccourcis vers l’inhumaine organisation des sociétés modernes, ce que bien je ne me permettrai pas, les raccourcis intellectuels c’est pas toujours très bons.

Il parait tout de même que certains poètes chantaient:

“Mort aux cons!

Mort aux vaches!

Mort aux lois!

Et vive l’anarchie!”.

Mais c’était il y a longtemps, sûrement.