19/04/2011

Qui restera ? Personne.

 

Le seul moyen d’allonger la vie,
c’est d’essayer de ne pas la raccourcir.

 


19:44 Écrit par skoliad dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

27/06/2010

Les Humanités

Les Humanités, ou ce qui rend humain, désigne à l'origine les langues – notamment Latin et Grec- et la littérature. Le terme a ensuite été élargi à la philosophie, la sociologie, la psychologie mais aussi l'histoire-géo, l'art, etc, c'est à dire tout ce qui n'est pas dans la catégorie des sciences exactes.

En Belgique, on appelle Humanités le programme scolaire des 12 -18 ans, rappelant ainsi le rôle fondamental de ces disciplines dites de « culture générale » dans le développement de chaque citoyen. Car l'enjeu des Humanités est bien d'aiguiser la conscience, le jugement, d'apprendre la réflexion, l'art de l'argumentation, de l'expression, l'esprit critique et l'analyse, mais aussi l'empathie par la compréhension du monde, de l'histoire, de l'Homme, de l'Autre dans ses similitudes et surtout ses différences avec le soi (« réduire les points aveugles »).

David Brooks du New York Times, met en avant leur pouvoir de comprendre « Le grand Hirsute », c'est à dire la bête qui est en nous, car elles nous permettent de déchiffrer toutes ces réactions passionnelles, profondément humaines, que les théories systémiques n'arrivent jamais à embrasser totalement. Au contraire des connaissances techniques, « superficielles », les Humanités révèlent en profondeur l'Humain. Les Romanciers, sculpteurs, compositeurs, peintres, architectes... expriment et partagent avec/pour nous ce grand chaos de l'esprit, irréductible à une formule mathématique. Les Humanités font de nous les « honnêtes hommes » d'Homère et d'Horace, de Racine et d'Erasme. Elles sont la conscience de la science qui évite la ruine de l'âme (Merci Papa Rabelais).

 

decoration

 

Les Humanités sont donc pour la démocratie l'équivalent des routes pour l'économie d'un pays: elles ne sont pas directement rentables mais pourtant indispensables à son développement. Or une crise inaperçue se profile dans l'enseignement par l'inversion des priorités. Tout à coup, l'économie florissante n'est plus au service de l'éducation pour former les générations futures, mais c'est l'enseignement qui doit servir l'économie. L'enseignement doit devenir rentable, directement. Il ne s'agit plus de concevoir l'éducation comme une ouverture d'esprit, intrinsèquement profitable à la société, mais de former des travailleurs efficaces pour les sociétés (entreprises).

Les étudiants eux-même abandonnent de plus en plus les enseignements généraux pour se spécialiser, le plus rapidement possible, et augmenter leurs chances sur un marché du travail devenu hautement incertain. Les ministères de l'éducation se plient aussi à ces nouvelles exigences du monde moderne, et, en réponse, les collèges, lycées et universités, refondent leurs programmes, rognant de plus en plus ces disciplines dites « accessoires ». Ainsi, en 2010, les enseignements artistiques dans le programme des petits français du collège (11-15 ans) recoupent à la fois les arts plastiques (dessin, sculpture, peinture...), la musique, les arts audiovisuels, la danse, le théâtre. Ils représentent en moyenne à peine 2h par semaine. Ces mêmes disciplines étaient au cœur des enseignements il y a à peine 200 ans (sauf peut être pour l'audiovisuel qui se limitait encore aux ombres chinoises). L'explosion du savoir rendant impossible de tout transmettre aboutit in fine à des choix qui concernent le futur de nos sociétés démocratiques. Or, depuis les années 80, on a perdu confiance dans les sciences humaines, on a rétréci leur valeur reconnue.

 

Le danger finalement est que derrière des ouvriers dociles, nous formions maintenant des citoyens malléables, perméables aux discours démagogiques et flatteurs, incapables de faire des choix raisonnés et humains. Des citoyens qui abandonnent leur sort et celui de leur société entre les mains d'une élite qui « saurait », d'une dictature des meilleurs orateurs et de leurs discours simplistes convaincants. Des citoyens qui percevraient le monde comme en dehors de leur portée car trop complexe; ce qui fondamentalement vrai, mais terriblement aléatoire car cela implique que l'on se persuade tout à coup que l'on ne peut rien y faire, rien y changer, rien influencer. Une perspective peu réjouissante, vous en conviendrez.

 

 

decoration

 

Cependant, les Humanités n'ont pas encore dit leur dernier mot. Les auteurs s'accordent à espérer que ce mouvement pourrait être transitoire. L'apport des Humanités dans le développement d'esprits fluides, imaginatifs, créatifs, adaptatifs, curieux et de comportements sains dans la relation (amitié, amour, politique et sociale) les sauvera sans doute de la peau de chagrin à laquelle elles ont été réduites. Après tout, ces qualités sont aussi celles que les entreprises recherchent pour leur ingénieurs, chercheurs, cadres... (la semaine prochaine j'vous pond un article sur le grand méchant marché économique sans éthique qui se fera bientôt rattraper par la philosophie-qu'elle-est-tellement-balaise, ça lui apprendra, à cette sale économie libérale, d'oublier qu'elle conjugue avec l'humain).

 

decoration

 

Sources:

 

  • Lire le très bon dossier du « Courrier international » de cette semaine ( N° 1025): « Où va l'Université? »

  • Martha Nussbaum, philosophe américaine, auteure de « Not for Profit: Why Democraty needs the Humanities »

  • Marc Fumaroli, « Les humanités sont la mémoire vivante du passé », Le Monde, 21/11/ 2000 

 

11:44 Écrit par skoliad dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

19/01/2010

Liberté, équité, solidarité.

 

 

 

Liberté, équité, solidarité.

 

 

 

14:51 Écrit par skoliad dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

10/01/2010

Une phrase, une génération.

 

« Je n'ai pas peur de mourir, j'ai peur de n'avoir pas assez vécu ».

J'ai aimé cette phrase. Je l'ai trouvé pimpante dans son bel habit discursif. Elle a résonné pour moi, comme elle résonne peut-être pour vous. Je l'espère, je le crois. Cette petite phrase de notre génération. De celle qui consomme les baskets, les télés, les hamburgers et la vie.

Je ne vais pas définir pour vous la vie, la mort, la peur. Le cadre conceptuel vous irez le chercher vous même, dans les livres ou sur wikipédia, dans vos sémantiques personnelles, dans vos représentations, chez vos voisins.

Ce qui m'interpelle, ici, maintenant, dans cette résonance, c'est cette autre question, venue tout de suite après: peut-on ne pas assez vivre ? Puisque l'on vit de toute façon. Chaque instant n'est il pas assez précieux en lui-même, que l'on doive y trouver une valeur ajoutée ? Doit-on remplir une vie comme une vase creux ? Et de quoi le rempli t'on ? De l'avoir ? Du faire ? De l'être ? Les codes et les normes culturelles nous conseillent la voiture, la maison, le mariage, les enfants, le travail, le bénévolat pour les resto du coeur. Bon. Et alors ? On sent tout de suite, instinctivement, que c'est pas ça, la vie. Ce remplissage coloré d'un dessein qu'on nous aurait refilé quelque part entre notre conception et notre premier choix conscient.

Moi, finalement, j'ai peur de mourir parce que j'ai peur de cesser de vivre. Probablement parce que je n'ai jamais essayé de ne vivre pas assez.

Bonne année 2010.

 

12:51 Écrit par skoliad dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

14/12/2009

A coeur battant.

 

 

C'est beau, un coeur qui bat.

18:42 Écrit par skoliad dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

16/07/2009

Flash back.

 

 

J'ai 15ans, 25 ans, 35 ans. Le coeur accroché sur les mêmes ridims.

J'ai 15ans, j'ai 75 ans, et préfère faire l'amour que le déclarer.

 

¤ ici photo punk de moi ¤

 

 

 

 

00:46 Écrit par skoliad dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

29/06/2009

Attention, liberté contagieuse.

 

Nos systèmes. Nos réseaux. Nos structures. Nos anatomo-physiologies de l'espèce. Les liens et les étages. Entre nous. Nous, comme un singulier, comme un organisme à part entière. Nous dans la disposition de nous entre, pour, à travers. Nous, qui avons pris l'habitude de partager le monde et le nous, comme on coupe un gâteau pour apprendre les fractions. Nous divise, nous pose des limites, nous drapeau et nous hymnes nationaux.

Nous et la liberté. Les limites de la liberté dans le nous entre les nous. Quand justement, la liberté, ce méchant virus, à besoin d'espace. C'est une sorte de foi. La liberté. Sans religion précise, beaucoup de sectes, extrémistes rares et généralement pacifiques. La liberté se propage lentement, comme une idéologie qui explose parfois en crise de société, quand les forces en puissance sont favorables. Quand les autres besoins fondamentaux de l'organisme Nous sont globalement satisfaits. La liberté, la pensée même de la liberté, un luxe dans le processus vie.

La liberté comme indice secondaire de bien être du Nous. Et la liberté comme facteur de bien être de chacun.
Protéger ma liberté, c'est prendre soin de la votre. Et préserver votre liberté, c'est étendre la mienne.
La liberté conjuguée à l'être,
La liberté, comme interaction.
Ma liberté comme amour.

 

juin 09

 

 

01:28 Écrit par skoliad dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

25/06/2009

Page de pub, page de vie.

11:52 Écrit par skoliad dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

25/01/2009

Lettre d’amour.

 

Dans ma boite à souvenirs, il y avait, comme il se doit, des échos d’amour lointains, résonances de l’objet ou de la chanson. C’est une boite à souvenir multifacettes. Physiquement ça représente mes 15 cartons et 3 disques durs, l’intégralité en fait de ce qui a dormi dans une chambre d’enfant pendant 2 ans. Une grosse boite à souvenirs, donc. Dans lequel je me plonge allégrement depuis un mois. Ça peut paraître long. Ça ne l’est pas, j’ai une bibliothèque musicale plus fournie encore. Déjà. Rien que ça. Quelques livres aussi. Bon. Et puis, il y a le plaisir. Oui. Disons-le franchement, le plaisir particulier, solitaire et continu d’une intimité redécouverte. Une jouissance quotidienne de moi-même par moi-même en moi-même. Une masturbation jubilatoire à travers les âges, mes âges. Une sensuelle immersion en moi en somme, comme de larges sourires dans mes miroirs retrouvés, des caresses en forme de pages. Des minuscules riens, arrivés là par hasard dans doute, des papillons dans le ventre, des clins d’œil entre moi et moi. Des cartes postales, des lettres, des lettres d’amour, et même un brouillon d’une des miennes. Car si je peux être une amoureuse impulsive dans le ton et le fond, je peux parfois révéler une véritable obsession de la forme. Je calligraphie des lettres parfumées, que je cache dans les cabines téléphoniques. Oui. Alors vous pensez bien que je ne tolère aucune rature fortuite à ce genre de littérature. C’est comme ça, une forme de rigidité sans doute. Peut importe de toute façon, il se trouve que ça me laisse des brouillons, que je retrouve dans les boites à souvenirs quelques années après.

C’est l’expérience de se relire déclarer son amour, des années après la fin de l’histoire. Son visage est flou. Les détails m’échappent. Et je retrouve là, intacts, les sentiments déjà éprouvés.

C’est l’éclat particulier de chaque objet qui m’entoure, des choses retrouvées qui pétillent encore d’impatience. Déballez-moi, là, tout de suite.

C’est une lettre d’amour enveloppée dans un appartement.

C’est la lettre d’amour que je me suis offerte.

 

18:46 Écrit par skoliad dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

04/05/2008

Le zoo de Kisangani

Je suis coincée sur Kisangani pendant 2 jours. Entre les compagnies black listées et les jours fériés, mon retour va encore prendre une semaine. On en profite pour aller se faire un barbecue sur les bords du fleuve Congo. La plage est en face des chutes et de l’usine hydroélectrique qui fournit l’électricité à toute la ville. Le potentiel hydroélectrique de la RDC pourrait fournir toute l’Afrique. Un fleuve géant qui subit un dénivelé de 700 ou 800 mètres, ça fait pas mal d’énergie. Le réseau a été prévu pour alimenter toute l’Afrique de l’ouest et même jusqu’en Egypte. Mais le réseau est vieux. Les coupures n’ont pas encore la dimension régulière de la capitale mais l’accroissement de ses dernières années mets en péril la relative stabilité du système. La ville se remet doucement de la guerre. Les bâtiments s’agrandissent, certaines maisons sont repeintes, d’autres se construisent. De bons signes quand on sait qu’il n’y a pas si longtemps personne n’osait investir par ici, la population s’enfuyait dans la brousse des jours entiers au moindre coup de feu ou la moindre rumeur et les routes-pistes ne servaient qu’aux véhicules des occidentaux, c’est à dire aux ONG et aux UN.

Nous arrivons aux berges du fleuve par la route du zoo. Le chemin garde sa splendeur grâce aux grands arbres alignés. Mais le reste n’est que fantôme. Il n’y a guère plus que quelques ânes en liberté dans l’ancien zoo et 2 ou 3 singes malheureux captifs. Les cages vides sont envahies par la végétation. Les animaux ont été mangés il y a longtemps.

Cette vision du zoo vide crée un léger malaise. D’un côté les prisons abandonnées ont un certain charme, d’un autre côté le surréalisme de la scène conduit tout droit à la dure réalité du pays. La RDC a beau se relever, elle reste à genou. Il en coulera de l’eau sur le fleuve avant que d’autres animaux ne se retrouvent captifs dans ces cages. En soit, un zoo vide est plutôt réjouissant, du point de vu des bestioles. Mais ce vide est comme un mur a l’optimisme. Sur le chemin de l’aller je pensais à l’énergie de vie que les hommes trouvent toujours en eux pour reconstruire, pour créer, pour survivre et se relever. Au retour je fais des bilans comptables du nombre d’années nécessaires pour se remettre de 40 ans de désastres. Les Congolais me racontent parfois comment c’était, avant. Avant il y avait des routes, des hôpitaux, de l’électricité, des factures d’électricité, de l’eau. Avant il y avait des zoos. Des zoos splendides, avec des animaux des 4 coins du pays.

 

Vend 2 mai 08

15:24 Écrit par skoliad dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

13/12/2007

Le monde sans squelette.

  Mante verte 3
 

Des papillons immenses, des êtres de nuits merveilleux, et leurs pendants diurnes, minuscules. Des ailes démesurées, trop lourdes, tombent en piqué bien avant l’aurore. Et les nuées de termites, des vagues autour des lumières, aussitôt dissipées.

Mante à l'oeil 2

Des mantes religieuses géantes et curieuses, sur ma main elles suivent mon regard examinateur. Celles avec des yeux sur le dos, pour faire peur aux lézards, aux serpents. 

scarabé rhino

Des criquets sautant, volants, trébuchants, des sauterelles incroyables, des fourmis miniatures, des fourmis énormes, des fourmis moyennes, des fourmis agressives qui grimpent jusque dans les cheveux et me font courir à ma chambre pour me désaper entièrement : les deux dans la culotte sont insoutenables.

Des Nairobi Fly, inoffensives vivantes mais à la brûlure tenace – compter 2 à 3 semaines de cloques, quand on a le malheur de poser le coude, le bras, la main dessus. Quand on a le malheur de se frotter les yeux avec les doigts infectés : compter 2 jours de douleur et 7 de défiguration. Et ma peau percée, ma peau rouge, ma peau gonflée, ma peau pelée, mais pas trop. Les insectes font l’Afrique incroyable, mais, chance, ne sont, ici, pas si agressifs que l’on pourrait imaginer.

Toile d'areigne

Les scarabées rhinocéros, qui ne sortent de la jungle qu‘adultes, pour venir mourir autour de nos lumières. Il semble que leurs ailes soient une erreur de la nature tant ils sont lourds et maladroits, et que leur carapace ne sert qu’à les protéger des collisions nombreuses. Si vous ne mettez pas le doigt entre la tête et l’abdomen, ils ne vous feront pas mal. D’ailleurs, bouillis, ils ont le bon goût de ressembler au crabe, bien meilleur que la texture farineuse et fade des chenilles grillées. Les enfants d’ici raffolent de ces sucreries, ils leurs arrachent pattes et « cornes » et se trimbalent avec le corps qui se débat piteusement jusqu’à l’heure du souper. L’insecte redevenu larve garde ses milles reflets dans le poing de l’enfant, cherche à fuir sa terrible destinée, semble crier en silence sa déchirure. Moi je vois l’enfant qui a faim tenant l’animal démembré, et je ne sais pas quel spectacle est le plus affreux.

Termites 2

Les araignées ne ressemblent pas aux tisseuses que je connais. Il y en a qui font des toiles comme du coton enveloppant des arbres entiers, des rondes, des ovales, des petites, des grosses, des solitaires, des sociales, des aux dessins multicolores sur leurs dos.

Les feuilles qui mangent d’autres feuilles.

Les vagues sans squelettes changent de formes chaque jour, des nuées de beau temps, des débarquements de la pluie, les rampants du matin, les grouillants de midi, les bondissants du soir, les volants de nuits. Et tous les autres, que je n’ai pas encore vu, et tous les autres, que je ne vous raconte pas, et tous les autres. Tellement d’yeux, de pattes et d’ailes combinés ensemble de manière très improbable. Tellement de petites vies au poids total bien plus lourd que celui des mammifères réunis, à l’omniprésence chantée en continu par les criquets.

 

10 déc. 07

21:30 Écrit par skoliad dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

La douleur de Sakina

 Entrée dans l’extrême intimité. 

C’est la première fois que je rentre chez eux, les gens d’ici. Je suis allée au marché, dans les bars paillotes, j’ai vu du dehors les habitations de terre et de bambous. Mais je ne suis encore jamais allé chez eux, les gens d’ici. Dans leur maison.

Nous avons quitté la route principale pour aller dans un quartier écarté, dans la brousse pas encore jungle, dans la nature domestiquée. Le sentier mène à un regroupement de maisons. Au bord quelques petites plantations, des jardins. Et puis, après une centaine de mètres, une ou deux dizaines de maisons. On nous accueille. Au centre de trois ou quatre huttes, une cour, cuisine commune pour quelques familles. Deux ou trois feux sont allumés, les casseroles fument côté femmes. Dans l’autre partie de la cour couverte, le salon : six ou sept fauteuils, et un meuble. Une télévision. Une mini-chaîne Hi-fi. Je me demande comment ces surréalistes modernités sont alimentées, quand j’aperçois la grosse batterie à cinq mètres.

L’homme qui nous conduit dit qu’il faut attendre la fin de la prière pour entrer dans la chambre. Il fait noir dedans la maison. Je ne vois que les pieds de celle qui parle fort. Sur le palier, des femmes, vieilles pour la plupart, sont assises. On nous regarde, je les regarde, ces regards sont les mêmes. On se salue. On se sourit de loin.  La prière s’achève, deux femmes sortent. Nous, les femmes, entrons. Je ne vois rien tout d’abord. Seulement les chaussures à l’entrée, sur la terre battue. J’enlève mes tongues. Quelques femmes sont serrées-là, dans une pièce d’à peine dix mètres carrés. Elles sont assises sur deux nattes. Au centre, je reconnais Sakina. Même dans sa tristesse, je vois les traits fins de ma collègue de travail. C’est son sourire magnifique qui a disparu, sa beauté, elle, résiste au chagrin immense. Hier après-midi, l’enfant de Sakina est mort. Un bébé de 20 mois. Tombé dans un puits. J’ai vu Sakina, quelques heures après, en état de choc. L’enfant a été enterré ce matin même. En Afrique, le climat ne permet pas de garder le mort auprès des vivants. Je la salue. Je m’agenouille sur la natte où elle est assise. J’ai le reflex occidental de la prendre dans mes bras. Sakina ne me repousse pas. Mais elle pose son front contre le mien, façon congolaise de saluer chaleureusement. Une femme sort, d’autres se poussent un peu pour nous faire de la place. Je vais m’asseoir avec elles contre le mur. Ma compagne salue Sakina. Elle connaît bien mieux que moi les coutumes locales. Elle connaît bien mieux que moi l’Afrique. Sur le chemin du retour j’apprends qu’elle a étudié le Swahili pendant 4 ans, à Bruxelles et qu’elle a fait des études sur l’histoire, les langues et coutumes de l’Afrique. Moi je sais dire bonjour, comment ça va ?  bien. Mais j’ai vu plein de chouettes reportages sur la vie des lions et des girafes. On nous apporte des chaises, nous refusons. Nous sommes huit. Assises-là. Silencieuses. Seule la mère parle, marmonne sa déchirure, avec des mots que je ne comprends pas. Les deux femmes près d’elles l’aident à s’allonger. Je vois le lit contre le mur en face. Pendant le deuil, les parents dorment à même la terre. Les femmes dans la maison, les hommes dehors. Pendant 3 ou 4 jours. La famille, les voisins, les connaissances se relaient pour consoler les endeuillés. Après quelques minutes, ma voisine bouge un peu. Je n’ai pas envie de voir qu’elle veut se relever. Je n’ai pas envie de partir tout de suite. Il y a ces femmes. Il y a moi. Il y a la mort. Ma propre condition de mortelle amie de mortels. Quelque soit l’espace ou le temps, l’histoire ou la géographie. Je n’ai pas envie de raccourcir ce moment-là. Tout de même, la deuxième fois, je tourne la tête pour voir son signe. Nous disons au-revoir et nous sortons.Dehors nous nous asseyons avec d’autres, nous saluons le père. Trois hommes s’affairent autour de la télévision, bricolent des fils électriques et une rallonge. Le puits fatal est là, à trois mètres. Il a été couvert. Un homme arrive, en criant presque de douleur. Il tourne un peu autour puis se dirige vers l’entrée. Une vieille femme le retient. Elle l’assoit pendant qu’il pleure. Après quelques minutes il repart. Nous parlons encore un peu puis nous partons à notre tour. Sur le chemin je reconnais d’autres collègues. 

2 déc. 07

21:09 Écrit par skoliad dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

17/11/2007

Kinshasa : la 24ème heure.

 

C’est dimanche. Le jour de repos. Le lendemain du samedi soir. C’est l’immersion dans la vie des expatriés. Isolement, retrouvailles, frustrations, soulagement, déceptions, surprises, manques, trop pleins, appétits, dégoût, joies et peines, relâchement, humour du cul entre deux chaises, de drôles d’énergies se dégagent. Et puis il y a les chauffeurs, les gardiens, la base à prévenir à chaque déplacement. Pas moyen de faire 300m à pied et encore moins seule, surtout la nuit tombée. Le soleil se couche à 18h. La ville me manquera sûrement mais j’envie déjà la brousse et la liberté fantasmée, grande comme une étendue d’herbe. Base pour Skoliad : « Je n’ai jamais été aussi joignable. »

 Après la série des dernières fois en Europe – dernier steak saignant, dernier champ’ et dernière pluie glacée – j’entame celle des premières Africaines.Ma première soirée : odeur de jasmin, ciel rose et bouteilles de vin. Réunion entre. Entre nous, le cercle fermé des coopérants, des expat's, des blancs. Une mini société toutes taxes comprises. Tellement compréhensible. Tellement concentrée, aussi.Mes premières courses : Kin’, comme on dit, est hors de prix. Quatorze dollars US le gel douche, mais un seul pour les clopes. La seule denrée abordable semble-t’il. Le magasin est fourni comme un monoprix parisien – ou presque. La clientèle selecte. Le porc et l’alcool proscrit : le propriétaire est musulman. Mais Jules, notre chauffeur, sait où trouver ce dont ont besoin les Européens. Trois étapes plus tard on est paré pour l’apéro. Ma première coupure d’électricité.Mon premier lézard à tête jaune. J’ai un numéro de téléphone portable local.Le troisième cette année.  11 novembre 07 

13:56 Écrit par skoliad dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Kinshasa

Je suis arrivée de nuit. Sur la route les échoppes éclairées à la bougie, au projecteur, les ampoules, la foule, la circulation, les cahots, les pneus crevés, les auto-stoppeurs, les cabanons, les ombres. Et puis la fumée. L’odeur acre qui reste en fond de gorge, longtemps. Comme si toute la ville se consumait d’un feu invisible. La fumée dans les feux des voitures. La fumée dans les yeux et le nez. La fumée partout. Je demande au chauffeur qui m’explique qu’il a plu ce midi : le brouillard n’est pas de la fumée, c’est l’humidité qui remonte. L’odeur pourtant est là. Peut-être sont-ce les feux de cuisine ? Peut-être les milliers de bougies ? Peut-être est-ce l’odeur de l’Afrique ?
Sur le bord de route, un panneau publicitaire : « SKO CONGO ». Je crois que c’est un garage ou des pièces détachées pour camions, je n’ai pas le temps de lire.
On arrive dans le quartier. Garée non loin de la maison, la voiture U.N. qui nous a doublé sur la route de l’aéroport. Toutes les maisons de l’association sont dans ce quartier. C’est luxueux comparé à ce que je viens d’entrapercevoir. On m’avait prévenu : à Kinshasa il n’y a pas de demi-mesure. C’est la maison avec jardin, électricité et eau ou le cabanon. Pas de moyenne. Je suis donc parmi les blancs, clairement. Je ne m’en plains pas : je connais les consignes de sécurité et mon goût pour le luxe d’une douche. Mais, d’emblée, j’ai le nez sur mes privilèges.
La maison est déserte. L’équipe est de sortie. Ils m’ont laissé un petit mot de bienvenu, un téléphone et un numéro pour les joindre. Mais j’aime bien cette maison vide, je profite d’un moment de solitude. Je sors fumer dans le hamac. J’écoute les bruits de la ville, la radio du gardien résonne. Il vient à ma rencontre. On parle un peu.
Une mangue tombe : voilà qui fait mon affaire. Le sucre et la fraîcheur du fruit dans ma gorge.


10 novembre 2007.

13:52 Écrit par skoliad dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

20/08/2007

Méthodes pédagogiques.

 

J’ai découvert nuitamment un jeu pour enfant, tout à fait remarquable de pertinence, de tout point de vue. L’idée est simplissimement géniale : il s’agit d’une grosse rondelle de caoutchouc tournant sur un socle légèrement incliné par rapport à l’horizontal. De loin ça ressemble à un tourniquet ordinaire. Mais quand on s’assoit au sommet le poids de notre propre corps nous faire descendre. De toute façon l’idée n’est pas de s’asseoir mais bien de marcher et rapidement courir sur ce véritable tapis roulant. Evidement plus on va vite, plus l’équilibre est précaire et la chute imminente. L’objectif, me semble-il, est d’arriver au point culminant et de s’y maintenir par je-ne-sais quel procédé de haute voltige. A moins de surfer, désinvolte, la descente. Toujours est-il que je n’y suis jamais arrivée. Aussi je me venge du maudit engin en acclamant l’incroyable pertinence d’un tel objet dans les parcs de jeux. A l’évidence, quelle belle démonstration de vie pour les chers bambins. Petits, ils font connaissance avec les lois de Newton ; plus grands, ils ont un aperçu de la perverse course vers le sommet d’un grand cirque, pardon : cercle.

 

06:15 Écrit par skoliad dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

19/08/2007

Spectateur.


Je passe des heures sur le balcon. J’y vais pour fumer et je reste là, longtemps après le coucher du soleil, quand les salons du voisinage s’allument. La vie des autres, en fenêtre sur cour, met des accents circonflexes à mes sourcils. C’est de la télé réalité sans la télé, en plein dans la réalité des circonstances quotidiennes mais résolument via l’imagination du spectateur. Regarder, se faire voyeur des gens d’en face où je me perds par les yeux et la rêverie, des nuits entières. Comme pour rendre le monde plus rassurant ou plus effrayant, je ne sais pas très bien. Des fenêtres miroirs, des hublots par où je m’aperçois en ombre mal définie. L’image d’un reflet superposé qui ne me permet même plus de confondre tout à fait. Mais je reste là, encore un peu, le mégot éteint. A ne pas savoir vraiment ce qui se passe.
 

 

fuites,

Je ne suis pas plombier. J’ai plutôt bien choisi ma voie puisqu’en l’occurrence mes étanchéités laissent à désirer. D’ailleurs je suis nulle en bricolage. Car enfin, comment faire la différence entre un pas pour avancer et un pour s’éloigner, en vrai, hein ? Je ne nie pas la problématique des inondations domestiques, je songe simplement à la difficulté de les identifier, concrètement. De toute façon on a tous nos petites hypocrisies, une petite fuite de temps en temps, plus ou moins consciente, plus ou moins remarquable, les siennes et celles des autres, toutes hautement inexplicables. Ceux-là même qui veulent nous en apprendre sur la conjugaison du verbe assumer, deviennent d’ailleurs rapidement insupportables. Ils concrétisent bien trop sûrement l’intolérance à l’imperfectibilité qui nous rend beaux. L’humain fuit de toute part et ça donne parfois de belles avancées.

 

et actes. 

J’attends demain, lundi. 

20:03 Écrit par skoliad dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

04/07/2007

Ceux-là qui portent le même nom que moi.


Ils m’appellent, fort. Quand rentres-tu ? Ils n’y a qu’eux pour me dire ça, même moi j’ignore l’exacte latitude de mon chez-moi. C’est sûrement pour ça que je les aime. Et puis ils sont l’enfance, les noëls partagés, le nez de la lignée. Ils sont un endroit. Ils sont un refuge en montagne, un phare Breton. J’y rentre donc, ils sont une pièce de chez moi. Il y a la mère, les sœurs, les grands-parents, les oncles et tantes. Ils sont le même, chacun. Une grande et lumineuse chambre, un sombre couloir, un grenier merveilleux, une cuisine odorante, des vacances à la plage. Des jeux et des gourmandises, un toit toujours, dix toi avec une même charpente. Ils sont là, même là-bas. Ils sont absents ou est-ce moi ? Ils sont là là là comme moi. Ils m’appellent, j’arrive, une petite minute encore et je viens me réchauffer à vous. Vous donner mon feu et ma joie. Je venais, je reviendrais, je viens, je suis revenue.


23:44 Écrit par skoliad dans Général | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

02/07/2007

Les grandes révélations de la vie.


Il y a les gens que l’on rencontre. Et puis les autres, ceux que l’on côtoie. Il y a les ponts et les ravins. Et même parfois des trucs indéfinissables et sans fond, sans fondement. C’est la sociabilité professionnelle et boulangère des sourires aimables qui n’iront jamais plus loin. Sans que l’on puisse savoir pourquoi. Tout de même, avec le temps, on augmente la probabilité de trouver l’exact point d’un désaccord profond et inaliénable. Je viens d’en faire l’expérience avec une petite phrase lâchée au hasard :
«Le jazz me fait mal aux oreilles. Les notes dissonantes de cette musique m’agressent tellement que je n’avais plus qu’une envie : éteindre cette chaîne Hi-Fi».

Je ne suis vraiment pas fan de Jazz, mais tout de même mon cœur a bondi comme mon sourcil gauche : je venais de comprendre ce qui me sépare à jamais de cette personne : le Jazz. La foudre divine m’aurait frappé que l’effet n’aurait pas été plus grand. Héroïne de BD je me serais allumée une ampoule géante sur la tête.
Globalement cette grande découverte ne change absolument rien. Avant même de trouver un argument objectif pour ne pas aimer les gens, le corps, lui, sait, d’emblée. En une somme d’informations inconscientes qui forme l’instinct, le ressenti, les réactions cutanées et nasales, les raccourcis cérébraux et les préjugés. Mine de rien ça marche, malgré nous. Certaines sociabilités demandent la proximité d'une caisse de supermarché. C’est comme ça.

A moins que ce ne soit justement l’à-priori qui ne nous fasse guetter les lumières dans la nuit. Avec la vie, faut se méfier des grandes révélations.


17:04 Écrit par skoliad dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

28/06/2007

Petit jeu de gare.


Le pouvoir de l’information.
L’information est déjà un pouvoir, bien avant de la diffuser, justement avant.
Un pouvoir c’est pouvoir faire.
Avoir l’ascendant sur les choses, les gens.

Prenons le nettoyeur de la gare. Il a tout le quai à se taper sur son destrier orange. Le quai est désert, sauf un petit groupe de personnes près de l’escalator. Ils attendent le train qui arrive dans deux minutes. Il n’a que deux minutes de pouvoir, notre héros ; c’est donc de ce côté-là qu’il commence, neuf fois sur dix. Quitte à bousculer mamie et bagages, il travaille, lui. C’est un gentil petit exercice que je recommande à tout le monde : vérifier comment nous autres humains nous servons de l’ascendant que nous avons sur autrui, comment nous en abusons en permanence. C’est très facile à faire en tant qu’observateur, on perçoit rapidement les liens entre les groupes avec ce simple jeu d’observation. Moi je suis devenue experte dans les nettoyeurs de gares, on a les fantasmes que l’on peut. Mais cela est aussi valable pour le gars du guichet, surtout s’il fini sa journée ; comme de la jeune femme, genre brune de 33 ans, en retard comme d’habitude, qui regarde d’un air insistant l’horloge et le joli garçon devant, en souriant tranquillement et qui abuse franchement, mais qui remercie poliment. Le gars du guichet a quand même un avantage sur la jeune femme car non seulement il détient le billet mais surtout l’information. Le sourire ça passe qu’une fois sur deux. Parole de brune.

11:59 Écrit par skoliad dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

23/06/2007

Jalons et témoins.

Mon tabac était tout sec. C’est drôle comme les grands moments de la vie partent de faits anodins, un pot laissé ouvert, un tabac infumable. Un truc qui marche super bien quand le tabac est tout sec – et qui lui donne une bonne odeur : la pelure d’orange. Donc mon tabac tout sec, l’orange dans la cuisine commune, Ricardo dans la cuisine. Je connais pas bien Ricardo, il est arrivé il y a un mois pour son diplôme, il repart demain. Ha ? Tu repars demain ? Je m’assois, et je dis en pelant le fruit: « J’ai besoin d’une peau d’orange pour mon tabac tout sec .» Réponse « C’est drôle cette façon qu’on a de cacher les choses sous une forme plutôt qu’une autre. » Ou un truc du genre, je ne suis pas douée pour les retranscriptions, et ce qui compte c’est que c’est ça que j’ai compris. Alors on a parlé. Il en sait des choses, ce petit équatorien à peine croisé deux ou trois fois dans le couloir. C’est tout de même terrible ce que les gens qui ne vous connaissent pas vous saisissent parfois bien mieux que ceux qui vous aiment. C’est de se faire avoir par vos propres chimères sans doute. Pour finir, on a passé la nuit à parler, avec Ricardo. Et quand je suis remonté j’avais oublié la pelure d’orange, mais j’avais un soleil bleu dans le cœur.

Ça faisait cinq ans qu’il venait chaque année passer un mois, et c’était sa dernière fois. Sa dernière nuit dans cette grande maison étrange, maison des étudiants étrangers, où la sociabilité se conjugue en Anglais dans les pièces communes d’une collocation mosaïque. De quoi on a parlé ? De ce que tout le monde parle quand on passe la nuit à le faire, de ce que l’on connaît et ignore le mieux : de nous, du monde, de l’amour, du lien, des peurs. Ricardo sait bien parler des peurs. C’est d’en avoir beaucoup eu, il les voit maintenant plus sûrement que les cheveux blancs d’une brune. Et puis de la solitude, c’est chouette de parler de la solitude avec quelqu’un d’autre. C’était bien avec Ricardo. Il connaît bien les solitudes. C’est d’en avoir une belle collection, il reconnaît les doubles dans le miroir des yeux. La vie de Ricardo, ma vie, on s’en foutait bien, au fond. Ce qui comptait c’est d’avoir été hommes toute la nuit, juste deux membres d’une même espèce, qui partage peurs et solitudes. Et même espoir et amour, tout bien caché dessous. La liberté si rare et si chère payée, où que l’on soit mais bien plus concrètement sous certaines latitudes, sous certains cortex. On n’a pas refait le monde, c’était bien mieux encore. Ce n’était pas le reste de la planète que l’on s’expliquait mutuellement. C’était la fin de son séjour, et comme moi une escale, vers ailleurs qui est partout pareil, l’occasion de poser quelques évidences. Des preuves de notre passage. Evidence-base-of crossing. Et d’avoir un témoin empathique, neutre, un psy gratuit en somme mais qui n’en n’est pas un, justement. Puisqu’on est la même chose, en face, tout pareil en symétrie réflective.

Aujourd’hui je parle de Ricardo. Un autre jour je parlerai peut-être d’un matin de janvier, ou d’une panne d’essence.
Mon pot de tabac n’est pas tout à fait fini. Quelque part en Amérique du sud, il y a un homme qui s‘appelle Ricardo. C’est une belle rencontre de nous-même. Si tu le croises un jour, souris-lui de ma part.

00:41 Écrit par skoliad dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

11/05/2007

Amorphe.


J’ai les mots pauvres. J’ai les mots maladroits.
J’ai les mots trop fréquents pour être précieux. Et trop hésitants pour être présents.
J’ai mal aux mots.
J’ai les incompréhensions récurrentes. Les lignes rigides me cassent l’ondulation des clefs de chants fleuris.
J’ai des problèmes d’accommodations aux mots, depuis 30 ans.
C’est incurable. C’est exceptionnellement mortel ; heureusement ! c’est tellement banal.
J’oscille entre les sons précipitant les sens. Dans mon corps cristallisé sur Sol généreux, La où il n’y pas besoin de dictionnaire.
Je ne comprends pas les gens qui écrivent. J’ai longtemps persévéré et même cherché preuve de nos existences. Je n’y suis pas parvenu.
Je ne suis pas apte à l’assimilation linguistique. Je suis une dyslexique asymptomatique. Je suis une symphomaniaque sur clavier bi-colore, accordée les jours de silence.

Morphe : subst. masculin
« Élément phonique à valeur significative et qui ne peut être analysé en éléments phoniques significatifs plus petits. »

Amorphe : adj et subst.
« Qui n'a pas de forme apparente ou de structure déterminée. »



Il faut toujours beaucoup de mots pour définir un mot.
Chaque goutte forme la pluie ; combien de mots faudrait-il juste pour une goutte ?
La pluie est bien d’avantage qu’une somme de gouttes. Combien de mots faudrait-il pour expliquer la pluie ?
Les mots sont trop nombreux, les mots sont trop peu.
Les mots me manquent souvent. Comme un amour perdu.


21:43 Écrit par skoliad dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

30/04/2007

Houle à la foule.


Rien ne bouge dans le grand va-et-vient du marché aux croyances. Les épaules lasses se heurtent en haussement sans évolution. Les yeux se baissent au souffle de la fin d’époque.
Un jour, cela presse, tout cessa. Je suis aux aguets du frisson (r)évolutionnaire, des volutes ondulantes dans les yeux. Au fin fond du nombril du monde, se tapie l’élan du mot caché : responsabilité. Vilain, honteux, vulgaire, crachons dessus tant que l’on peut encore. Il court vite ce mot, il nous rattrape malgré nos basquets Nike-la-police. Pas si simple de s’effacer les insomnies aux midis brûlants. Le carnet intime de la rue me brûle la langue et le cœur et la peau. Le silence criant me fait mal à la tête. Je ne peux plus attendre.


12:21 Écrit par skoliad dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

27/03/2007

Stroboscopie pour épileptique.


J’ai croisé la fille rose,
des punks et des babas,
des clowns, des Gilles,
des habits aux moines.

J’ai participé aux bals,
carnavals, mardi gras,
J’ai mis des masques,
casquettes à couettes,
des illusions faciles.

Je me fais encore avoir
des grimages, images
messages subliminaux
à lecture trop subtile.

Reprenons : la fille en rose dans le métro se cache derrière sa visibilité fascinante un soir de décembre je pense à elle. L’image.



Patchwork



18:34 Écrit par skoliad dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

24/03/2007

Parasites.


Aujourd’hui c’est pain (presque) sec, ou l'étalage de données brutes à la mode de nos médias-manipulateur de pensées :


Un parasite est un être vivant subsistant au détriment d’un hôte pour une période plus ou moins prolongée de sa vie. Certains parasites ont des cycles complexes, faisant intervenir plusieurs hôtes successifs qui seront tour à tour vecteurs et réservoirs. Il existe des parasitismes obligatoires (le ténia) et d’autres facultatifs (beaucoup de champignons), quelques-uns ont même évolué en symbiose (les lichens).
D’un point de vue strictement immunologique, la grossesse peut être considérée comme un accord parasitaire des plus réussis – le fœtus, qui porte des antigènes différents de la mère, est un corps étranger se développant au sein de l’organisme.
La racine romaine du mot désigne « celui qui s’occupait des provisions des dieux et prenait part aux repas communs. » Plus tard l’expression s’est élargie à celui qui vit au dépend d’une personne ou d’un groupe. Sociologiquement le parasitisme peut tout à fait inclure l’esclavage et pourquoi pas la pyramide économique de nos sociétés – et la question subsidiaire serait encore de déterminer qui parasite qui.

Le bruit parasite est une perturbation inutile et gênante.
(Une cuillère de confiture quand même pour faire passer la tartine :)

Les locataires
Serge Gainsbourg.


J'ai des locataires
J'ai des chambres à la journée
P'tit déjeuner
Café au lait
Service compris
Et taxe en sus
J'ai des puces

J'ai des locataires
Ventilateur au plafond
Cosy corner
Mat'las crevé
Et dessus de
Lit en pilou
J'ai des poux

J'ai des locataires
Radio avec parasites
Pour la télé
En noir et blanc
Deux pièces de cent
Sous dans la fente
J'ai des lentes

J'ai des locataires
Des lavabos ébréchés
Pas très nickel
Eau chaude eau froide
Pas d'savon au
Bidet bain douche
J'ai des mouches

J'ai des locataires
Sur le plan des sanitaires
Baignoire commune
Au rez-d'-chaussée
Sac disposable
Pour celle qui saigne
J'ai des teignes

J'ai des locataires
Vécés au fond du couloir
Linoléum
Un peu dégueu
Trou à la turque
Papier journal
J'ai la gale

17:35 Écrit par skoliad dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

23/03/2007

Hommage à deux roues


Les mains rouges, glacées hurlent
les yeux, les noeilles inondés, débordent
le nez en fleuve intarissable
et la pluie, toute cette eau sur
mon vélo.

Saute-trottoir et fille-volante
ma bi-si-si-clette
en coulisse urbaine
et le bitume, le pavé sous
mon vélo.

Casquette en protège tout
soleil, gouttes et regards
pas vue, pas prise
et l’ombre fantomatique de
mon vélo.

Pédales bien accrochées, chaîne chanteuse,
selle de mes fesses, porte-bagages, loupiotte,
cadenas anti-évasion saugrenue sur
ma mobilité incarnée
mon vélo.

Ha ! Mon p’tit vélo héros, je t’aime
à défaut de te graisser. Hop, je suis passée,
je bifurque, slalom, coupe à travers,
déjà loin, je file avec
mon vélo.

Il en faut peu pour se sentir libre, finalement.


cycliste

11:00 Écrit par skoliad dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

21/03/2007

Idées tordues et pures pertes


Sans doute est-ce l’ennui,
les désillusions accumulées d’une génération qui chantait
désabusée
l’intellect qui tourne en boucles
creuses, vide des neurones fatigués de l’imaginaire
la surenchère permanente des glaires verdâtres
la recherche des montées d’adrénaline, d’endomorphine
la dépendance aux plaisirs extrêmes de la classe moins 37°5
l’égoïsme, l’égotisme, l’égocentrisme, le narcissisme
le besoin de se sentir différent
se croire existant plus que Guignol
et puis unique, particulier
enfin une réussite dans la salissure
Diogène en modèle pour blaireaux incultes
qui croient faire une sortie maligne dans le mépris
réflexe d’adolescent vaniteux à franchir l’interdit
alors la solitude toujours là
le besoin d’entraîner les naïfs pour amoindrir la perversité
qui cogne aux tempes en céphalées coupables
ho! le vilain mot judéo-chrétien, voilà qu’on a trouvé le pourquoi
facile.

Si ça continu faudrait que ça cesse.
Tout de même, y a autre chose à faire.

perte de sens bande

11:00 Écrit par skoliad dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

20/03/2007

Le 10 décembre 1948, on rêvait encore.


Préambule

Considérant que la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde.
Considérant que la méconnaissance et le mépris des droits de l'homme ont conduit à des actes de barbarie qui révoltent la conscience de l'humanité et que l'avènement d'un monde où les êtres humains seront libres de parler et de croire, libérés de la terreur et de la misère, a été proclamé comme la plus haute aspiration de l'homme.
Considérant qu'il est essentiel que les droits de l'homme soient protégés par un régime de droit pour que l'homme ne soit pas contraint, en suprême recours, à la révolte contre la tyrannie et l'oppression.
Considérant qu'il est essentiel d'encourager le développement de relations amicales entre nations.
Considérant que dans la Charte les peuples des Nations Unies ont proclamé à nouveau leur foi dans les droits fondamentaux de l'homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l'égalité des droits des hommes et des femmes, et qu'ils se sont déclarés résolus à favoriser le progrès social et à instaurer de meilleures conditions de vie dans une liberté plus grande.
Considérant que les Etats Membres se sont engagés à assurer, en coopération avec l'Organisation des Nations Unies, le respect universel et effectif des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Considérant qu'une conception commune de ces droits et libertés est de la plus haute importance pour remplir pleinement cet engagement.
L'Assemblée générale proclame la présente Déclaration universelle des droits de l'homme comme l'idéal commun à atteindre par tous les peuples et toutes les nations afin que tous les individus et tous les organes de la société, ayant cette Déclaration constamment à l'esprit, s'efforcent, par l'enseignement et l'éducation, de développer le respect de ces droits et libertés et d'en assurer, par des mesures progressives d'ordre national et international, la reconnaissance et l'application universelles et effectives, tant parmi les populations des Etats Membres eux-mêmes que parmi celles des territoires placés sous leur juridiction.

Article premier

Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

Article 2

1.Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés dans la présente Déclaration, sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d'opinion politique ou de toute autre opinion, d'origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation.
2.De plus, il ne sera fait aucune distinction fondée sur le statut politique, juridique ou international du pays ou du territoire dont une personne est ressortissante, que ce pays ou territoire soit indépendant, sous tutelle, non autonome ou soumis à une limitation quelconque de souveraineté.

Article 3

Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne.

Article 4

Nul ne sera tenu en esclavage ni en servitude; l'esclavage et la traite des esclaves sont interdits sous toutes leurs formes.

Article 5

Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.

Droit de lhomme amnestie int

Amnesty International France

10:45 Écrit par skoliad dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

14/03/2007

Question de comptoir : « Et la perfection alors ? »

Bon, s’agit de pas tomber dans le panneau. La chose définition de cette notion, la perfection. On peut discuter de ça autour d’une belle table, d’accord. Le sens philotruc, l’idéal bidulevision, l’absolu machindivin. Mais la question reste – notez, je confirme qu’elle n’a aucun sens: "Et la perfection alors ?"

Y en a qui se sont saoulés autour de ce problème. Pré-texte ou pas, j’veux bien une autre tournée. Et pour faire fierotte, citer tranquille du Baudelaire classieux. Mais non, j’ai choisi Massilia Sound Système.
Ceci (presque) fait, avant de sombrer dans le coma idéaliste, je rappelle que l’abus de substances pychotropes font les retours à la réalité d’autant plus indigestes.



Et rou la la bouteille sur bouteille
Et rou la la bouteille à tour de bras
Et rou la la toujours bouteille sur bouteille
Et rou la la toujours le plaisir de l'amour.

Nos n'anam pas d'aicí
D'ençà luna levada
Nos n'anam pas d'aicí
D'ençà deman matin.

Oh si je prends une femme qui soit belle
Oh grand danger des cornes à porter
Y aura d'autres amants qui la trouveront belle
Et me feront cocu voilà l'amant foutu.

REFRAIN

Oh si je prends une femme qui soit laide
Oh grand danger me faudra la garder.
Comment la regarder cette vilaine laide ?
Toujours devant mes pas ce que je n'aime pas.

REFRAIN

Oh si je prends une femme qui soit riche
Oh grand danger d'aller au cabaret
Elle viendra m'y chercher en me traitant d'ivrogne
" Tu manges tout mon bien les enfants n'auront rien ! "

REFRAIN

Oh si je prends une femme qui soit pauvre
Oh grand danger me faudra la garder.
Il faudra travailler pour nourrir la famille
Travailler tout le jour la li la li la lou.

REFRAIN

E n'i a totjorn quauqu'un
Que n'aima pas la luna
E n'i a totjorn quauqu'un
Que n'aima pas lo lum.


Joap Ramon



















Tableau de Joap Ramon.

11:15 Écrit par skoliad dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

12/03/2007

Les sociétés de performance.

homme orchestre ménage

L’activité, la rentabilité, le bon rapport de performance, le faire optimisé.
Faire, faire et encore et tout en même temps.
Manger en discutant en tapant un sms en pensant à la réunion de l’après-midi en écoutant les infos en matant le beau cul qui passe en fumant une cigarette en buvant un bon vin.
Qu’a-t’on fait vraiment ?
Nous sommes devenus le modèle de réussite d’une espèce cosmopolite aux particularités adaptatives particulièrement efficaces.
Est-ce cela l’avenir sélectif de la vie sur terre ?
Nos élites aux valeurs rentables et les suppléances télévisuelles débilitantes comme remède occupationnel aux syndromes de manque d’action, nous font croire que rien n’est pire que de ne rien faire. Or, qu’est-ce que c’est que de ne rien faire ? En somme ce dont nous avons peur n’existe pas, comme toujours c’est un spectre qui nous tient enchaîné.
Faire tout et tout faire. Ou l’impossibilité déguster le temps.

11:30 Écrit par skoliad dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

11/03/2007

Française.

Exercice du jour : les présentations.

Je suis Française, puisque Bretonne. Ce statut n’est pas un choix, c’est une circonstance plutôt favorable de naissance. Je n’ai rien fait pour mériter ce que je dois assumer et ce dont je bénéficie. On m’a tatoué notre devise, quelque part dans les sillons de mon cortex, bien avant que je me sois posé les premières questions sur la liberté, l’égalité et la fraternité. Alors même que j’aime poser une certaine esthétique sur ces notions, d'autres de mes compatriotes salissent plus sûrement que moi ce qu’ils prétendent défendre. Je ne me sens aucune fibre patriotique pour une nation incapable de baisser les yeux sur le tas de fumier où elle chante une fierté myope et obscure. Pourtant je lui reconnais sa place primordiale dans la construction de ce que je suis et j’y intègre une forme de chance relative – qui n’est rien encore comparativement à la probabilité de ma propre existence (pensez seulement qu’un ou deux spermatozoïdes particuliers ont fécondé un ovule précis depuis des centaines de générations). La France c’est à dire ma famille, mes voisins, mes professeurs, l’éducation nationale, les bureaux de poste, les fonctionnaires et l’administration, le ministère de la santé, mes collègues de travail, le public, plus de cinq millions d’anonymes électeurs incompétents, une grande majorité de bovins ruminants, les boulangeries, le patrimoine historique, l’environnement, les officines culturels, la SNCF. J’en réfute l’idée d’appartenance, quand bien même je ne serais jamais autre chose qu’une française. Je ne suis pas la première, évidemment. Cette position n’a pas de valeur originale, c’est un état de fait.

J'assume la laïcité mal digérée de ma société judéo-chretienne et, en guise de consolation, je vous balance les paroles d’
Hubert Félix Thiéfaine:

Exercice de simple provocation avec 33 fois le mot coupable.

Coupable, coupable.

J'me sens coupable d'avoir assassiné mon double dans le ventre de ma mère et de l'avoir mangé.
J'me sens coupable d'avoir attenté à mon entité vitale en ayant tenté de me pendre avec mon cordon ombilical.
J'me sens coupable d'avoir offensé et souillé la lumière du jour en essayant de me débarrasser du liquide amniotique qui recouvrait mes yeux la première fois où j'ai voulu voir où j'en étais.
J'me sens coupable d'avoir méprisé tous ces petits barbares débiles insensibles, insipides et minables qui couraient en culottes courtes derrière un ballon dans les cours de récréation.
Et j'me sens coupable d'avoir continué à les mépriser beaucoup plus tard encore alors qu'ils étaient déjà devenus des banquiers, des juges, des dealers, des épiciers, des fonctionnaires, des proxénètes, des évêques ou des chimpanzés névropathes.
J'me sens coupable des lambeaux de leur âme déchirée par la honte et par les ricanements cyniques et confus de mes cellules nerveuses.
Je me sens coupable, coupable !

J'me sens coupable d'avoir été dans une vie antérieure l'une de ces charmantes petites créatures que l'on rencontre au fond des bouteilles de mescal et d'en ressentir à tout jamais un sentiment mélancolique de paradis perdu.
J'me sens coupable d'être tombé d'un tabouret de bar dans un palace pour vieilles dames déguisées en rock-star, après avoir éclusé sept bouteilles de Dom Pé 67 dans le seul but d'obtenir des notes de frais à déduire de mes impôts.
J'me sens coupable d'avoir arrêté de picoler alors qu'il y a des milliers d'envapés qui continuent chaque année à souffrir d'une cirrhose ou d'un cancer du foie ou des conséquences d'accidents provoqués par l'alcool.
De même que j'me sens coupable d'avoir arrêté de fumer alors qu'il y a des milliers d'embrumés qui continuent chaque année à souffrir pour les mêmes raisons à décalquer sur les poumons en suivant les pointillés.
Et j'me sens aussi coupable d'être tombé de cénobite en anachorète et d'avoir arrêté de partouzer alors qu'il y a des milliers d'obsédés qui continuent chaque année à souffrir d'un claquage de la bite, d'un durillon au clitoris, d'un anthrax max aux roubignolles, d'une overdose de chagatte folle, d'un lent pourrissement scrofuleux du scrotum et du gland, de gono, de blenno, de tréponèmes, de chancres mous, d'HIV ou de salpingite.
Je me sens coupable, coupable !

J'me sens coupable d'être né français, de parents français, d'arrière-arrière... etc. grands-parents français, dans un pays où les indigènes pendant l'occupation allemande écrivirent un si grand nombre de lettres de dénonciation que les nazis les plus compétents et les mieux expérimentés en matière de cruauté et de crimes contre l'humanité en furent stupéfaits et même un peu jaloux.
J'me sens coupable de pouvoir affirmer qu'aujourd'hui ce genre de pratique de délation typiquement française est toujours en usage et je prends à témoin certains policiers compatissants, certains douaniers écœurés, certains fonctionnaires de certaines administrations particulièrement troublés et choqués par ce genre de pratique.
J'me sens coupable d'imaginer la tête laborieuse de certains de mes voisins, de certains de mes proches, de certaines de mes connaissances, de certains petits vieillards crapuleux, baveux, bavards, envieux et dérisoires, appliqués à écrire consciencieusement ce genre de chef-d'œuvre de l'anonymat.
J'me sens coupable d'avoir une gueule à être dénoncé.
Je me sens coupable, coupable !

J'me sens coupable de garder mes lunettes noires de vagabond solitaire alors que la majorité de mes très chers compatriotes ont choisi de remettre leurs vieilles lunettes roses à travers lesquelles on peut voir les pitreries masturbatoires de la sociale en train de chanter c'est la turlutte finale.
J'me sens coupable de remettre de jour en jour l'idée de me retirer chez mes Nibelungen intimes et privés, dans la partie la plus sombre de mon inconscient afin de m'y repaître de ma haine contre la race humaine et même contre certaines espèces animales particulièrement sordides, serviles et domestiques que sont les chiens, les chats, les chevaux, les hè-è-vres, les Tamagochis et les poissons rouges.
J'me sens coupable de ne pas être mort le 30 septembre 1955, un peu après 17 heures 40, au volant du spyder Porsche 550 qui percuta le coupé Ford de monsieur Donald Turnupseed.
J'me sens coupable d'avoir commencé d'arrêter de respirer alors qu'il y a quelque six milliards de joyeux fêtards crapoteux qui continuent de se battre entre-eux et de s'accrocher à leur triste petite part de néant cafardeux.
Je me sens coupable, coupable !

album "Le bonheur de la tentation"

11:00 Écrit par skoliad dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |