08/11/2008

J+

Le voyage en boîte, le sommeil entrecoupé, le premier café à l’aéroport. Putain de valise trop lourde. La journée de debriefing, la douche chaude pendant la pause de midi. Le secrétaire me disant « c’est pas le luxe ! ». La pluie fine sur le visage, j’avais oublié la sensation d’une pluie fine comme une multitude de petites pattes sur ma peau, un poème, espagnol, je crois. Le chinois devant la télé, les raviolis et le riz cantonnais pendant les infos Belges. En Françe le débordement de la Loire fait râler, il faut aller chercher l’eau potable dans les magasins, un président noir aux Etats-Unis. La nuit à 18h, le KO à 20h, le sommeil léger, le réveil à 8h, 7h là-bas, mon rythme d’avant, mon rythme maintenant.

Le petit déjeuner, le pain au chocolat, les pains en fait, un peu mal au ventre en sortant. Le bus, les routes lisses, le métro, la ville déserte du samedi matin. Le coiffeur. De nouvelles bottes. Un pull et des gants. La consommation exagérée. Mal aux pieds. A la carte de crédit, aussi, mais c’est moins gênant. Le téléphone frénétique. La Wi-fi, c’est pratique. Les camels. La foule. J’ai froid. Mais pas autant que je pensais. Les enfants blonds.

Je vis des jours sous stroboscope. Tout est plus lumineux, instantané, déjà disparu, image suivante. Mon regard. Mon sourire après les larmes. Le monde étonnant.

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02/11/2008

J-1

 

Je suis triste.

Très.

 

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01/11/2008

J-2

J’essaye de faire mes bagages. J’ai cet immense privilège de vivre mon départ en écho différé : le sac demain, la fille dans 2 jours. Et franchement, j’ai beau penser aux bains chauds qui m’attendent, à la choucroute de Maman et à des grasses matinées de 3j, j’apprécie moyennement le trip du bagage à faire de manière anticipée. Je suis du genre à boucler le sac 1h avant le départ. Je suis aussi du genre à ne jamais dire Adieu. Ce départ, c’est vraiment pas mon genre.

Et puis il fait froid en Europe. Une idée soudaine : j’vais même pas sortir de l’aéroport. Direct sur le premier guichet pour le premier vol. Je reste en tongue. Bonne idée.

J’essaye de faire mes bagages et je tourne en rond. Voilà ce qu’il se passe à J-2. Je tourne en rond ce soir comme toute la journée. Je tourne en rond dans ma tête, dans mes yeux embrumés. Pathétique.

Il y a 6 mois de ça, je vivais exactement l’inverse. Partir de cet enfer. Je vous emmerde, vous êtes tous des cons même moi. Tu vois le genre. Et là, paf, deuxième effet kiss-cool, je suis lamentablement effarée à l’idée de partir. Les quitter. Ne plus les revoir. Un vrai drame dans ma tête de grande pétasse.

Une autre idée géniale, tout à coup : revenir. Oui, c’est ça, tout simplement. Y a qu’à revenir. Hein qu’elle est bonne l’idée. Plus d’adieu, plus de drame. Je pars juste en vacances. Pourquoi n’y ai-je pas pensé plus tôt, on se le demande.

J-2, c’est l'angoisse du cul entre 2 continents.

 

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29/10/2008

L’Afrique, par moi.

 

Tu vois cette ville équatoriale dans  les ombres et les lumières chaudes éparses. La brume et les feux sur les bords de route. La chaleur lourde et poussiéreuse. Les 4x4 et les camions surchargés, cahotant, bringuebalant. L’odeur de la fumée. L’odeur de la nuit humide qui fait remonter toutes les autres. Le goût de la première mangue du pays. Ben tu vois, ça m’a fait exactement ça.

Sauf que là c'était mes yeux, mon nez, ma bouche, à Kinshasa.

 

Tu vois ces images de la forêt tropicale. Des brocolis à perte de vue et des fleuves géants qui charrient la terre ocre. Les routes qui délimitent plus distinctement la vie humaine.  Les villes Africaines, leurs toits. La chaleur tout à coup, après 4h de vol non climatisé. Ben tu vois, c’est comme ça.

Sauf que là, je suis dans l’avion. Mon écran a la taille d’un hublot.

 

Tu vois le Camel Trophy ? Les gars en 4x4 qui s’amusent à sortir leurs caisses sur-équipées des trous de la piste défoncée. Les axes qui ressemblent à des terrains de cross exagérément cabossés, les ponts fait de poutres, le vert envahissant, l'attaque des insectes quand on est embourbé. Ben en vrai c’est pire que ça. D’abord y a pas de trophée au bout. Seulement celui d’arriver plein de boue après une journée de trail gratos.

Et puis là, c’était moi la fille crevée.

 

Tu vois ces images romantiques de la moustiquaire sur le lit. Le ciel duveteux, la brise du ventilateur qui fait danser la voile du bateau de ta nuit. Ben c’est ça.

Sauf que là, c’est moi qui m’empêtre dedans.

 

Tu vois ces reportages animaliers du Seren-geti. La mante religieuse superbe, le scarabée rhinocéros, les papillons magnifiques, les serpents verts fluos. Les singes à portée de main, les gazelles, les buffles, les aigles et les cigognes, les oiseaux dont tu ne connais même pas le nom. Je te promets, c’est exactement comme ça.

Sauf que là, y a pas de barreau entre la girafe et moi.

 

Tu vois ces enfants tout maigres de la télé qui ressuscitent après une semaine de traitement, les pagnes colorés des femmes qui cherchent l’eau le matin, leur démarche fluide sous le récipient rempli, ces gamins rieurs dans leurs haillons, ces trucs que t’as jamais vu que dans les livres médicaux – un mec avec des couilles jusqu’aux genoux, hein, tu as déjà vu ça sur le net, je suis sûre. L’étrange fascination que ça apporte parfois.

Sauf que là, la pauvreté me paraît presque belle et fantasque.

 

Tu connais le bruit d’un générateur. Le son du silence loin de tout, le langage de la forêt la nuit. L'odeur de la pluie, l'odeur du soleil. Les aurores violets. La lumière orangée d’une superbe soirée d’été. Ben c’est tout juste comme ça.

Sauf que là, c’est ma peau qui change de couleur à 18h18.

 

Tu vois ces grands orages qui illuminent et grondent et vibrent et résonnent et craquent et soufflent et délugent. Ben en vrai, c’est vraiment beau.

Sauf que moi j’ai un toit étanche et des murs en brique à ma chambre.

 

Tu vois ces communautés qui partagent la même maison. Les repas en commun, les fringues en tas énormes, les sanitaires type camping, l'intimité limitée à une chambre, les rires, les fous-rires, les blagues à la cons (la ouate dans mon lit qui traîne encore dans ma chambre, tu vois ça),les coups de gueule, ceux-là qui laissent traîner leur assiette, ceux qui chantent, ceux qui boivent, ceux qui fument, ceux qui partent, ceux qui arrivent, ceux qui ne font que passer, les lèves-tôt, les couches-tard, les soirées mémorables et les histoires en feuilleton. L'intensité des souvenirs que peut laisser un long camp de scout. Ben c'est ça.

Sauf que là y a pas moyen que j'aille planquer mes coups de blues et mes petits défauts à l'autre bout du pays et ça, ça fait des gens qui me connaissent très bien.

 

Tu vois ces marchés colorés et odorants, les petits vendeurs d'arachides grillées, les tissus multicolores à grandes fleurs ou prônant la gloire de Jésus Christ, les gadgets chinois, les chenilles grillées à côtés des poulets vivants, le marchandage, les fouilles minutieuses pour trouver ce que tu cherches, les retours bredouilles, les bonnes surprises, les couturiers, les réparateurs de tout poils, les femmes qui viennent vendre leurs produits, les étals en bambous. Ben c'est vraiment comme ça, le centre commercial de Lubutu.

Sauf que j'ai pas essayé les chenilles, question d'estomac.

 

Tu vois ces églises bondées et multiples, ces chœurs vibrants, les prêches de 4 heures, l'écho des chants, les danses dans le lieu de culte, la foi, les fois comme remède au désespoir.

Sauf que là, j'ai des frissons de cette vibration humaine.

 

Tu vois les mots que j’utilise. Tu les comprends. Tu as plein d’images, d’odeurs, de goûts, de sensations et de sentiments qui te viennent de ces mots-là.

Sauf que c’est pas les mêmes que moi. Evidement.

 

Tu vois, ça, c’est tout simple.

Et pourtant, ça, ça fait une drôle de différence.

 

28 oct. 08

 

12:13 Écrit par skoliad dans RD Congo | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

27/10/2008

J-10

J-10, je suis tristegaitristegaitriste.

Je suis triste. Les Sex-pistol et Trust, au milieu de la brousse, hurlé par une bande d’humanitaire, ça avait quand même la classe.

Je suis gai. Un an sans concert, ça fait long.

Les blagues, les fous rires, les conneries, les délires jusqu’au bout, ma baignoire perso et ce bain chaud à six du mat’ au petit blanc puis au petit noir, mon lit rempli de ouate, les conneries aux autres.

Et puis ceux-là en Europe.

La saveur d’un tout petit bout de fromage, les barbecues, les sourires de Maman Marie, les petites attentions de Justin et Youyou.

Manger un bon cassoulet, une fondue, un plateau de fruit de mer, du chocolat de chez Marcolini. Boire un café sur une terrasse quartier Saint-Maur.

Le sourire de Thérèse, la classe de René, la bonne humeur de Prosper, les danses de Jacques, Maman Marie, Louise, Elisé, les chants de noël en plein juillet dans le bureau admin.

Les tests de filles avec les frangines, les crêpes de grand-mère, le sourire de maman, les amis, lui.

La vie en groupe.

La vie en solitaire.

Le bruit des oiseaux au lever du soleil, la lumière de 18h18.

La mer, la montagne, refaire Bruxelles- Paris –Londres.

Les pagnes.

De nouveaux tee-shirts et des pulls.

Les larmes aussi, les moments durs qui donnent.

Entrer dans une librairie ou une friterie.

Fouiller le marché pour une pile, aller chez le couturier, négocier mes clopes.

La liberté de mouvements, l’anonymat.

Les gosses, leurs sourires, leurs rires.

Vous m’avez manqué.

Putain que vous allez me manquer.

Je suis gai pour pas être triste, je suis triste dans ma gaieté.

 

08:42 Écrit par skoliad dans RD Congo | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

16/10/2008

L'école d'à côté.

 

A côté de la maison, l'ancien couvent, il y a une école. C'est une grande école, une vingtaine de classes aux tableaux noirs usés, marqués de cicatrices à la craie. Les bâtiments datent de l'expansion catholique, du temps des missionnaires, comme le couvent, l'église et la plupart des constructions du quartier. Il n'y a plus de fenêtre, les encadrements vides restent là, en artéfact de ce qui a été, il y a longtemps, avant les guerres et les ravages silencieux. Avant l'oubli du Maniema, de son potentiel, de ses peuples. L'école, pourtant, reste un lieu vivant. Le matin on croise les élèves sur le chemin. On se reconnaît, on rit. Certains ont le costume bleu et blanc, chacun porte son petit cahier. A 7h30 juste, la cloche sonne le début de la journée des petits. Quand je l'entend, je sais qu'il est grand temps de partir travailler. La cloche rythme ainsi ma journée comme celle de tous les écoliers. Pendant les récrées, la cour centrale se remplie et les jeux des enfants font la même cacophonie que partout au monde. On joue, on rit, on danse, on se chamaille, on chahute, on cours, on marche, on vit l'enfance des cours d'école. Et puis il y a les leçons. On entend souvent les classes, les jeunes enfants, réciter en chœur. Cela fait une douce musique, idéale au moment de la sieste. Ha-ho-ha-ha-hi-ho hahohahahiho. C'est une berceuse scolastique que j'aime beaucoup. Ha-ho-ha-ha-hi-ho hahohahahiho.

A la tête de mon lit, de l'autre côté du mur, il y a une salle de classe. J'entend parfois la leçon. Il s'agit souvent de la classe d'économie. Les grands. Les cours commencent à une heure du jour (7h du matin) et me tire parfois du rêve quand le réveil a échoué sa mission. Aujourd'hui, les parts de sociétés. Qu'avons nous dit la dernière fois? Depuis la rentrée, je suis l'évolution, par mur interposé. J'aurais préféré des cours de swahili, mais il est a parier que je n'y aurais rien compris. Je me réveille donc avec de l'économie, ce qui n'est pas le pire des paradoxes de mon quotidien.

Certaines leçons ont lieu le soir, parce qu'élèves et professeurs travaillent pendant la journée. Quelques fois jusque 3 ou 4 h de la nuit (10 ou 11h du soir), ce qui est remarquable dans un environnement où l'on vit et compte l'heure avec le soleil – méthode très logique sur l'équateur où le rythme nycthémère est parfaitement régulier. Sans électricité, on travaille à la lampe à pétrole. Cela doit donner une étrange lumière à la séance. J'imagine des silhouettes fantomatiques penchées sur les petits cahiers en papier recyclé que l'on trouve au marché. Les gestes du professeur lançant de larges ombres sur le mur. Les pupilles dilatées ou peut être les paupières fermées en toute impunité. J'entend les voies fortes des enseignants et commencent à reconnaître les styles sans visage. La plupart ont des méthodes répétitives. Ils dictent aux élèves. Je me les représentent studieux, concentrés, penchés sur leur cahier:

"Il faut admettre que dans l'éventail…", une pause: "lI faut admettre", pause, " que dans l'é-ven-tail…", une pause, "des rapports sociaux, virgule…", une pause, "Il faut admettre que dans l'éventail des rapports sociaux, virgule, des comportements, virgule…", une pause, "des com-por-te-ments, virgule…", une pause, "des solutions possibles, virgule…", une pause, "Il faut admettre que dans l'éventail des rapports sociaux, virgule, des comportements, virgule, des solutions possibles, virgules, chaque société représente…", une pause, "chaque société représente…", une pause, "re-pré-sen-te…", une pause, "un ensemble de choix…", une pause, "un en-sem-ble de choix…", une pause, "et chacune a donc ses préoccupations dominantes, point…", une pause, "et chacune a donc…", une pause, " ses pré-occu-pations dominantes, point". Il faut admettre que c'est pas facile à suivre, virgule, de l'autre côté du mur, point. Et peut-être même de chaque côté du mur, point d'exclamation.

 

A côté de la maison, il y a une école. J'aime entendre les enfants réciter la leçon. Une douce musique qui accompagne mon apprentissage personnel.

 

12:50 Écrit par skoliad dans RD Congo | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

29/09/2008

Paradigme 3-alpha du monde selon Skorp.

C'est le contexte. Ou plutôt le changement de contexte. Ça fait ressortir les choses du dedans. Chez les autres, forcement ça se voit bien. Chez moi, aussi, y a pas de raison. Le pire et le meilleur viennent, des autres et de moi. L'isolement, la promiscuité, la perte de repère, le manque de temps, le manque de pause,  la fatigue, tout ça. Ça dévoile beaucoup de nous. Parfois tu t'étonnes de ce que tu fais. Tu gères bien. Wouah, j'ai été capable de faire un truc comme ça. Comment j'ai bien réagis! T'as vu ça, hop, comment j'ai assuré sur ce coup-là ? J'suis vraiment trop maline, et en plus je suis belle et spirituelle, riche de mes expériences, j'ai foi dans l'avenir. C'est le pied. D'autres fois tu foires carrément. Tu passes à côté de l'important. Putain je suis trop con. J'ai clairement mal percuté la situation. T'as vu ça, j'ai tout raté. Je suis nulle, moche et vieille, pauvre et désespérée. C'est la merde. Le plus souvent tu tâtonnes entre les deux. C'est l'impro totale, mi-réjouissante mi-angoissante. Tu sais pas très bien si t'es dans le bon ou pas. Et t'es même pas donné l'occas de te poser 5 min pour cogiter sur le bon et le bien du problème. On n'a pas le temps, nous Monsieur, avec nos 60h de boulot semaine de se poser des questions métaphysiques. Y a pas de réponse de toute façon, c'est rassurant.

C'est comme partout, en fait, mais un peu pas pareil, tout de même. C'est exacerbé. Ou alors c'est la perception que l'on en a qui est accrue. C'est condensé. Oui, c'est ça, c'est une question de densité de la chose. C'est la pression que tu mets là dessus. On fait des trucs Importants, tu comprends. Les implications de nos choix. La gravité, le sérieux. On est des gens essentiels, on sauve le monde, nous, pendant que tu bois ton thé bio dans ton bain moussant. De la connerie, encore, qui nous permet de tenir un rythme de dingue en étant privés d'apéricube goût piment. Mais c'est pas souvent qu'on s'en rends compte. On se prends trop la tête.

Ou alors c'est juste la fatigue.

Sûrement.

 

L'Afrique m'aura au moins appris ça. Je suis visiblement plus belle quand j'ai la pêche. Le reste du temps j'ai une jolie couche de connerie incrustée, que même monsieur propre en viendra pas à bout.

 

09:25 Écrit par skoliad dans RD Congo | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

31/08/2008

Celles qui aiment en désordre.

 

Nous avons un chat, au stock central. J’ai un chat sur mes genoux. Melle chat est nouvelle employée de l’association. J’avais des rats dans mon stock qui bouffaient les aliments thérapeutiques des gamins mal nourris, arrosaient le tout à l’éthanol du labo et finissaient par prendre du paracétamol. Leurs vies de rêve de rats commençaient à me les briser menu. Ecce Homo. Les moyens aussi barbares que dangereux de la logistique (des sortes de pièges à loup pour rats et du poison) n’ayant finalement que prouver leur inutilité face aux rongeurs, on m’a laissé faire à ma manière. Ainsi est arrivée Melle chat, il y a 2 semaines. J’aurais voulu en prendre 2 : frère et sœur mais le bonhomme n’a rien voulu savoir. Il ne vendait qu’elle, la petite malingre, 12 $ que j’ai ramené à 7 après 3 quarts d’heure de négociation. Une vraie fortune ici. Bien plus cher qu’un poulet. Ce qu’elle aurait fini par devenir, d’ailleurs. Ici seuls quelques riches ont un chat pour les rats, le seul chien est dans la maison d’une autre ONG. Leurs descendances finissent plutôt tôt que tard dans une casserole. Question de survie. J’ai donc ramené Melle chat a son nouveau lieu de résidence et de travail. Pendant 2 jours, traumatisée, elle se cachait derrière les étagères. J’allais la chercher, un peu de force, pour la caresser et je la laissais refiler dans son trou. Ça ne durait jamais plus de 30 minutes. Mais le 3ème jour elle a enfin accepté de manger. C’est à  dire boire du lait. Melle chat est encore une enfant. Ou en tout cas l’est redevenue le temps de l’adaptation. Ça a été assez vite, je dois dire. Au vu des premiers jours, j’ai cru en avoir fait une sauvageonne qu’on ne pourrait approcher – si elle survivait. Mais non, Melle chat est très câline quand on la connaît. Elle s’est habituée, à moi surtout puisque je viens la voir et donne la nourriture. Elle a déjà visiblement grossi et aura bientôt la taille des monstres suralimentés qu’elle est censée chasser. Elle ne se cache plus du tout et à élu domicile en face de la porte. Elle ronronne de loin en me voyant arriver. Aujourd’hui, elle n’a encore vu personne. La gestionnaire du stock ne travaille pas le week-end. J’ai fini tard à l’hôpital, pour un samedi, et je suis rentrée faire une sieste. Ce qui fait que je ne suis venu qu’à 16h30. Elle pleurait derrière la porte. Elle a râlé comme ça au moins 5 min avant de sauter sur mes genoux. Et elle s’est mise à se rouler dans tous les sens. Voulant être caressée sur le dos, sur le ventre, derrière les oreilles, sur les joues, sous le menton, le long des pattes. Tout en même temps. Mordiller mes doigts. Lécher et griffer ma peau. Manquer de tomber toutes les 20 secondes dans ses élans. Téter mes vêtements. Se pendre à mon collier. Faire un bisou sur le visage. Attraper une mèche de cheveu. Me fixer dans ses grands yeux gris. Grimper sur mes épaules. Melle chat aime en désordre. Dans le tout de sa jeunesse.

Après 30 ou 40 min de ce manège, j’ai allumé mon ordinateur. Elle n’a pas du tout apprécié ce changement. Venait chercher mes mains sur le clavier. En râlant très fort. Puis, vexée sans doute, elle est descendue par terre. Tournait autour de ma chaise en miaulant du plus fort qu’elle pouvait. Visiblement mécontente de la situation. Alors j’ai arrêté de m’occuper de l’ordinateur et lui ai fait signe de monter sur mes genoux. Une dernière séance de câlin et la voilà somnolente, ronronnant, sur mes genoux. De temps en temps un petit miaulement réclame une caresse. Elle me tient chaud dans la fraîcheur du grand espace vide.

 

Hier j’ai émis involontairement un petit bruit avec ma gorge en retrouvant un fichier égaré.

Le patron m’a fait remarquer : « Tu ronronnes ».

 

29 août 08

 

 

 

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14/08/2008

Jour off

 

Aujourd’hui il pleut. Il fait froid depuis 1 mois ou 2, l’hiver à moins de 30°C, couverture pour dormir et pull pour supporter les petits 25°C du soir. Hier une grosse chaleur, brutale autant qu’éphémère, et puis la pluie ce matin. La pluie fine et froide, l’envie de rester au lit. Ce que j’ai fait jusque 8h, d’ailleurs. Un fauteuil confortable, un feu de cheminée, un chocolat chaud. Je suis en décalage saisonnier avec l’hémisphère Nord. Un bouquin, un petit plaid. J’ai mal au dos comme une petite vieille rhumatisante. J’ai envie d‘un jus d’orange frais (un fruit qui n’existe pas ici), d’une vue sur le Lac. D’une Camel.

Il est 11h, deux petits papillons blancs virevoltent devant moi; depuis 3 matins, il pleut de grosses chenilles de l’arbre devant ma fenêtre. Ploc, encore une qui a raté sa descente. Le temps du café, sur ma chaise en bambou, j’en compte une bonne dizaine. De grosses chenilles rouges avec des piquants. Si elles pouvaient devenir papillons elles donneraient sûrement de ces énormes nocturnes, les merveilles du matin. On les croise, en fin de vie, disons en pleine sieste, au lever du soleil. Ils me fascinent ces insectes gros comme ma main, au mille couleurs, au cent textures. La variété de ces espèces n’existe pas pour les diurnes, ici. La beauté ailée est nocturne, invisible en plein soleil. Les cuisinières ramassent les chenilles géantes et en font une casserole grouillante. Ça crisse et ça crispe en se débattant là-dedans, avant le repas de midi. Des protéines bon marché que l’on fait griller. Il paraît que c’est farineux, je n’ai pas essayé.

Je n’ai pas envie de travailler. J’attends une éclaircie.

 

14 août 2008

 

13:28 Écrit par skoliad dans RD Congo | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

05/08/2008

Un an.

J’ai donc choisi de rester, rester encore un peu, comme pour achever un tour complet de la grande horloge annuelle du décalage saisonnier.

Un an à Lubutu, province du Maniema, République Démocratique du Congo, Afrique.

Les jours bleus de l’été au-dessous de l’équateur, les suées brusques de la fin de journée et puis les orages retentissants. L’azur de la saison des pluies, l’orangé des couchers de soleil, la lumière et la magie pendant 30 min chaque jour. Les chants des oiseaux, précisément, à l’heure exacte. La saison des hirondelles, celles des tisserands qui mettent toute la colonie sur deux ou trois arbres, tous leurs œufs dans le même palmier. Les jours gris de l’été au-dessus de l’équateur, les petites pluies fines, les brouillards qui tombent en gouttelettes, l’humidité à 99%. Les papillons de nuit fabuleux, les orchidées sauvages, les petits singes et les antilopes. Les frites de manioc, le poulet-riz-sembe, le fu-fu (prononçez Fou-fou) qui colle à l’estomac, les petites bananes succulentes et les plantins. Les pagnes, les tongues chinoises et autres matériels éphémères, les briquets multifonctions, les clôtures de bambous, les paillotes. Les rires des enfants – « comment tu t’appelles ? -, les chants des églises, les pleurs, les cris. Les fêtes. Les mamans, les papas qui s’occupent de moi, mon nom aussi, devenu précédé d’un maman amical, mes jupes. Les salutations avec les fronts, bonjour-bonjour. Les routes défoncées, les pistes comme des piscines, les camel-trophee sans trophées, les 4x4 et les pelles, les tire-forts, la terre et l’eau rouges, l’entre deux verts, vert, vert de profusion végétale. La lune et les étoiles que je ne reconnaissais pas. L’époque des scarabées rhinocéros, des mantes religieuses, des migrations de fourmis en autoroutes pour insectes. Mes 17 colocataires, mes 35 membres d’équipes, mes 250 collègues, mes 20 000 voisins. Les bars à la bière tiède, le coca transportés par vélo et les bouteilles dont il faut laver les goulots. Les chaises en bambous, les murs en torchis, les toits en feuilles. Les yaourts fait maison, un luxe, les douches froides, les règles de sécurité, les chauffeurs et les gardiens. Le couvent, ma chambre, les palissades, la forêt à perte de vue. Les moustiquaires, les serpents, les semaines de 60 heures, les films sur l’ordinateur. La revue de presse à l’arrivée d’un visiteur, le fromage de Goma. La moisissure sur le cuir, les latrines, le marché, les militaires, les rebelles. Les gamins tout maigres qui portent leur poids d’eau sur la tête, les vélos défoncés. Les parties de Mikado géant, les petits Grégorie au gin-tonic (avec morceaux de sucre ramenés exprès). Les conneries, les enfantillages et les soirées mémorables. Mon anniversaire avec 80 personnes, celui avec 4 potes, le hamac sous la paillote du jardin, les barbecues. Les coups de gueule, les fous rires, les crises de larmes, les bagarres, les complicités, les tendresses, les amours et les colères. La solitude dans l’envahissement constant de l’Autre, l’absence d’intimité qui rend fou et console. L’intensité des choses. Le jeu d’échec fait de capsules, le remplissage des réservoirs d’eau, la corruption, le chantage, l’arnaque, les cadeaux, les sourires timides. Mes faiblesses dévoilées, mes forces insoupçonnées, mon humour lamentable et salvateur. Le souvenir d’un ailleurs, les messages d’un autre monde, ceux qui dynamisent et ceux qui dynamitent.

Au milieu de rien, il y a tellement, tellement. Tellement de choses qui m’ont plues, que j’ai détesté, qui m’émerveillent, qui me choquent, qui me feront rêver longtemps, longtemps après, qui me feront peur, encore un peu, peut-être, si j’ai de la chance.

 

1er août 2008

 

14:29 Écrit par skoliad dans RD Congo | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Prolongations avant 3ème mi-temps

 

Neuf mois de mission, s’aurait été un enfantement. Naître de ma présence. Etre et puis revenir au monde. Celui que je connais. Accoucher de mon travail, m’en libérer enfin. Finir, achever quelque chose, comme un cycle de vie. Oui, ça aurait été bien, revenir le 8 du 8/08. Une boucle bouclée, facilement.

 

Je prolonge 3 mois, normalement. Si je tiens encore. Ça me paraît un peu surréaliste. Rester, encore. Prolonger comme mettre un point de suspension final. Comme une impossibilité de tourner le dos. Ou peut-être comme une impossibilité de retour immédiat. Chez les blancs, j’aurais tellement à faire. Me trouver un toit, par exemple. Il me reste si peu d’énergie, finalement. Trop peu pour l'occident surexcité. Comment rester encore ? me direz-vous. Comment rentrer et où dormir, hiberner en plein été, 2 mois consécutifs ? me dis-je. Alors je me laisse entraîner par le cours des événements. Pour limiter ma prise de décision. Restes ! Oui, d’accord.

 

Un an. Carrément. A Lubutu, au milieu de rien, à 200 km minimum du premier trou perdu, dans la brousse, comme coincée là, avec un pas grand chose qui ressemble un peu au rien, sans autre fenêtre que les passages de l’extérieur, tiens il paraît que le président français a épousé une chanteuse. Un an de ma vie, là. Un an, des dizaines de semaines, centaines de jours, milliers d’heures, millions de secondes. Là.

Et je ne sais plus très bien pourquoi. Je suis là. Je reste Là.

Juste maintenant je ne sais plus tout ce qui me fait rester. Il doit y avoir quelques chose, j'ai su ce quelque chose. Je n'arrive pas a vous en parler, de ce qui me fait rester, loin de vous. Par peur que vous ne compreniez pas, ou que vous compreniez trop bien. Ce que moi même je ne comprends pas et ressens si bien.

 

Enfin, avant, tout de même, je décompresse une semaine au Rwanda. Histoire de retrouver l’élan. Pour 3 mois de plus.

 

 

10 juil. 08

14:28 Écrit par skoliad dans RD Congo | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

04/05/2008

Kinshasa : le retour.

 

Ma dernière journée à Paris fut un vendredi noir. Vol raté, carte bleue bousillée, téléphone vidé, chambre d’hôtel à dégager. Réveil à 7h, avec la gueule de bois, mon cerveau embrumé panique 1 min 30. Aucune idée du routing prévu pour moi après Kinshasa, pas de secrétaire à portée de main. Ni de chauffeur. Ni de cuisinière. Ni d’employé de maison. L’humanitaire fini par créer des assistés… chez les expatriés ! Après la douche, tout de même, de vieux réflexes de survie urbaine réapparaissent mystérieusement. Le reste de la journée est chiant mais gérable, en fin de compte.  Le lendemain, je lésine pas sur les 50 euros de taxi pour être à l’aéroport 2 heures avant le décollage.

Le départ, pourtant, est bordelique. Du bordel de passagers rebelles, du bordel d’un expulsé qui crie « au secours » au fond de l’avion, histoire de gagner quelques heures. Et ça marche. Un premier leader mène la moitié des passagers à la révolte contre le non-respect des droits de l’homme. J’entends des trucs ahurissants du genre « Tous ces belges au Congo devraient être rapatriés eux aussi ! », ça me rappelle vaguement d’autres discours tout aussi crétins d’extrémistes de tous bords. « C’est parce que c’est un avion plein d’africains qu’on nous impose ça ! », « Envoyez-le en charter ! » Sur ça je réagi : « parce que ça serait plus juste en charter ? », réponse : « On n’a pas à supporter ça ». Bien oui, dans le monde d’aujourd’hui on peut tout faire sauf montrer ce que l’on fait. C’est bon, je dis plus rien. De toute façon le débat tourne au conflit des méchants blancs contre les gentils noirs. C’est même pas la peine de plaider pour une connerie universelle. Le jeu est à celui qui criera le plus fort : je fais pas le poids. Le plus marrant dans l’histoire, c’est que les plus vindicatifs sont des congolais en Europe depuis plusieurs années à voir leurs styles de fringues. Un grand rigolo, chaîne de 3 kilos autour du cou et ceinture assortie, réussi dans les mêmes 5 minutes à revendiquer le retour de tous les blancs d’Afrique, et à se vanter de gagner 4 fois plus que le flic de service depuis qu’il habite en Suisse. Une femme pleure. Des hommes s’énervent. Ça devient houleux. Au sens propre de l’expression. Le commandant arrive et demande que le passager expulsé soit débarqué. Puis il se tourne vers le public : « Ce ne sont pas les passagers qui font la loi à bord ! » et hop, deux des mecs les plus excités sont chopés par des flics en civil. En tout on découvre 8 policiers dans la zone. Rien que ça. Un des deux passager arrêté se débat, s’accroche aux sièges, gueule. Les flics le prennent à 4, fermement. Ce nouvel épisode provoque une autre vague de gesticulations. Ça tourne pas très bien tout ça. Pour tout dire, j’étais trop loin pour témoigner de quoique ce soit sur le traitement du mec expulsé. J’entends parler de menottes. Je vis depuis déjà assez longtemps au Congo pour avoir vu des traitements bien pire. L’Europe n’est pas en reste au niveau des violences policières. J’ai beau avoir une aversion constante de tout ce qui porte un uniforme, je trouve pas la situation si catastrophique. Comparativement. J’peux juste pas m’empêcher de penser que si un monde idéal c’est une vague caricature de tensions raciales, ça va me faire chier.Pour finir on décolle. Le vol se passe bien. Les paysages sont magnifiques. Pour penser à autre chose, je repense à la veille. Je me lance dans l’autoanalyse de comptoir : et si c’était un acte manqué ? Et si j’avais pas vraiment envie de rentrer en RDC ? Paris était bien joli sous ses airs de premiers jours de printemps. Les jupes rétrécies de 90%, les angles de vision des garçons de 90° . Je cogite ferme pendant 2 heures puis je m’endors.J’arrive à Kinshasa avec un peu d’avance. Pas de protocole en vue. Le protocole c’est le gars qui vient vous chercher à l’aéroport et règle toutes les petites tracasseries qui peuvent arriver à une femme blanche et seule dans une capitale comme Kinshasa. La consigne est stricte : on ne sort pas de l’aéroport seule, on ne suit personne, on attends sagement comme une conne parce que ça serait encore plus con de vouloir faire autrement. Mon crédit congolais est vide, lui aussi. Pas de téléphone, pas de protocole. C’est le bordel, décidément. Finalement Jules arrive et me redonne le sourire.Et puis, enfin, je sors de l’aéroport.Ça y est, je suis rentrée. Je me sens bien. Il fait bon. L’odeur de fumée m’envahie les narines. Ça me chatouille. L’humidité colle mon tee-shirt que je fais sécher en ouvrant la vitre de la voiture. Les cahots de la voiture me plaisent comme m’ont plu les fromages français. Ça y est, je suis à Kinshasa, plus rien ne peut m’arriver ! (oui, c’est une blague).    

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27/02/2008

Les papas coupe-coupe.

C’est l’histoire sans histoire des papas coupe-coupe. Les papas coupe-coupe ont des bras et tondent l’herbe avec leur coupe-coupe. Coupe-coupent les herbes, les petits vieux alignés. Tchac-tchac, en mouvements involontairement synchronisés des hommes qui travaillent ensemble. Coupe-coupe les papas dans la verdure qui ne cesse de pousser. A peine fini qu’il faut recommencer. Les papas sont toujours occupés. Coupe-coupe. Tout autour, tournent et rasent, tout  le tour de l'immense barbe végétale. Comme des danaïdes courbées sur la terre fertile.

Je fume ma cigarette sur l’escalier, et je regarde les papas couper. Ils avancent tout de même assez vite, à la sueur de leurs bras. Les machettes comme de grands pendules, coupe-coupe l’herbe haute. Quelque part loin de mon escalier, il y a des tondeuses à gazon, des usines à faire des briques et des parpaings, des poulets prêts à manger, des légumes en boites, des idées toutes emballées, des soirées télé, des gens connectés, isolés, désynchronisés. Quelque part il y a une bulle, deux bulles, dix milles petites bulles de non-sens, loin de ma petite bulle tout aussi absurde, juste différente. Et quelque part, tout près de moi, j’avais presque oublié ça en chemin, il y a l’herbe qui grandit. La facilité des lames motorisées me fait doucement rigoler. Vraoummmmm. Ça m’a toujours ennuyé ces bruits de moteurs le dimanche matin, juste quand je dors si bien. Je préfère nettement mes papas tchac-tchac. C’est l’histoire sans histoire des papas coupe-coupe qui me bercent de l’instant recommencé. C’est l’histoire sous l'histoire d’un monde qui n’existe pas, c’est l’histoire historique de plein d’univers qui s’entrechoquent et repoussent toujours plus vite que les lames de mes pensées.

Tchac-tchac. Un papa s’arrête et me sourit. C’est lui qui a raison, je le regarde depuis trop longtemps. Ma cigarette finie, je n’ai plus d’alibi. Je me lève.  

 

26 févr. 08 

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21/02/2008

Les mots-clés.

Je n’arrive plus à écrire. Pas que je n’ai rien à dire. Non, des trucs à raconter y en a plein. Du temps pour les écrire par contre, c’est devenu denrée rare. D’abord il y a les 12h minimum syndical de taf par jour, et les dimanches après-midi pour les urgences de 2de ligne, c’est à dire tout ce que je n’ai pas le temps en semaine. Je suis même montée à 18h/jour pendant l’alerte fièvre hémorragique. Le pire, c’est que je n’arrête pas de me dire «  Lève le pied, tu ne sauveras pas le monde », et puis dans la seconde qui suis, un nouveau truc me tombe dessus, c’est reparti. La grande blague en ce moment, c’est de quitter volontairement mon bureau 30 min avant l’heure de mon rendez-vous à l’autre bout de l’hôpital. Malgré ces précautions, j’arrive encore en retard. Tous les 10 mètres, une personne avec un ou deux ou trois problèmes. Tous urgents, forcement. Tous urgents pour celui qui est en face. Rien que d’écouter, rien que de dire : « j’ai rendez-vous, tu viens me raconter ça après ? » Ça me prend déjà 3 plombes. J’envisage sérieusement de demander au logisticien de me faire un réseau de tunnels (enfin seulement quand il m’aura livré mon Jacuzzi). Mon degré d’emmerdement quotidien est proportionnel à la taille de mon trousseau de clé qui pèse dans les 2 kilos et les quelques centaines de milliers d’euros. Et dire que je n’ai aucune clé personnelle ! Ça m’encourage pas à reprendre un logis. L’autre jour, excédée, à bout et mal réveillée, je me suis fâchée. J’ai répondu à mon interlocuteur :

« Il est 6h30. Je commence officiellement le boulot à 7h30. Imagine que je suis dans mon lit et que tu m’as pas vu. Imagine que je ne suis pas là. Imagine que je n’existe même pas ! Trouve une solution tout seul ou reviens dans une heure ! ». A la gueule du gars j’ai su qu’à 7h31 je l’aurais sur le dos. Mais j’avais gagné une heure peinard. Ouais ! C’est vrai quoi, personne n’est indispensable et surtout pas moi. L’investissement est une spirale infernale qui rend les autres très avides de votre énergie. Promis, dimanche je fous rien ! Promis, j’essaye !

Et puis, justement, il y a la fatigue. La seule insomnie qui me guette est celle du trop plein d’adrénaline dans mes tissus. Sous ces tropiques, je suis plus pâle que jamais. Parfois je comprends même plus ce qu’on me dit en français. Je navigue entre l’étonnement face à ma propre résistance et la lassitude chronique, l’impression que je ne suis pas faite pour « ça ». Qui est fait pour « ça » d’ailleurs ? Le nez dans le guidon, j’évite de tirer des conclusions. Je vis le présent à la Congolaise. Sans trop penser à ce qu’il signifie.

Et puis aussi les mots trahissent. Lubutu c’est plus que 70h d’acharnement professionnel par semaine. C’est même carrément autre chose. Les mots que j’aime et me méfie tant, nous trahissent. Ce ne sont que des coquilles vides dans lesquelles nous mettons chacun un sens subjectif, changeant au gré de nos expériences et nos états d’âmes. Les mots de Lubutu ne sont pas Lubutu. Ne croyez pas un mot de ce que j’écris. A Lubutu y a plein d’autre chose que ces mots-là. A Lubutu il y a même tout ce que mon absence de mots révèle. Des gens bien, des gens rayons de soleil, des gens qui comptent pour moi et comptent aussi un peu sur moi. Pour ces gens là, promis, j’arrête de râler. Enfin, surtout quand j’aurais dormi plus de 7h d’affilé.

19:02 Écrit par skoliad dans RD Congo | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

14/02/2008

Les hirondelles.

Au dehors de la chambre aux douleurs inénarrables, une hirondelle a fait son nid. Petit boomerang noir et blanc passe devant mes yeux, semble vouloir m’attraper. Je suis enfant, sur le balcon de mes grands-parents. J’écoute les hirondelles piailler la fin de journée lourde, l’été. Elles volent tout près du sol. Le cri de l’hirondelle, juste là. A 33 ans, je suis assise sur le bord du lit car un autre sol semble vouloir se rapprocher trop près de moi. L’estomac noué, je sens des sueurs froides dans mon dos, la gorge sèche, la chaleur est brusquement insupportable. Elle a 25 ans à peine. Pauvre parmi les pauvres. Pauvre, oui, d’une pauvreté intolérable, pauvre parmi toutes les douleurs d’un peuple. Sa souffrance, sa douleur, sa vie. Mais aujourd’hui ; aujourd’hui ! Aujourd’hui, l’insupportable. L’infamie d’hier, l’inhumain demain encore, les ténèbres d’aujourd’hui. Un voile noir devant mes yeux, je refuse le malaise. Je résiste au trou dessous mes pieds. « Tu vois, disait grand-père, quand elles volent bas comme ça, elles annoncent la pluie. » L’hirondelle vole haut, aujourd’hui, dans son hiver tropical. Elle refera dans quelques mois le voyage retour vers les lieux de mon enfance. Un voyage probablement périlleux et douloureux. L’oiseau qui me maintient présente par le passé, dans mon présent au passage difficile. Et cette scène insoutenable. Je veux partir, je m’accroche du souvenir à l’aile de l’hirondelle, je m’évade de l’horreur par les airs sans regarder le ciel car je ne veux pas fermer les yeux. Pas fermer les yeux. Je suis sur le balcon et dans la chambre, en même temps. Je suis avec Elle, tout près de celle que je ne pourrais jamais rejoindre même après dix milles migrations. André m’a dit : « Au Congo, il n’y a jamais de problème parce que depuis bien trop longtemps on a déjà connu tous les problèmes. » Les destins d’hirondelle sont bien mystérieux.
 

Le 19 janvier 08.

 

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Le lac : another day in paradise

 

La route de Tingi-tingi est celle qui sert d’aérodrome. Sur cet axe, a environ 10 kilomètres du village, une piste part dans la jungle. Elle mène à une ancienne carrière, devenue lac d’eau de pluie.

Nous sommes partis vers 13h, maillots mis, bouée, pique-nique et lait solaire en simples bagages. La piste ne voit plus beaucoup de véhicule depuis que la carrière n’est plus exploitée et que Claude, le diamantaire marseillais, ne la pratique plus régulièrement. Aucun 4 roues depuis plus d’un mois, ça oblige à quelques coups de machettes. Pour avoir essayer, je peux affirmer que je suis nulle au maniement de la machette. Il me faut environ 50 essais pour un simple bambou. Je ne survivrai probablement pas à la vie en forêt sans entraînement. Heureusement pour nous, le chauffeur s’en sort très bien. On admire la technique et ça le fait rire. En dégageant la route, il fait tomber quelques lianes et les filles récupèrent les fleurs « oiseaux de paradis ». On parle de l’histoire des sirènes de rivières. Elles sont toutes blanches et prennent les chasseurs qui ont le malheur de les voir. Tout plein d’autres animaux fantastiques se cachent là, derrière, dans le vert. De temps en temps, un trou dans la forêt perce le rideau de végétation touffue, permet d’apercevoir les arbres géants. L’horizon redevient canopée un instant puis se referme. Un petit singe traverse. Un papillon bleu électrique profite de l’effet d’aspiration de la voiture et nous suit quelques temps, comme parfois les dauphins dans le sillage des navires. Nous croisons un chasseur. Je me demande comment il arrive à manier sa lance de 2 mètres dans un tel environnement. Il salue les blanches sirènes en vadrouille et je souris. Plus loin de grands bambous forment un dôme gothique à 15- 20 mètres au-dessus de la route sur au moins 300 mètres. L’équipe l’appelle la cathédrale mais moi j’y vois une grande porte, une arche. Alors nous arrivons au lac. Je n’ai même pas de photo du lac. Il va falloir que vous le découvriez dans votre imaginaire. Nous arrivons par le côté surplombant l’étendue d’eau. Nous descendons vers la plage, un tout petit bout de terre un peu dégagée qui permet d’accéder à la piscine géante. Tout autour la forêt nous isole du monde. A peine descendue je me débarrasse des vêtements superflus et file à l’eau incroyablement transparente et à l’exacte température : il fait lourd cet après-midi, la fraîcheur est très agréable. La pente est abrupte. En quelques pas, on peut nager un bon 100 de long sur 50 de large, environ 8-10 fois la taille d’une piscine olympique d’eau claire sans chlore, pour six personnes et un pneu de camion.  Le bain dont je rêvais dure presqu’une heure. Puis, détendue et un peu lasse, je vais me sécher. La surface n’est plus verte végétale comme avant, elle reflète maintenant le ciel lourd et gris. Je lis un peu en buvant un verre. Un oiseau crie quelques part devant moi. Le soleil est caché mais les premiers éclairs arrivent. Puis la pluie se fait entendre sur les feuilles au loin. Tout à coup, à quelques mètres de nous, la surface du lac se trouble, et nous nous dépêchons de rejoindre la voiture. Nous rentrons dans le désordre des sacs de plages, la buée et les rires. Quand nous arrivons à la base, 45 min plus tard, il pleut toujours mais les réservoirs d’eau sur le toit sont vides. De l’eau sur le toit pourtant, il en coule des hectolitres. Nous sortons shampoings et gel douche pour rejouer la pub « Tahiti douche, un petit moment de paradis ». Les garçons prennent des photos, les filles rient sous l’eau fraîche. L’eau déborde des gouttières en doux rideau, sous le gros tuyau elle masse vigoureusement les muscles. Le temps d’une thalasso, le chocolat chaud est prêt.    A Lubutu, dans la province du Maniema en RDC, à moins de 100 kilomètres de l’équateur, j’ai goûté un morceau de paradis.   14 janvier 2008

18:44 Écrit par skoliad dans RD Congo | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

La Congolaise.

« La Congolaise » c’est le nom de l’hymne national de la RDC.

La Congolaise c’est aussi la femme congolaise. Evidemment.La femme congolaise rurale se lève à l’aube et va chercher de l’eau. De longs trajets biquotidiens avec la bassine chargée sur la tête. Puis elle part aux champs. Elle rentre le soir faire à manger à son mari et aux enfants qui, traditionnellement, ne mangent que ce repas. En journée, en traversant les villages de brousse, on croise quelques enfants –ceux qui ne travaillent pas ou ne sont pas à l’école- et une majorité d’hommes. A l’ombre des paillotes, ils attendent le retour des mères nourricières. Dire que la femme est au centre de la cellule familiale c’est encore un euphémisme. Mais si j’en rajoute trop, ceux qui me connaissent mal finiraient par croire que je suis une féministe acharnée.Hier, une femme est arrivée en chirurgie complètement défigurée. Quatre ou cinq autres, moins amochées, sont passées aux consultations. Chaque semaine, je croise de près ou de loin, au moins un cas de violence conjugale. Je ne me suis pas encore intéressée aux statistiques, mais pour moi qui les voit, ces histoires en forme de coups sont suffisamment éloquentes et se passent de preuves mathématiques. En voyant cette patiente je dis à l’infirmier du service:« Je trouve qu’il y a beaucoup de violences envers les femmes. Est-ce la norme ? ».Lui se contente de rire. Ne croyez pas qu’il soit particulièrement rigoleur, le bougre. Thomas est un infirmier calme et sérieux. Il est attentif à ses patients. D’habitude. Cette réaction, ou plutôt le manque de réaction, me paraissent suffisamment significatifs, pour ne pas dire édifiants. Sur le coup, je sors au médecin congolais présent :« Une femme battue, je ne trouve pas ça drôle ! »  Et lui de me répondre : « C’est la saison ! »Ainsi, à l’instare des pluies torrentielles et des espèces d’insecte, les violences aux femmes répondent à des lois de survenues régulières, naturelles en somme. En fin d’année, pour reprendre un célèbre slogan, les hommes boivent plus, les femmes trinquent d’avantage. CQFD. De toute façon, il y a toujours une explication à l’énervement du mari, m’entends-je encore dire. La logique du plus fort à cela d’universel et d’intemporel : le maître raconte l’histoire. N’aller pas croire que tabasser sa femme soit une habitude de tous les Congolais. D’autres part, la pauvreté, le chômage et l’oisiveté qui en découle, le niveau d’éducation des couches les plus défavorisées, le culte de l’homme fort et la culture de discrimination de la femme, ont sûrement un rôle dans tout ça. Avec toutes ces pétasses qui savent toujours pas servir le repas à l’heure du journal télévisé, les considérations sur la maltraitance dépassent forcement les frontières. Tout de même, je me dis que dans mon infortune d’être née sans couilles, j’ai tout de même piochée la bonne carte d’être européenne. A défaut d’écrire, je sais au moins lire et quelque part loin d’ici, une baignoire débordant d’eau chaude parfumée m’attend certainement près d’un flyer de Bip Bip pizza. Et ça fait une sacrée différence.De mon point de vue très occidental, La Congolaise c’est le nom que je donnerais à une des priorités nationales. Au même titre que l’accès aux soins de santé et à l’éducation. Carrément. Et n’imaginez pas que je parle de l’hymne national : les levés de drapeaux, quels qu’ils soient, ça me donne la nausée.


Panneau violence femmes
 

3 janv. 08

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26/12/2007

Noeli noeli.

Je n’arrive plus à écrire. Les mots, mes mots me paraissent tristes de sens, ternes de sons, absents d’odeurs, vides.

C’est Noël, à Lubutu. On avait du mal à y croire. Le soleil se lève toujours à 6h. Le soleil se couche toujours à 18h. Il fait chaud. Pas de guirlande dans les rues, pas d’avantage de vitrines que le reste de l’année, pas de publicité de jouets et de caméscope digital. Alors pour se mettre dans l’ambiance on a fait un bambou de Noël. On est sorti du jardin et de l’autre côté de la clôture, côté jungle, on a utilisé le coupe-coupe sur une branche de 6 mètres de long. Plus petit ça ressemblait à rien, et puis de la place ou du bambou, c’est pas ce qui nous manque. On a gonflé des ballons Delhaize rapportés de Bruxelles par le dernier expatrié. On a fait des guirlandes avec des bouts de polystyrène. Ça nous a mis à l’heure du réveillon.

Le 24 au soir on a ouvert le champ’ ramené de Kinshasa. On a mangé autour de l’arbre puis bu autour du feu. Il faisait chaud mais on avait tout de même envie d’un feu. On a échangé nos cadeaux. J’ai été gâté. Merci grand papa Noël.

Entre l’apéro et l’entrée, quelques-uns uns ont été à la messe. C’est à cause de la messe que je trouve mes mots tout plats, tout mornes. J’aimerais vous raconter la messe. Et c’est impossible. On m’avait raconté les messes du dimanche. Et c’était exactement comme ça. Et pourtant c’était vraiment autre chose. Je suis arrivée une bonne heure après le début parce qu’ici les cérémonies durent 3-4 heures et que moi je ne me sens pas de rester 3-4 heures à écouter des sermons, même si je ne les comprends pas. Je me suis faufilé par une entrée sur le côté. Dans l’allée centrale des enfants dansaient en défilant. Dans la nef un chœur, dans l’église tout entière une chorale. L’église qui vibre. L’église qui chante et tape dans les mains. Le prêtre est apparu de l’entrée principale. Il portait l’enfant Jésus du bout des bras, au-dessus de sa tête. Derrière les enfants, dans les chants et les vibrations, il a amené le tout petit Jésus jusque la crèche. Pendant la procession, une vieille femme m’a apporté une chaise. Je l’ai invité à s’asseoir, elle. Alors l’assistant du curé a été chercher d’autres chaises et nous nous sommes assises. Obligées. Je me suis retrouvé à côté du mec de l’immigration. Ha, oui, c’est vrai je ne vous en ai pas encore parlé de celui-là. Une prochaine fois. Il vaut bien un texte à lui tout seul. Donc le gars du bureau de l’immigration, une autorité locale, était à côté de moi. Il s’est fâché – il prend toujours ce ton avec moi, il a besoin de marquer son pouvoir avant de mater mes seins piles à la hauteur de ses yeux. Il me demande pourquoi on refuse les chaises. Il me dit que c’est vexant pour eux : on nous accueillent comme des invités de marque, nous les blancs, ceux qui ont de l’argent donc le pouvoir aussi. Refuser l’attention c’est très désobligeant. Il roule des yeux vexés. Je me sens (re)prise au piège de l’incompréhension culturelle. Je lui explique que chez nous, nous asseoir alors que de vieilles femmes sont debout est malpoli, que nous sommes différents. Différents ? Différents ! Voilà, j’aurais dû me taire ! Seul le continent est différent, Mademoiselle, les hommes sont tous les mêmes. Je suis donc à la messe de Noël, à travers une vibration humaine intraduisible, les frissons au corps de l’énergie dégagée par la foule, et voilà que je me fais donner un cours sur le statut universel de l’homme. Par le gars de l’immigration. D’un coup le sermon en Swahili me paraît nettement plus confortable, le curé presque sympathique, Noelli, Noelli. Quand je vous disais qu’il méritait un texte ce gars-là. Bref, je me rattrape en me dépatouillant des malentendus et en remerciant de l’explication. Lui se perd dans mon décolleté. Je suis quitte pour cette fois.

Le reste, la messe, les frissons, les chants, l’homme toujours, l’ordre du Divin retrouvé dans l’harmonie fervente des fois cristallisées et des élans spirituels sous le toit du Sacré, mes propres pensées à l’heure de la prière. Les photos que je n’ai pas prises. L’important de ces moments-là. Tout ça je vous en fait grâce. Parce que les mots me manquent.

19:59 Écrit par skoliad dans RD Congo | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

17/12/2007

Blues mécanique.

Je suis un bulldozer.

Je suis une pelleteuse parmi d’autres tracteurs.

Nous autres, tracks immenses, avançons tout droit.

Tout droit à travers tout le non-droit de nos principes destructeurs.

Nous sommes efficaces, nous sommes constructeurs, nous sommes loi.

Autour de moi le vacarme des moteurs m’empêche d’entendre les oiseaux.

Nos diesels dégagent un brouillard cachant ce que nous écrasons, sans doute pour nous protéger.

Je suis un bulldozer, je suis une pelleteuse, je suis programmée au travail porté par mon ordre de mission.

Je suis increvable car je suis nombreux, je suis des bras, des jambes, des rouages d’une gigantesque machine au cerveau européen.

Je suis inusable car je n’ai pas encore inventé ma mémoire. J’ai un passé pourtant, et un futur, probablement. Mais aucune de mes cellules ne sait le tout, même dans le présent.

Je suis un réseau bien contrôlé, je suis un réseau incontrôlable.

Je suis des impulsions, je suis des rêves, je suis des réalités, je suis des réflexions. 

Je suis nerveuse, brumeuse, solide miroir.

Je suis une association organisée de cellules semi-autonomes ; je suis un corps fonction, je suis un objet équation. Je suis modélisable, explicable, rentable même. Je suis une application mathématique. Descartes est content j’espère, ce con.

 

Paillotte

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Blinders 2

 

Et toi qui me lis à travers ton propre réseau, tu me comprends ; ou pas. D’ailleurs que comprendre ? Que le monde des yeux se lit sous toutes les coutures, humaines ou pas, tu m’as pas attendu pour le savoir, hein. Tu prends de ce que j’offre du bout de ton cortex, et c’est déjà pas si mal. Pendant ce temps, promis, j’essaye de tendre vers l’autre, qui est toi aussi. Et c’est pas simple, en toute honnêteté. Quand on est un bulldozer. 

15 déc. 07

13:22 Écrit par skoliad dans RD Congo | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

01/12/2007

De l’art de la douche froide ou du seau d’eau chaude.

 

J’ai, très bravement, tenu cinq jours. Peut-être six. Après dix, j’eut été une vraie héroïne. On a la bravoure que l’on a. La mienne s’arrête à cinq jours. Mon maillon faible fut, est, le bas du dos. Affreux moment quand il s’agit du bas dos. J’ai les reins fragiles moi, monsieur, madame. J’ai la croupe délicate. Les pieds, la tête, les mains, les jambes et les bras. Passe encore. Les épaules c’est toujours de l’ordre des possibles. Mais le bas du dos ! C’est tout simplement insupportable. Rien que de l’écrire j’en frissonne déjà. Rien que d’évoquer ce moment terrible où l’eau arrive sur le bas du dos. L’eau froide de la douche froide. Pas glacée, d’accord, mais il fait chaud au Congo, hein. Même froide c’est pas gérable. Sur le bas du dos.

Il y a une solution à ce délicat problème : le lavage au seau d’eau chaude. Donc le seau d’eau, recette :

Ingrédients : une marmite, de l’eau, de quoi faire chauffer l’eau, une tasse en plastique, du savon.

-         Faites bouillir une grande marmite d’eau. Une petite casserole suffit mais comme de toute façon vous irez rouler et fumer votre mégot, autant faire un mini acte communautaire en faisant bénéficier des précieuses calories aquatiques à vos voisins de chambrées.

-         Attrapez la dites marmite à l’aide du linge qui traîne toujours près des marmites.

-         Remplissez d’eau brûlante un petit tiers d’un seau d’environ 20 litres.

-         Allez dans la cabine de douche et, après avoir placé le seau en dessous, ouvrir le robinet.

-         Sortez fumer votre deuxième moitié de mégot. Le débit, monsieur, madame, est réglementé par la hauteur du réservoir placé sur le toit, le niveau d’eau dans le dit réservoir, le diamètre du tuyau, et tout un tas d’autres paramètres forts inappropos. Compter 3-4 litres à la minute, les bons jours.

-         Quand le seau est plein, coupez l’eau froide.

-         Vérifier la température : c’est souvent trop chaud. Rouvrir le robinet si besoin.

-         Allez chercher vos affaires de toilettes.

-         Déshabillez-vous.

-         Attrapez la tasse plastique prévue à cet effet dans chaque cabine de douche.

-         Mouillez-vous. Apprécier la douce chaleur.

-         Savonnez.

-         Rincez.

-         Appréciez la douce chaleur.

-         Surtout en bas du dos.

-         Rincez.

-         Rincez.

-         Rincez.

-         Continuez à rincer.

-         Appréciez la douce chaleur. Surtout en bas du dos.

-         Une fois complètement rincé, vous aurez normalement l’agréable surprise de découvrir une moitié de seau d’eau chaude encore disponible. C’est la phase II de la douche : celle de je-fais-couler-l’eau-chaude-sur-mon-corps-pendant-10-minutes-tellement-c’est-bon. Sauf que ça dure pas dix minutes. D’abord parce qu’il ne reste que 10 litres d’eau. Ensuite parce que, tout de même, 10 litres à bout de bras, c’est lourd. La phase sans la tasse et direct au seau est carrément plus rapide.

-         Appréciez les 34 secondes de bonheur.

-         Séchez.

-         Sortez, propre, sèche, heureuse, fumer votre clope.

-         Savourez la nuit africaine. 


seau
  27 nov. 07

16:15 Écrit par skoliad dans RD Congo | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

La pluie de saison.

averse 2

L’air était lourd, déjà, ce matin. Vers deux heures, une brusque chaleur est arrivée. J’étais moite. Et puis, à peine une heure plus tard, il est arrivé. L’orage. En dix minutes les éclairs étaient synchrones au tonnerre. Une avalanche d’eau. Qui faisait du bien, finalement. La pluie a tout noyé. Tout à coup. Comme ça. Et puis elle s’est arrêtée quasiment d’un coup. Comme ça. Et la terre ! Qui absorbe, si vite, ce que le ciel lui offre. La brume recouvre notre nuit et demain les flaques auront disparues.

 

averse 3

 

 Bizarrement, où serait-ce un récurant romantisme offrant un lien à la nature dans mes émotions ? Un mal incurable, j’en ai peur - tout de même, un fait remarquable : quand l’eau a cessé, mes premières larmes ont coulé. C’était les larmes de seulement 15 jours de stress. Mais elles ont fait du bien, aussi, après tout. J’ai plein de bonnes excuses, n’allez pas croire. J’ai travaillé 15 heures hier, oui monsieur, moi. J’accuse même mes 45 heures hebdomadaires en quatre jours, oui madame, moi. C’est le temps de m’y faire, voyez-vous, l’adaptation. Le climat. La nourriture. Les grosses fleurs de mes rideaux.Quinze jours, tout de même, c’est pas super glorieux, pour une héroïne. Je suis sûr que Lara Croft ne pleure jamais. Ça tombe bien, j’ai jamais aimé les armes à feu. 

29 nov. 07

16:12 Écrit par skoliad dans RD Congo | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Le paramètre temporel.

 

Ca commence avec les oiseaux. Un brouhaha de chants, le sifflement de Jacob – le perroquet gris du jardin, un mélomane qui aime particulièrement Star Wars et Fifi Brin d’acier – les drôles d’opéras de volants jamais vus, les échos sifflants à plumes. Entre 6h15 et 7h, précisément. Un vacarme quotidien et ponctuel. A 6h c’est encore l’aurore, l’aube humide de la brume au-dessus de la jungle que le jardin domine, l’orangé-gris sur le noir des cimes que l’on entraperçoit dans une trouée végétale. A peine une forme, déjà les rayons percent. Et la fanfare commence. Sauf insomnie, c’est à cette heure-ci que tout commence. Tout je veux dire la vie bruyante, comme si le bruit était tout, pour moi, vivante. Tout, je veux dire la journée. Le cycle primaire lié à notre situation satellitaire autour d’une étoile.

Je me lève, il n’est pas 7h. La brousse a ceci de réjouissant : les réveils mécaniques n’ont aucune utilité.Café sur la terrasse.Je pars travailler, il est 7h30.Je travaille.Il est midi, le soleil passe légèrement au nord.Il est une heure ou deux, je rentre déjeuner. Je repars, je travaille.Quelque part derrière mon travail, le soleil se couche. Les oiseaux, encore eux, sonnent les vêpres.Je rentre, il fait nuit depuis longtemps. A la pleine lune il n’y a pas besoin de lumière supplémentaire. Le chemin surgit entre les tons gris-marrons des ombres. Les nuits sans lune, le ciel montre des dessous de cartes inconnus pour mon âme du nord. Et entre les deux, l’astre de la nuit n’est plus un croissant mais un sourire qui s’affirme. La lune sourit de ce côté-ci. Sur ma route, les lucioles me guident. Elles sont les cents lampadaires du bas côté des herbes hautes. Un ou deux petits feux s’éteignent doucement. Les humains aux alentours dorment presque tous. Ils s’étonnent quand on leur dit qu’on se couche à 23h, quelque part sur le même fuseau horaire. Le temps, ici, n’est pas le même ; le temps, là-bas, est identique. Un liquide, un gaz qui court et s’immobilise, en même temps. La journée du tout est déjà finie. Des touts qui se superposent à une vitesse vertigineuse. Moi, pauvre, je ne suis pas la cadence. Je suis en avance, c’est-à-dire à l’heure, des rendez-vous congolais. Je suis en retard, c’est à dire ponctuelle, du monde du temps derrière ou devant, du temps qui ne m’existe plus ou pas encore, de celui de l’autre côté de l’équateur, beaucoup plus haut sur les cartes, trop haut pour mon cou et ma vue. Celui-là même où il neige sûrement derrière les grandes horloges, sur les clochers, sous les vitres embuées des boules à tour de Londres. 28 nov. 07 

16:01 Écrit par skoliad dans RD Congo | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

21/11/2007

Les moustiquaires.

Moustiquaire

A Kinshasa et Kisangani j’ai dormi dans de grands lits où les moustiquaires faisaient comme des voiles au-dessus de moi. Les courants d’air du ventilateur gonflaient les pans latéraux et emportaient le navire-lit jusqu’aux canopées. J’imaginais alors la forêt vue du ciel, de gros brocolis touffus, comme des nuages verts sur lesquels on pourrait sauter. D’arbres en arbres sur mon voilier léger.
Ici je dors dans un ancien couvent. Le lit est d’une place. La moustiquaire prend des allures de voile pour vierges promises à Dieu ou à un homme. J’ai le visage cerclé de blanc et m’empêtre souvent dans cette prison de mes nuits. J’y respire mal. Les courants d’airs ont cessé car le climat tempéré de la région ne justifie plus le ronronnement nocturne d’une hélice. Il y fait moins chaud, c’est plus confortable. Mais c‘est la saison du temps lourd ou humide, à rendre les pages molles, inutilisables.
Heureusement les matelas sont toujours très fermes. Je n’aurais pas mal au dos.

 


20 novembre 07

06:03 Écrit par skoliad dans RD Congo | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

20/11/2007

Sur la route de Lubutu : Le car-kiss.

 Nous partons de Kisangani vers 8h 30, après un changement de roue de dernière minute. Le chauffeur-mécanicien n’a pas pris le temps de préparer la voiture hier, semble-t’il. On nous affirme pourtant que les motos ont eu leur check-up. Nous montons à bord du 4x4 et quittons la ville. La première partie de route se fait bien. Il y a bien, tous les 20 mètres, des nids de poules qui suffiraient à une autruche, mais rien d’exceptionnel. Au fur et à mesure la circulation, c’est à dire les cyclistes et piétons, s’éclaircie, la route se rétrécie et devient piste en terre. Nous faisons les 78 premiers kilomètres en à peine deux heures : un score tout à fait remarquable. Arrivés au PK (Point Kilométrique) 78 nous descendons : c’est au tour des motos d’intervenir. Entre PK 78 et PK 90, il y a douze kilomètres de route impraticable en 4x4 : seuls les piétons, deux roues et camions 6 roues motrices avec une garde au sol de plus de 60 cm ont une chance de passer. De l’autre côté le convoi identique au notre – un 4x4 et deux « trails », - parti de Lubutu très tôt le matin, fait le même exercice. C’est le principe du car-kiss : les quatre 125 cm3 transportent passagers et bagages sur les kilomètres réputés difficiles. On se contacte par radio : on devrait se croiser à mi-chemin. Casque, bottes, protèges genoux et coudes, je ressemble vraiment à une professionnelle du cross. J’ai déjà fait du trail, je ne suis pas trop inquiète. L’exercice me fait même rire au moment de monter derrière le motard. Photo obligatoire. Mon hilarité disparaît quand je vois le terrain. La route n’est qu’une tranchée dans la jungle infranchissable. L’eau nous cache la profondeur des crevasses dont les pentes sont hallucinantes.

Les cinq premiers kilomètres sont tout simplement horribles. Des trous de plusieurs mètres creusés par les camions et surtout les chars qui passent régulièrement en direction de l’Est, la boue, les trous, la boue. Même des cyclistes sont empêtrés dans ce piège de terre et d’eau. Il faut dire qu’ils transportent les marchandises entre Lubutu et Kisangani. Des dizaines de kilos sur le porte-bagages, ils font ainsi 4 jours de route pour 25 dollars US par trajet. Grâce à eux on trouve de la bière et des cigarettes dans les villages, le riz et le manioc dans les villes.

Piste Lubutu 5


Piste Lubutu 3

Piste Lubutu 7
 

Après cette première partie, le reste semble vraiment facile. Les trous sont moins impressionnants, la boue moins liquide. Plus besoin de descendre de la moto pour l’alléger et la pousser. C’est du cross, certes, mais tout à fait acceptable. Je pense à ceux qui ont des 4x4 à Paris. A des amis aussi qui payeraient pour faire mon voyage. On croise l’équipe de Lubutu qui va chercher les autres passagers restés au PK 78. Mon optimisme reprend l’avantage. A PK 88,  sur une ligne droite d’au moins 4 mètres, ma moto cale. Moteur cassé. On la ramènera en la poussant jusqu’au 4x4 qui nous attend de l’autre côté. Je n’ai plus de bras, mes vêtements sont trempés de sueur en haut, de boue en bas, mon corps entier est lourd, mes traits tirés vers le bas. On n’a mis qu’une heure trente. L’absence de pluie depuis 48h est un petit miracle pour la saison. Je n’ose même pas penser au trajet sous des conditions diluviennes.

Nous attendrons 3 heures au village du PK 90, le temps pour les motards de ramener les bagages et  les deux autres passagers. Je me rue sur le tonic chaud du « restaurant ». Après avoir fini les deux derniers, j’attaque le coca. Il fait bon à l’ombre. La hutte est bien conçue, des courants d’air salvateurs passent par les ouvertures prévues sur toute la longueur. Les sièges locaux sont confortables. Pour 2$50 je prends un repas. Il y a quelques cailloux dans le riz mais c’est plutôt bon. Je pense aux règles d’hygiène alimentaires apprises à l’institut de médecine tropicale. A Anvers l’idée de ne jamais manger ce qui a été préparé il y a plusieurs heures paraissaient évidentes. Sur le terrain c’est autre chose. Je suis affamée et je me fous bien de savoir qu’il n’y a pas de frigo. Le poulet a sûrement été tué ce matin, il est délicieux. Je ne bois pas l’eau locale, j’évite le poisson. Je ne serais même pas malade. Ma parano sur le sujet diminue, un peu.

Hotel resto PK 90

 Après avoir casé moto, bagages et passagers dans le 4x4, on repart pour 6 heures de route. Les 150 km restant me paraissent interminables. On croise de nombreux villages, les enfants nous font signe, bonjour. Ils crient « Monique » en agitant les mains, je souris en découvrant mon nouveau prénom. Plus tard j’apprendrais qu’ils disaient « MONUC », les occidentaux sont tous assimilés à la force UN très présente dans le pays. Ils courent après le convoi en riant « Mundella, mundella !!! », mon premier mot en swahili « blanc ».  Les enfants des villages de brousse égayent mon voyage de leurs rires. Les motards roulent devant nous. Ils montrent des signes de fatigue. Je trouve incroyable qu’ils puissent faire dans la même journée les 300 km de pistes et 4 trajets du tronçon infernal alors que je suis épuisé avec mes petits 244 km en voiture. Nous arrivons à 21h 30, le soleil est couché depuis plus de trois heures. L’équipe est souriante de soulagement. Bonne nuit.  
15 nov. 07

17:52 Écrit par skoliad dans RD Congo | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

17/11/2007

Kisangani.

 

La RDC est un pays aux normes de géant. Superficie géante – trois fois l’Espagne, quatre fois la France -, pauvreté géante, décennies d’effondrement géant, et bien sûr problèmes d’infrastructure géants. La République Démocratique du Congo est un gouffre de vide, un abysse de manque, un trou noir du transport, de l’éducation et de la santé, géant.

Pour relier Lubutu depuis Kinshasa mes plans de route ont changé environs toutes les douze heures en quatre jours, au gré des annulations de vol. Les principaux axes – routiers, ferroviaires et aériens – sont notablement aléatoires, coupés en de nombreux endroits et fonction de la météo, du bon vouloir de chacun, de l’arrivée de la pièce mécanique, de l’approvisionnement en carburant. Il est totalement illusoire de se fier aux cartes pour avoir une idée de la situation réelle. La sécurité au niveau des transports est de toute façon problématique. Toutes les compagnies aériennes congolaises, assurant le transit intérieur, sont sur blacklist. Les crashs et incidents de vols sont courants – une raison fréquente, en dehors des maintenances plus que douteuses, est l’ajout d’eau au kérosène. La panne sèche en plein vol c’est jamais très bon. Côté terrestre, de ce que j’ai pu expérimenter, j’estime les surfaces goudronnées à bien moins de la moitié du réseau urbain de la capitale. Au-delà c’est une sorte de grand désert avec quelques grands axes préservés dans des états variables. La météo affecte grandement la logistique et justement, en novembre, c’est la saison des pluies. Sur route – comprenez piste - sèche,  en 4x4, et avec un bon chauffeur, on arrive tout de même à une vitesse de pointe avoisinant les 40 km/h. Plus de 60 serait suicidaire. Une bonne moyenne est entre 20 et 30 km/h. Le transport, donc, est une difficulté, géante.

Finalement je passe par la province orientale, à Kisangani, à 200 km à l’ouest de Lubutu, ma destination finale. J’ai de la chance : une place s‘est libérée sur un avion affrété par le CICR. Je ne tremble pas trop en montant dans le bi-moteur d’un luxe sécuritaire rassurant pour le paradigme congolais. Par contre je frissonne carrément : pas de chauffage de la cabine pressurisée, à 4000m d’altitude et quand on est habillé pour du 35 degrés, c’est dur. Les autres passagers aussi se sont fait avoir, ma naïveté en la matière n’est pas à blâmer. Ces trois heures-là resteront fraîches dans ma mémoire et je ne risque pas d’oublier la petite laine la prochaine fois.

Quand on descend enfin, j’aperçois le paysage. Du vert à perte de vue entaillée par un fleuve géant, le Congo, emportant dans son courant, géant, la terre ocre qui lui donne une couleur de sang coagulé. De plus prés, cette terre mise à nue donne des airs de scarification aux routes le long desquelles les villages s’étalent. Les habitations s’étirent aux bords des pistes comme des rivières, comme au bord des courants praticables, vivables. Les plantations sont presque invisibles dans cette profusion végétale. Se sont de petites parcelles, à quelques centaines de mètres des hommes et de leurs axes vitaux. La piste d’atterrissage semble énorme en comparaison. Un élément urbain presque extra-terrestre dans le vert et l’ocre.

Sur le trajet qui me mène à la ville, on croise une ou deux voitures, quelques deux roues motorisés, plusieurs dizaines de cyclistes et de nombreux piétons. Je vois pour la première fois les habitations en torchis, taule et bois. Les huttes rurales paraissent presque plus saines que leur homologues – pourtant en matériaux plus sophistiqués- de la capitale. La population y est moins entassée, les déchets sont moins visibles, les enfants jouent dans les cours devant les maisons pendant que les mères cuisinent. Les murs en « dur », brique parfois ciment, m’annoncent Kisangani. Dans le centre quelques grands bâtiments, tous du temps colonial, ont survécus à trente années d’abandon et dix de guerres. D’autres plus récents ne paraissent pas en tellement meilleurs états. L’approvisionnement en électricité connaît bien sûr les même irrégularités que dans le reste du pays. L’eau courante est un vieux rêve mais il y a encore un réseau d’eau usée.

Ce soir je prends ma première douche froide. Une bénédiction.

 

14 nov. 07

13:59 Écrit par skoliad dans RD Congo | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |